Stravinsky et les Ballets Russes

17 juin 2008
01h 48m 36s
Réf. 10108
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Résumé :

Ballet enregistré les 17 et 20 juin 2008 au Théâtre Mariinsky.

Date de diffusion :
17 juin 2008
Thèmes :

Éclairage

L'Oiseau de Feu

Une commande de Diaghilev

Serge de Diaghilev entendit Stravinski pour la première fois le 6 février 1909, jour où furent créés son Scherzo fantastique et son Feu d'artifice. Diaghilev fut très impressionné par cette dernière œuvre. Ayant déjà monté une saison de ses Ballets russes qui rencontra de grands succès à Paris en 1909, il désirait répéter l'expérience l'année suivante avec, entre autres, une œuvre inédite inspirée de la légende de l'Oiseau de feu. Diaghilev fit appel au jeune Stravinski. L'Oiseau de feu fut créé le 25 juin 1910 à l'Opéra de Paris, sous la direction de Gabriel Pierné. Le succès de l'œuvre est immédiat.

Synopsis

La première source d'information pour cette histoire est le programme rédigé par les Ballets russes lors de la création du ballet le 25 juin 1910 :

« Ivan Tsarevitch voit un jour un oiseau merveilleux, tout d'or et de flammes ; il le poursuit sans pouvoir s'en emparer, et ne réussit qu'à lui arracher une de ses plumes scintillantes. Sa poursuite l'a mené jusque dans les domaines de Kachtcheï l'Immortel, le redoutable demi-dieu qui veut s'emparer de lui et le changer en pierre, ainsi qu'il le fit déjà avec maint preux chevalier. Mais les filles de Kachtcheï et les treize princesses, ses captives, intercèdent et s'efforcent de sauver Ivan Tsarevitch. Survient l'Oiseau de feu, qui dissipe les enchantements. Le château de Kachtcheï disparaît, et les jeunes filles, les princesses, Ivan Tsarevitch et les chevaliers délivrés s'emparent des précieuses pommes d'or de son jardin. »

Le chorégraphe Michel Fokine élabore davantage le récit. Ivan Tsarevitch réussit en fait à capturer l'Oiseau de feu dans l'arbre aux pommes d'or du jardin de Kachtcheï et, en échange de sa liberté, l'Oiseau de feu donne une de ses plumes enflammées à Ivan en lui disant qu'elle lui sera utile. La porte du château de Kachtcheï s'ouvre et treize Princesses sortent, dont la Princesse de la Beauté Sublime. Elles jouent avec les pommes d'or et celle de la Princesse de la Beauté Sublime tombe dans un buisson derrière lequel s'est caché Ivan. En la récupérant, elle le voit et ils tombent amoureux. Les Princesses retournent dans le palais et Ivan, ne pouvant vivre sans la Princesse de la Beauté Sublime, tente d'entrer dans le château, ce qui déclenche le carillon magique. Il est capturé par les gardiens de Kachtcheï, qui arrive et le questionne, mais Ivan lui crache au visage. Il est alors placé contre un mur de pierre et Kachtcheï débute l'incantation qui le changera en pierre. Soudainement, Ivan se souvient de la plume de l'Oiseau de feu. Il l'agite et l'oiseau apparaît, rompant le sortilège de Kachtcheï. Ivan et la Princesse sont mariés et couronnés Tsar et Tsarine.

Le Sacre du Printemps

Le Sacre du printemps ne comprend pas d'intrigue. Ces « Tableaux de la Russie païenne » s'appuient sur un argument sommaire et, somme toute, secondaire.

Intitulé Adoration de la terre, le premier tableau figure une adoration du dieu de la naissance du printemps : la terre est couverte de fleurs, la terre est couverte d'herbe. Une grande joie règne sur la terre. Les hommes se livrent à la danse et interrogent l'avenir selon les rites. L'Aïeul de tous les sages prend part lui-même à la glorification du Printemps. On l'amène pour l'unir à la terre abondante et superbe. Chacun piétine la terre avec extase.

