Luc FERRARI (entretien)

1964
56s
Réf. 00062

Notice

Résumé :

Interview extraite du CD-ROM "La Musique électroacoustique" Ed. Hyptique (2000)

Type de média :
Date de diffusion :
2000
Date d'événement :
1964
Personnalité(s) :

Éclairage

Il semble malgré tout assuré que Luc Ferrari soit né en 1929, à Paris, le 5 février. Il entre en 1946 au conservatoire de Versailles. Puis il entreprend des études de piano et de composition à l’École Normale de Paris, entre 1948 et 1950, avec Alfred Cortot et Arthur Honegger. En 1953-54, il fréquente la classe d’Olivier Messiaen. Il compose à cette époque des œuvres pour piano. Il découvre la musique sérielle (occultée par la guerre, censurée par les conservatoires… ).

Sa "fascination pour le son réel" le fait rejoindre le GRM en 1958 (il en restera membre jusqu’en 1966), où il assiste Pierre Schaeffer. Il mène des activités pédagogiques et réalise des émissions sur la musique concrète. Il compose à cette époque plusieurs Études, qui correspondent aux impératifs de la recherche musicale édictés par Pierre Schaeffer. Ce sont les Études aux accidents et aux sons tendus, toutes deux de 1958. La première explore des phénomènes d’irruptions inattendus d’éléments sonores dans un discours musical, la seconde des phénomènes de tensions et de détentes, d’élans contrariés, etc.

Autres œuvres de cette période : Tête et queue du Dragon, 1960; Tautologos I et II, 1961; Visage V, 1961.

Entre Schaeffer et lui s’instaure, dit-il, "une amitié distanciée : il y avait une barrière entre nous, il poussait vers la recherche et le solfège, et moi je poussais contre. C’est-à-dire que je m’étais assez em… dans les conservatoires pour détester l’idée de solfège !"

Le son électronique l’intéresse peu. C’est l’aventure concrète qui l’attire, et plus particulièrement cet instrument fabuleux qu’est le microphone. "On peut se demander parfois si le micro n’est pas fou car il raconte des choses très étranges, imprévisibles; il ramasse une paille dans l’œil du voisin et raconte une poutre", écrit-il en 1959.

L’intéresse également le fait de pouvoir détourner les objets et les machines de leurs usages habituels. Cette dimension apparaît notamment dans Hétérozygote en 1964. Car au-delà du désir de "mettre ensemble des choses hétéroclites" (Suite hétéroclite est le titre d’une de ses œuvres pour piano de cette époque), et de réintroduire dans la musique les "sons anecdotiques", Hétérozygote est aussi un détournement de la musique concrète elle-même : sa sortie dans la rue, hors du studio où elle était jusque-là confinée.

C’est dans la continuité de cette démarche qu’il composera Presque rien n°1, 1970, ou Le lever du jour au bord de la mer. Cette pièce, où n’entre en jeu aucun son abstrait, se présente comme une photographie sonore dont la musicalité émane de la durée même de l’écoute.

Il produit également durant les années soixante des émissions de télévision sur la musique contemporaine (Les grandes répétitions; portraits de musiciens comme Hermann Scherchen, Edgar Varèse, etc.)

1963-64, il est professeur de composition à la Rheinische Musikschule de Cologne. Puis il enseigne la musique expérimentale à Stokholm (1966), passe un an à Berlin avant de revenir en France en 1968. Il est alors directeur du Centre culturel d'Amiens.

De cette période datent des œuvres instrumentales et mixtes dont : Und so weiter, pour piano et bande, 1966.

Fonde en 1972 le studio Billig, modeste atelier d'électroacoustique. Professeur de composition au conservatoire de Pantin entre 1978 et 1980.

1982 fondation de l'association La Muse en Circuit, studio de création électroacoustique et radiophonique. Il restera à sa tête jusqu'en 1994, année de sa démission, avant de le quitter définitivement en 1996, "pour désaccord profond". Il travaille alors dans son home-studio appelé Post-billig...

Parmi ses autres œuvres électroacoustiques : Music Promenade, (1964-69); Unheimlich Schön (1971); Presque rien n°2 (1977); Strathoven (1985), juxtaposition de la Cinquième de Beethoven avec l’Oiseau de feu, du scratch avant la lettre… ; Et si toute entière maintenant (1987); Presque rien avec filles (1989); L’escalier des aveugles (1991). Ferrari est également l’auteur de nombreux "hörspiel (œuvres de création radiophonique) ", et de reportages sonores et audiovisuels mettant en accusation la société moderne (citons : Algéries, 1976).

Parmi ses œuvres instrumentales et mixtes : Programme commun, pour clavecin et bande, (1972); Cellule 75, pour piano, percussions et bande, (1975); Histoire du plaisir et de la désolation, pour orchestre, (1981); Patajaslocha, pour 9 instruments, (1984); Chansons pour le corps, pour ensemble instrumental et chanteuse, sur des textes de Colette Fellous, (1994); Fable de la démission et du cendrier, pour deux pianos et deux clarinettes, (1994); Tautologos IV, pour grand orchestre et échantillonneurs, (1997); Symphonie déchirée, pour 17 instruments sonorisés et sons mémorisés, (1998).

Il a également composé de nombreuses musiques de films.

La vie de Luc Ferrari s'éteint à Arezzo, Italie, le 22 août 2005.

Transcription

Luc Ferrari
Quand on pose une note sur un bout de papier, on n'a aucune notion de la réalité. Il y a une telle distance entre le moment où on pose sa note et le moment où on l'entend six mois ou un an après qu'on perd la notion du concret. Et ce qu'il y a de formidable avec le concret, qui est le phénomène de la musique concrète, c'est que le moment où on pose sa note, on l'entend, et le moment où on pousse le bouton, ça sort des haut-parleurs, ça c'est fantastique. C'est une chose qui n'est jamais arrivée, jamais ! Jamais dans le domaine musical et dans le domaine de la création sonore, un phénomène pareil est arrivé avant nous. On était les premiers à faire ça. On pousse un bouton et le son arrive. Imagine Mozart !