Le Couronnement de Poppée

19 juin 2003
02h 44m 16s
Réf. 10127
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Éclairage

L'Incoronazione di Poppea est un opéra baroque, peut-être le premier du genre.

A la différence de l'Orfeo, où le chant était à chaque fois justifié par l'action, aucune de ses scènes ne semble plus motivée par un quelconque souci de vraisemblance. Les personnages chantent ou parlent indifféremment sans que le drame le requière. Au réalisme musical de l'opéra humaniste succède l'irréalisme de l'opéra baroque. Le langage musical a cessé d'être la transcription, plus ou moins juste, de la réalité ou le miroir, plus ou moins exact, des émotions. Il repose désormais en lui-même et ne vaut plus que par le plaisir, plus ou moins grand, qu'il procure. L'opéra était la récréation des princes, il est maintenant le divertissement d'un public toujours plus nombreux à venir se délecter de ses fastes. En bas, le parterre et son vacarme, en haut, les toilettes moirées et frémissantes. En bas, la crudité cynique des passions, en haut, les éclats du bel canto. En bas, les manigances complexes de l'amour, en haut, le désarroi solitaire de la vertu. Les deux étages de la maison baroque ne se recouvrent pas mais ils communiquent par des portes secrètes et des escaliers dérobés. Il arrive que des personnages flânent à leur frontière comme le héros singulier de La Dolce Vita errant entre le scintillement perpétuel des flashs et la chair meurtrie qu'ils exposent au regard. L'échouage au petit matin de la raie Manta, cadavre des soirées romaines, est l'image inversée du couronnement de Popée. Le corps de la bête et celui de la courtisane détaillée - fragmentée - par Néron se reflètent dans le miroir des siècles. Ils rejoignent par le bas le corps de Nana dévoré par la vérole, maladie d'un empire, d'une époque ou d'une ville, qu'une chair prendra sur elle de manifester. Le tyran tyrannisé par ses passions, le philosophe accablé du poids de sa vertu, la courtisane qui meurt de son trop beau triomphe sont les héros d'une mythologie baroque qui projette ses lueurs profanes jusqu'à nous, tristes modernes.