Parcours thématique

Le hip hop, une danse migratoire

Marie-Christine Vernay

Introduction

La danse hip hop a ceci de particulier qu'elle n'est pas une discipline isolée. Elle est associée, du moins à ses débuts dans le Bronx dans les années 70, aux autres expressions artistiques (le graff, le rap) du mouvement auquel elle appartient. Le hip hop est une façon d'être citoyen du monde ou plutôt au monde et certains du «moov'» ne sont ni peintres, ni danseurs, ni musiciens. Autre singularité de cette danse, née aux Etats-Unis, surtout dans les ghettos afro-américains et portoricains : elle se déplace constamment. Aux Etats-Unis, sur la côte est, on pratique surtout le break (danse au sol) à l'ouest, le smurf (danse debout) a le vent en poupe. A peine dix ans plus tard, elle est en Europe puis gagne toutes les grandes capitales du monde, de l'Asie à l'Afrique en passant par la Russie. Elle se déplace aussi socialement : des ghettos new-yorkais, elle gagne les écoles du Marais à Paris par exemple. Du carton des cités à l'institution, deux de ses pionniers sont aujourd'hui directeurs de Centres chorégraphiques nationaux en France. Cette mobilité, elle la doit notamment à la télévision et à l'émission de Sidney et ses fameuses leçons de danse et à l'Internet. Considérée trop longtemps comme une mode pour les «jeunes désœuvrés des périphéries», elle a su également migrer dans son contenu même, s'éloignant des bases américaines pour s'enrichir au contact d'autres danses, contemporaines, africaines, créoles, indiennes... S'il ne tient pas en place, le hip hop tient sa place, y compris esthétique. Bouge de là !

Made in USA

L'histoire raconte qu'un jeune Noir Américain, alors membre du gang des Black Spades, allait tenter de mettre fin à la violence qui déchirait sa communauté. Se plaçant du côté des opprimés, celui qui se baptisa Afrika Bambaataa en référence au film Shaka Zulu où un roi zoulou défie les colons anglais, allait changer de vie et troquer son arme contre une platine. Il crée un premier groupe Organization qui fédère des acteurs du mouvement hip hop dont il définit les fondements éthiques et esthétiques. En janvier 1975, son meilleur ami Soulski décède à la suite d'une fusillade lors d'une intervention de la police dans une rixe entre les Black Spades et un autre gang. Il quitte les Black Spades et fonde la Zulu Nation. Alors que les gangsters découpent les quartiers en territoires, il se fait un devoir d'accueillir au sein de son organisation toutes les communautés : « La Zulu nation, n'est pas un gang, proclame-t-il, c'est une organisation d'individus à la recherche de succès (ce qu'il eut), de paix, de savoir, de sagesse, de compréhension et de bonne conduite dans la vie ». Sans être ni prophète, ni pasteur, il sait fédérer, ne fermant aucune porte. Beaucoup se revendiquent encore de lui, de ses enseignements.

 New York New York, a big Apple, histoire du Hip-hop

New York New York, a big Apple, histoire du Hip-hop

Réalisé à New York, ce reportage (comprenant de nombreux trucages vidéo) est consacré à la Zulu Nation,fondée à New York au début des années 70, et à l'origine de la culture hip hop.Le journaliste Bernard Zechri interviewe Afrika Bambataa, disque jockey du Bronx, créateur de la Zulu Nation, organisation réunissant des artistes s'exprimant à travers le break dance, le rap ou l'art du graffiti.

05 sep 1984
07m 04s
Fiche (00004)

La voie est libre pour l'invention. Les rues se transforment en pistes de danse. Les baskets ne vont pas sans les ghettos-blasters, des radios-cassettes à la taille aussi démesurée que leur volume sonore. Dans le Bronx, tous pratiquent le break, une danse au sol particulièrement physique, musclée, acrobatique avec des pas de base et des figures qui vont devenir le vocabulaire de cette danse codée, mise au point par les B.Boys (les garçons qui déchirent). Ce lexique international est toujours le même malgré les variantes de syntaxe ou les ajouts personnels. Tous savent faire la coupole, la toupie, le moulin à vent, le Thomas, le head spin...

