François BAYLE (entretien)

1973
39s
Réf. 00056

Notice

Résumé :

Interview extraite du CD-ROM "La Musique électroacoustique" Ed. Hyptique (2000)

Type de média :
Date de diffusion :
2000
Date d'événement :
1973
Personnalité(s) :

Éclairage

François Bayle est né en 1932 à Madagascar. Il y séjourne, ainsi qu'aux îles Comores, jusqu'à l'âge de 14 ans. Il vit en France à partir de 1946, et s'installe à Paris en 1954.

Il entreprend des études scientifiques et littéraires, et une formation musicale en autodidacte qui ne l'empêche pas de faire trois rencontres capitales : celle d'Olivier Messiaen, dont il suit les cours au Conservatoire; celle de Karlheinz Stockhausen qu'il rencontre plusieurs années de suite aux séminaires d'été de Darmstadt; et enfin, celle de Pierre Schaeffer, qu'il rejoint dès 1958 au Service de la Recherche de la RTF, et dont il devient l'assistant à partir de 1960.

C'est l'époque de la création du GRM, et le point de départ d'une période d'expérimentation et de recherches intensives sur le sonore et le musical. Ce seront pour Bayle des années d'apprentissage et d'observation. Il compose, entre 1958 et 1962, plusieurs œuvres instrumentales dont un quatuor avec bande, Archipel (1962).

À partir de 1966, il devient responsable du GRM. Il restera à sa tête jusqu'en 1997 (le GRM sera devenu entre temps l'Ina-GRM). 1967 est l'année de Espaces inhabitables, œuvre importante du répertoire électroacoustique, et “ véritable première œuvre ” de son auteur, selon son propre aveu. Sa production sera désormais exclusivement (à de très rares exceptions près) consacrée à l'électroacoustique — qu'il désignera plus tard du nom d'acousmatique.

En tant que responsable du GRM depuis 1966, François Bayle s'est attaché à la défense des musiques électroacoustiques et à la poursuite de l'action initiée par Pierre Schaeffer. Il est notamment l'initiateur de cette “ utopie de la pure écoute ” qu'est l'acousmonium (1974), l'instigateur de la collection de disques Ina-GRM, de concerts, d'émissions de radio, et du développement d'instruments musicaux de technologie avancée tels Syter, GRM Tools, Midi Formers, Acousmographe. Il a créé en 1992 l'Acousmathèque, qui regroupe plus de 2000 œuvres électroacoustiques, de 1948 à nos jours.

Il se consacre désormais entièrement à la recherche, l'écriture et la composition.

Les principaux écrits de Bayle ont été réunis par lui-même en un volume : Musique acousmatique, propositions... positions (Buchet-Chastel).

“ J'emploie souvent cette métaphore que le lieu musical, l'espace musical, est traversé par une rivière, une frontière, quelque chose qui est difficile à franchir. D'un côté la musique des notes, l'échelle des notes possibles, établissant un rapport de distances, de proximité d'écoute, de nombre de notes pour réaliser une intention musicale, ce qui constitue tout un univers.

“ De l'autre côté une capacité de produire des événements, en recourant à d'autres modalités énergétiques, la conversion du son en tensions – tout cela produisant des formes très spéciales qui imprègnent l'écoute et qui peuvent aller de la reconnaissance pure et simple d'une scène (donc le son tel qu'on le connaît) jusqu'à des entités tout à fait nouvelles. Et ce nouvel et vierge espace, on peut s'y aventurer en profondeur.

“ Pour ma part je reste proche de la rive, et de temps en temps je tâche d'établir un pont (mais sans recourir à la formule de la musique mixte). J'essaie d'agrandir les concepts de musique traditionnelle dans ce nouveau territoire, irrigué par le même flux, et pourtant situé “de l'autre côté”... Je me dis parfois qu'il serait plus facile de faire des choses carrément autres, nouvelles. Quitter la musique. ” (François Bayle, in F. B., parcours d'un compositeur, Revue Lien.)

Transcription

François Bayle
C'est tout d'un coup la possibilité pour les musiciens de travailler avec des objets sonores, et non pas avec des notations destinées à des instrumentistes. Des objets, c'est-à-dire le son est devenu objet, devenu matière, matériau que l'on peut manipuler, et le compositeur se mettant à travailler non plus assis à sa table mais debout. C'est l'homme qui se redresse. Le compositeur debout, comme le peintre, comme le sculpteur qui tient des objets, qui prend des outils, qui tape, qui creuse dans la matière, qui colle, qui assemble, qui jette, qui froisse, qui reprend dans la poubelle, etc.