Le deuxième tableau, le Sacrifice, glorifie l'élue jusqu'à son immolation : après le jour, après minuit, sur les collines sont les pierres consacrées. Les adolescentes mènent les jeux mythiques et cherchent la grande voie. On glorifie, on acclame Celle qui fut désignée pour être livrée aux Dieux. On appelle les Aïeux, témoins vénérés. Et les sages aïeux des hommes contemplent le sacrifice. C'est ainsi qu'on sacrifie à Iarilo, le magnifique, le flamboyant.

La chorégraphie de Nijinsky 

Sa création au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, le 29 mai 1913 a provoqué un véritable scandale. Le public est heurté par la violence primitive de la pièce. Le rejet est si radical que le ballet disparaît de l'affiche après huit représentations. Oubliée, la chorégraphie originale de Nijinsky a pu être reconstituée grâce au travail acharné de Millicent Hodson. Après quinze années de recherches, elle est parvenue, avec l'aide notamment de Marie Rambert, qui avait été l'assistante de Nijinski, sur la création, à recomposer le Sacre original, présenté le 30 septembre 1987 par le Joffrey ballet à Los Angeles. Igor Stravinski approfondit dans cette œuvre le rythme et l'harmonie, éléments déjà expérimentés avec ses deux premiers ballets, L'Oiseau de feu et Petrouchka.

Avec le Sacre, notait Jacques Rivière en 1913 dans la N.R.F., « ce n'est plus le mouvement qui est soumis au corps, c'est le corps qui est soumis au mouvement ». Au déferlement rythmique de la musique de Stravinsky, Nijinsky a répondu par une gestuelle tellurienne qui a la force primitive du rite. Cette invention dans le geste est doublée d'un mouvement chorégraphique qui forme et désagrège sans cesse des groupes. Nijinsky a mis en oeuvre la méthode qui prétendait que chaque note d'un thème musical devait avoir son thème correspondant exécuté par le danseur. Exemple culminant de cette complexité rythmique, à la fin du premier tableau, « de grandes rondes se déroulent sauvagement » tandis que les masses qui s'agitent au centre de l'enceinte « se détachent sans arrêt en petits groupes qui tournent sur des axes excentriques ». Concluant le déferlement cataclysmique du Sacre, la Danse de l'Elue en est l'apothéose.

Les Noces

Stravinski débute la composition des Noces sur des textes populaires rituels qu'il adapte lui-même, relatant un mariage paysan russe. La partition des deux premiers tableaux est terminée au printemps de 1915, mais l'œuvre complète n'est achevée à Morges que deux ans plus tard, le 4 avril 1917. Le long travail d'instrumentation des Noces n'a duré pas moins que six ans : l'effectif est assez considérable, les percussions sont très abondantes : piano, deux harpes, harmonium, cymbalum, clavecin et percussions.

Diaghilev décide de mettre ces scènes chorégraphiques au programme de ses Ballets russes pour juin 1923. La création eut lieu le 13 juin 1923 à Paris par les Ballets russes, sous la direction musicale d'Ernest Ansermet. La chorégraphie en a été confiée à Bronislava Nijinska, sœur du célèbre danseur.

Synopsis

Stravinski ouvre une voie résolument nouvelle avec Les Noces. Si leur trame tient au fonds populaire musical et rythmique russe, si leur corps se réfère aux moments rituels russes du mariage, la tenue de l'ensemble se démarque de tout exotisme folklorique.

«Ce n'est pas d'une "noce villageoise" qu'il s'agit, d'un marié, d'une mariée, d'une mère, mais d'un rituel qui se saisit de quelques personnages-signes, les conduit, les broie dans son mouvement inexorable. L'action (...) se déroule selon trois directions principales : le thrène, qui est chant funèbre, ici l'enterrement de la virginité, symbolisée au premier tableau par la Tresse (le rituel russe du mariage est, à vrai dire, rituel funèbre) ; l'invocation aux divinités propices et la canalisation, par le rite et son train de symboles, de la force fécondatrice mâle ; enfin le rire de la collectivité, tour à tour exorcisant les forces obscures du sexe, purifiant les protagonistes, amadouant la Divinité, s'adonnant dans le même temps au "voyeurisme" complice fait de clins d'oeil, de commentaires salaces, d'exclamations, attisant la passion». (André Boucourechliev, Igor Stravinsky, Fayard 1982).