Pierre HENRY + Pierre SCHAEFFER, Symphonie pour un homme seul

1951
06m 25s
Réf. 00361

Notice

Résumé :

La version courte et définitive de 21'22 a été réalisée par Pierre Henry en juin 1951. C'est cette version remasterisée en 2009 qui est donnée ici.

Type de média :
Date de diffusion :
1951

Éclairage

Durée totale : 21'22

"Il y a des titres qui ne pardonnent pas. Trouvés sous un prétexte futile, par dissimulation d'auteur, ils ne cesseront plus, la vie durant, de lui jeter sa vérité à la figure. L'auteur, alors, pour tromper l'ennemi, fuir sa vengeance, se dédouble. L'un s'enferme, se concentre, en rajoute. L'autre s'enfuit, se disperse, donne le change. Le jeu, pourtant, en valait la chandelle, dans le disparate des règles, dans la confusion des valeurs : donne-moi ton piano, je te prêterai mes hauts-parleurs. À la douane des conventions pourtant tenaces il y a vingt-cinq ans, s'étaient rencontrés deux complices, pour le troc des savoirs dérisoires, des traditions trahies : Messiaen contre Marconi, Danhauser contre Flechter, la Musique contre l'Acoustique. Le tout échangé à la dérobade, dans un remords mal défini, peu partagé : pour l'un, l'effroi, pour l'autre, la revanche. Pour tous deux, l'aveu secret de l'irréparable. Que d'autres se gobergent : suiveurs en mal de computeurs, faux prédécesseurs, en panne de série. Que ceux-là bidulent les tristes festivals de leur admiration mutuelle. La même solitude, parfois innombrable, hante l'éternel refrain de notre amour-haine, de notre fatale passion de poursuivre diversement, mêmement, l'aventure incertaine que domine l'immense sottise contemporaine. Nous l'aperçûmes ensemble, et pour la première fois, dans l'inquiétant miroir du tourne-disque, où se recomposaient déjà ses déchets, malheureusement indestructibles. Nous pûmes lire notre destin dans la moire du disque vierge, comme d'autres dans le marc de café. J'avais, imprudemment, fredonné, et fait pousser un rire de femme, dont j'eus longtemps le coeur brisé, si bien que, de rage, je cassai un mot en deux, le seul essentiel : ABSOLUMENT... Pierre, de l'autre côté soumettait la cymbale à d'exquises tortures, crucifiait un piano, que d'autres, impies, incendient... ce n'étaient pas là les clous dorés du snobisme, hésitant entre Underground et High Society. Nous restions seuls, vraiment, et le sommes demeurés. Nous nous faisons des signes, parfois, comme ce soir, par dessus le mur d'enceintes, hérissé de tessons de tant de fioles de fiel. Un peu de fierté cependant, dans cette double vigilance solitaire : d'avoir entendu, pareillement, murmuré la confidence du Siècle : que l'homme aurait pu tirer de ses machines, s'il avait su, peut-être mieux que de sa chair, l'intelligence qu'il se refuse, la tendresse dont il a honte, et l'avenir dont il n'a cure."

(Pierre Schaeffer à Pierre Henry, le 10 juin 1972)