Sur la côte ouest, Boogaloo Sam invente le popping et crée au milieu des années 70 son crew (groupe, famille) l'Electric Boogaloo lockers. Les versions divergent comme souvent dans cette histoire transmise surtout oralement. Certains disent que cette danse reliée au smurf (danse debout) et au courant funk style a été créée en référence aux schtroumpfs. D'autres disent que cette « filiation » n'est pas à l'origine mais « inventée » par les Français. Peu importe : avec leurs gants blancs très chic, les smurfers ondulent, explosent comme le pop-corn et gèrent au mieux le moon-walk (marche sur la lune déjà explorée par le mime Marceau) popularisé planétairement ensuite par Michael Jackson (qui doit beaucoup à Mister Freeze).

En France, de la rue à la scène contemporaine

Popularisé par l'émission de Sidney H.I.P. - H.O.P. en 1984 sur TF1, le hip hop se répand dans les banlieues françaises. Rapidement et même si les figures et les pas de base demeurent les mêmes ou similaires, les danseurs proposent un style différent, plus théâtral sans doute, plus scénographié déjà, même dans la rue. Ils sont aussi plus ouverts pour certains à d'autres formes de danse comme le groupe Traction Avant à Vénissieux qui intègre le contemporain et le butoh.

 Hip hop : émission du 4 mars 1984

Hip hop : émission du 4 mars 1984

Sidney reçoit les Break Machine qui arbitreront le match de Smurf entre les deux candidats Pascal Degrenne et Alfredo Animeita, le groupe donnera une démonstration de Smurf en salle.

04 mar 1984
16m
Fiche (00001)

Par ailleurs, bien que cela ne se soit pas fait du jour au lendemain, les programmateurs et critiques ont compris que cette danse avait sa place sur la scène contemporaine. Christian Tamet, alors directeur du Théâtre Contemporain de la Danse (TCD) s'est branché sur cette mouvance, se battant pour les premières rencontres internationales à la Villette en 1996 après avoir initié Sobedo, un spectacle qui réunissait les meilleurs de Paris-Banlieue de l'époque : Aktuel Force, Boogie Saï, Tony Maskot... Au Théâtre Jean Vilar de Suresnes, Olivier Meyer mise sur la rencontre avec les chorégraphes contemporains et crée Cité Danse Connexions. Guy Darmet de la Maison de la Danse de Lyon invite des compagnies de la région. Jean-Paul Montanari de Montpellier Danse organise une méga rencontre au Corum de la ville puis s'associe au Boty (Battle of the year) en organisant des master class. Moov'n Aktion organise le festival Hip Hop Tanz en Seine-Saint-Denis... Beaucoup d'autres iront dans le même sens. Jusqu'à la nomination à la tête de Centres chorégraphiques nationaux de deux chorégraphes : Kader Attou en 2008 à La Rochelle, Mourad Merzouki à Créteil en 2009 qui crée également le Pôle Pick à Lyon-Bron.

 <i>Fluxus game</i>, interview de Farid Berki

Fluxus game, interview de Farid Berki

Du hip hop , de la danse, du jonglage avec " Fluxus Game" , chorégraphie de Farid Berki . Le chorégraphe est interrogé dans la salle de théâtre de Suresnes où est produit son spectacle. Il explique sa démarche, son goût pour la traversée des frontières, étant lui même métis, qualifiant le hip hop comme hybride par excellence.

