François-Bernard MÂCHE (entretien)

1998
01m 28s
Réf. 00067

Notice

Résumé :

Interview extraite du CD-ROM "La Musique électroacoustique" Ed. Hyptique (2000)

Type de média :
Date de diffusion :
2000
Date d'événement :
1998
Personnalité(s) :

Éclairage

Né en 1935 à Clermont-Ferrand dans une famille de musiciens depuis trois générations, François-Bernard Mâche a durant toute sa vie mené parallèlement deux carrières universitaire et musicale.

De nombreuses distinctions lui ont été décernées, entre autres : Prix Italia 1977, Grand prix national de la musique 1988, Commandeur des Arts et Lettres 1990, Grand prix de la musique symphonique de la Sacem et élection à l'Institut de France en 2002.

Parmi les multiples explorations esthétiques auxquelles il s'est intéressé figurent les modèles linguistiques. Dès 1959, il a transposé instrumentalement la structure phonétique d'un poème grec dans Safous Mélè. Il a aussi fait œuvre de pionnier dès Le son d'une voix en 1964, avec son usage de l'analyse par sonogrammes pour élaborer une écriture instrumentale, préfigurant l'école dite « spectrale ». Depuis, il a fréquemment exploité le potentiel musical de diverses langues rares ou éteintes, et proposé des méthodes d'analyse structurale inspirées par ses études linguistiques.

Un autre intérêt récurrent dans ses œuvres est celui qu'il porte à des cultures musicales lointaines. Dès 1970, avec Kemit, et surtout après un voyage d'études dans le Sud-Est asiatique en 1972, il y a souvent fait référence jusque dans des titres tels que Korwar, Naluan, Maraé, Temboctou, Guntur Madu, Chikop. En 2002 il a écrit une pièce pour gamelan, voix et échantillonneur intitulée Melanga.

Les modèles les plus insolites dont François-Bernard Mâche s'est emparé sont certainement les sons bruts enregistrés, qui l'ont fait définir comme chef de file d'une esthétique dite « naturaliste ». Il a en effet souvent intégré des sons élémentaires ou animaux dans une écriture instrumentale, au sein de laquelle ils fusionnent. Cet effacement délibéré des frontières habituelles entre nature et culture apparaît dès 1969 dans des œuvres comme Rituel d'oubli, où les bruits sont méticuleusement transcrits et intégrés sur la partition.

Transcription

François-Bernard Mâche
En 1958, la musique néosérielle, non seulement, tenait le haut du pavé, mais enfin prétendait à une espèce de monopole de la création musicale. Et l'extrême intellectualisme de cette démarche, pour moi, faisait en quelque sorte double emploi avec ma formation de normalien où l'intellectualisme commençait à être un peu excessif. Donc j'ai trouvé dans le groupe de recherche musicale cette espèce de compensation, d'un contact direct avec les sons et non pas avec des spéculations d'écriture. Comme en même temps j'étais chez Messiaen et que Messiaen m'encourageait dans ce sens là, j'avais l'impression d'être tout à fait à la bonne place et finalement, avec le recul, je crois que ce n'était pas une mauvaise solution. Même si c'était une étiquette quelquefois dure à porter et difficile à décoller de toute façon. Alors, après avoir donc pratiqué la musique concrète comme on faisait à l'époque, j'ai très vite voulu associer ces moyens à l'instrument parce que, à la fois par goût, j'aimais les sonorités acoustiques aussi, et parce que je prévoyais un avenir incertain pour la musique purement électroacoustique.