La fièvre de la salsa a atteint la Chine

19 juin 2009
01m 55s
Réf. 00501

Notice

Résumé :

La fièvre de la salsa a gagné la Chine. Les rythmes latinos sont arrivés dans le pays à la fin des années 90 dans les bagages des expatriés latino-américains. Dix ans après, les Chinois les ont adoptés et la salsa a ses cours, ses classes et même ses compétitions. C'est la salsa du dragon.

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Date de diffusion :
19 juin 2009
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Éclairage

Depuis sa naissance à New York à la fin des années 1960, la Salsa a progressivement gagné, par cercles concentriques, le reste des Etats-Unis et le monde entier : dès les années 1970, elle se diffuse en Amérique latine, en particulier en Colombie et au Venezuela. Elle est également adoptée dans certaines régions d'Afrique, où elle fusionne avec des rythmes traditionnels dont elle était d'ailleurs lointainement issue, pour donner par exemple la Salsa M'Balax sénégalaise. L'offre musicale salsera s'est ainsi rapidement élargie et diversifiée, avec l'apparition, aux côtés des groupes new-yorkais historiques, d'orchestres colombiens (Niche), vénézuéliens (Oscar d'Léon), africains (Africando), nord-américains (Miami Sound Machine)... Quant à l'île de Porto Rico, elle bénéficie d'un mouvement permanent de migration circulaire avec New York, qui permet à l'époque à de nombreux musiciens, comme Frankie Ruiz, Cheo Feliciano, Willie Rosario, d'être à la fois présents auprès des publics de Borriquen et du Continent.

Les années 1990 voient ensuite se produire une véritable déferlante de la danse, qui va tout particulièrement toucher l'Europe de l'Ouest, y prenant la dimension d'un phénomène de masse, alors que la musique de Salsa n'y intéressait encore dans les années 1980 que quelques milieux un peu underground. C'est aussi l'époque où Cuba, île d'où sont originaires une grande partie des rythmes de base de la Salsa, fait un retour remarqué sur la scène mondiale de la musique tropicale après trois décennies de marginalité. La créativité de la scène musicale locale, avec notamment l'apparition d'un style proche de la Salsa, celui de la Timba cubaine, a en effet pour conséquence un engouement du public mondial pour ce que l'on va rapidement appeler, par un certain abus de langage, la « Salsa cubaine ». – engouement d'ailleurs facilité par la nouvelle politique d'ouverture touristique et de diffusion musicale internationale mise en œuvre par le gouvernement cubain.

Les années 2000 sont marquées par l'irruption sur la scène mondiale de nouvelles puissances économiques, les pays dits « émergents ». En expansion rapide, les classes moyennes et aisées de ces pays vont alors chercher à s'initier aux plaisirs de la société des loisirs. On commence alors à danser la Salsa en Russie, en Europe centrale, en Asie du Sud-Est et bientôt jusqu'en Chine. C'est cet engouement relativement nouveau que décrit le reportage réalisé en 2009, « La Fièvre de la Salsa a gagné la Chine ».

Cette pratique de la Salsa « à la chinoise » va revêtir des formes spécifiques par rapport à celles observées dans le reste du monde :

- Tout d'abord, les communautés latinos restent peu nombreuses dans les villes chinoises. Ce n'est donc pas à travers ce canal – comme ce fut par exemple initialement le cas en Europe et bien sûr aux Etats-Unis – que la Salsa va se développer initialement dans l'Empire du Milieu, mais par l'intermédiaire de groupes d'expatriés occidentaux, comme le montre d'ailleurs très bien le reportage. Ainsi, pour ces Chinois qui se mettent au cours des années 2000 à fréquenter en nombre croissant ces lieux créés et animés par des « expats », l'imaginaire de la Salsa ne fait pas exclusivement référence à l'exotisme tropical, mais aussi aux modes de vie et aux pratiques de loisirs européennes ou nord-américaines.

- La forte distance culturelle existant entre la Chine et les Caraïbes fait que la culture populaire de cette région n'arrive à Shanghaï, Hong-Kong ou à Pékin que sous des formes très reformatées par l'industrie des loisirs : festivals géants où les cours peuvent réunir des centaines de personnes, comme le Congrès National de la Salsa qui a réuni 4000 participants à Pékin en 2008 : danse très stylisée laissant moins de place qu'à Cuba ou Porto Rico à l'improvisation personnelle ; et bientôt night-clubs géants et flambant neufs à l'ultra-modernisme un peu clinquant.

- Enfin, détail amusant, les Chinois et surtout les Chinoises, une fois résolues (plus rapidement d‘ailleurs qu'on aurait pu le penser) les difficultés initiales de rythmique et de posture corporelle, se mirent rapidement à projeter sur la Salsa un puissant imaginaire de sensualité tropicale, qu'elles vont en quelque sorte sur-jouer jusqu'à atteindre des niveaux d'extraversion parfois supérieurs à ceux observés à La Havane ou à Porto Rico : bustiers en lamé recouvrant les corps d'un moulage de lumière, jupes à franges fendues jusqu'à la taille, talons aiguilles assez longs et effilés pour percer l'un seul coup le cœur masculin le plus endurci, tentatrices créatures aux maquillages ressemblant à des parures de guerre, suggestives ondulations des corps au rythme de la musique : les petites mulatas simplettes de Santiago de Cuba n'ont qu'à bien se tenir !!! Elles ont désormais à l'autre bout du monde de redoutables concurrentes, qui ont recyclé dans la pratique de la Salsa contemporaine, peut-être sans en avoir pleinement conscience, un art millénaire de la danse de séduction extrême-orientale.

Fabrice Hatem

Transcription

Journaliste
Une nuit au rythme de la salsa dans l’un des quartiers branchés de Pékin. Si leurs aînés dansent la valse dans les parcs, les jeunes chinois préfèrent des mouvements plus endiablés. Les danses afro-cubaines, nées à des milliers de kilomètres d’ici, gagnent du terrain depuis quelques années. L’organisateur de la soirée est arrivé il y a 5 ans de New York, depuis, il n’a cessé de promouvoir la salsa dans la capitale chinoise.
Inconnu 1
Au début, il y avait 75% d’étrangers qui dansaient la salsa en Chine. Aujourd’hui c’est le contraire, nous avons 75% de danseurs chinois.
(Silence)
Journaliste
Les fêtes de ce genre, animées par des groupes venus d’Amérique Latine, ne sont plus une rareté dans les grandes villes. Une manière de se faire des amis, d’évacuer la pression du travail mais surtout, de s’exprimer loin des convenances habituelles.
(Silence)
Inconnu 2
Les chinois ne sont pas comme je les imaginais. Je croyais qu’ils étaient timides, qu’ils avaient peur de danser. Mais non, ça fait un an que je suis là, et je vois qu’ils peuvent vraiment tout donner pour la salsa, ils aiment la salsa.
(Silence)
Journaliste
Une passion prise très au sérieux, les cours se multiplient et une dizaine d’écoles ont ouvert ces 5 dernières années à Pékin. Les amateurs y suivent des leçons dans un style tout à fait rigoureux, loin de l’exubérance latino.
Inconnue
La ville de Pékin s’internationalise. La salsa vient de l’étranger et de plus en plus de gens sont ouverts aux manières de penser de l’étranger.
(Silence)
Journaliste
Les meilleurs se préparent à une grande compétition, le congrès national de la salsa à Pékin en octobre. Ce sera sa 4ème édition, il avait attiré 4000 personnes l’année dernière. Mais devenir un roi de la salsa et maîtriser à la fois la hanche et les pieds n’est pas toujours aussi facile.
(Musique)