16 jan 2015
03m 33s
Fiche (00006)

Alors que le hip hop aux Etats-Unis occupe les plateaux télé et tourne notamment dans les vidéo-clips des rappeurs (à commencer par Michael Jackson et Madonna), en France, il affirme son « exception », en gagnant les scènes nationales, les festivals, au même titre que la danse contemporaine alors dominante. Cette dernière s'intéresse de plus en plus à ce mouvement et intègre des hip hopers dans les compagnies, comme celles de Dominique Hervieu et José Montalvo, de Josette Baïz, de Doug Elkins ou de Karole Armitage. Le hip hop quitte les cités. Des écoles s'ouvrent : Juste Debout à Paris créée par Bruce Ikandji et Guy Weladji et celle d'Anthony Egéa à Bordeaux. Le niveau technique ne cesse de s'améliorer et les asiatiques (Coréens, Japonais) qui envahissent les battles et placent la barre très haut n'y sont pas pour rien. Le défi, un des principes fondamentaux du hip hop, où chaque danseur met l'autre au défi d'être meilleur que lui est une vraie stimulation. Pas uniquement pour les prix mais pour « gagner dans l'esprit » comme le dit Sidney.

 Breakdance compétition, battle hip-hop

Breakdance compétition, battle hip-hop

De la première coupe du Monde à Bercy à un tournoi international à Miami en Floride, ce documentaire nous fait partager le quotidien de deux danseurs de Hip Hop. Les images d'entrainements et de représentations sur scène alternent avec les interviews des deux protagonistes, témoins d'un nouvel art. . On découvrira deux danseurs, Bibiche et Neil, dans leur quotidien et dans leur entraînement jusqu'au tournoi final où s'affrontent à Miami les meilleurs.

18 jan 2003
29m 11s
Fiche (00005)

Bien que les femmes aient eu beaucoup de mal à s'imposer dans ce milieu très masculin, elles n'ont pas manqué d'apporter leur touche personnelle, qu'il s'agisse des pionnières au milieu des années 80, Karima, Bibiche, Bintou Dembélé ou encore Anne Nguyen qui organise des bals avec une nouvelle danse de couple : le looping pop.

Très riche par son vocabulaire, bigarré de par l'origine de ses danseurs, notamment africaine, le hip hop a su intégrer les danses noires américaines animalières comme le chicken, le bisou du lapin, les claquettes, le mime, le «patinage» de James Brown, la capoeira. Il lui reste à ne pas se diluer dans l'institution et à résister à l'académisation. Bien que remarquablement mis en scène, beaucoup de spectacles aujourd'hui nous laissent de glace car dépourvus de l'énergie de base et sans aucun propos, ni dramaturgie. Cette danse de revendication sociale - pour que chacun trouve sa place et se fasse un nom - perd parfois de sa pertinence et de sa portée politique, pas loin de n'être plus qu'un art du divertissement, comme elle l'est déjà sur les plateaux de télévision, décorative. Mais les battles sont des rappels à l'ordre comme le krump (éloge du puissant royaume) né à Los Angeles après les émeutes raciales de 1992 qui retrouve une attitude guerrière et s'est développé beaucoup en Corée.

 Le Krump, nouvelle danse issue du hip- hop et des danses tribales africaines

Le Krump, nouvelle danse issue du hip- hop et des danses tribales africaines

Présentation d'une nouvelle danse, le krump, aux mouvements saccadés et au rythme effrénée, venue des ghettos de Los Angeles. C'est le groupe Diamontz, composée de jeunes filles qui nous en livre une démonstration. Deux de leurs danseuses évoquent le côté à la fois énergique et libérateur de cette chorégraphie. Le sociologue Antoine Garnier le remet dans un vecteur social.

30 avr 2006
01m 52s
Fiche (00002)

Dans le monde entier, le hip hop est toujours un signe de ralliement de la jeunesse.

 Inde: le hip-hop, source d'inspiration dans les bidonvilles

Inde: le hip-hop, source d'inspiration dans les bidonvilles

A Bombay, au coeur d'un des plus grands bidonvilles d'Asie, sur toile de fond du film "Slumdog Millionnaire", la jeune génération se tourne vers le hip hop américain et le breakdance pour échapper à sa dure réalité. Nous suivons Pankaj Shivpur, danseur de breakdance , - Akku, fondateur du groupe de danse SlumGods, Ashish Kanoujiya, danseur de breakdance professionnel et juge d'un concours de danse

13 fév 2013
03m 26s
Fiche (00003)