Parcours thématique

Danse, une politique qui soutient la création

Jean-Marc Adolphe

Introduction

On a coutume de faire remonter à André Malraux, ministre d'Etat chargé des Affaires culturelles auprès du général de Gaulle de 1959 à 1969, l'invention toute française d'une politique culturelle, dont les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont peu ou prou suivi les traces.

En matière de danse, il faut remonter bien plus loin pour exhumer l'acte de naissance d'une politique d'Etat. Et son instigateur est Louis XIV. Peu après la mort de Mazarin, en 1661, alors qu'il assume pleinement le gouvernement de la France, le jeune monarque fonde en effet l'Académie royale de danse, qui « a pour fonction de réfléchir, d'analyser et de normaliser en matière de danse, puis de diffuser les règles établies en son sein » [1]. Louis XIV lui-même se produit jusqu'en 1669, où il interprète le Soleil dans le Ballet royal de Flore .

Sous la houlette de Pierre Beauchamps, intendant des ballets du roi qui met au point un système d'écriture de la danse, l'Académie royale de danse voit naître la première compagnie de ballet institutionnelle en Europe, et se dote d'une école dont le rôle sera déterminant dans l'épanouissement et la diffusion dans le royaume et les cours européennes, de la « belle danse » promue en modèle.

[1] Dictionnaire de la Danse, sous la direction de Philippe Le Moal, Larousse, 2008.

Avec Jack Lang, l'essor d'une politique chorégraphique

Au Roi Soleil succèdent les danseurs étoiles. Le Ballet national de l'Opéra de Paris - et l'Ecole qui lui est rattachée - représentent l'héritage direct d'institutions nées sous le règne de Louis XIV.

Au sein de l'Opéra de Paris, qui reçoit une subvention de 106 millions d'euros (en 2011), le Ballet reste aujourd'hui, de loin, la compagnie de danse la mieux dotée par l'Etat.

<i>Don Quichotte</i> de Noureev à l'Opéra

Don Quichotte de Noureev à l'Opéra
[Format court]

Don Quichotte constitue le premier grand ballet que Rudolf Noureev a chorégraphié d'après Marius Petipa pour le Ballet de l'Opéra de Paris, en mars 1981. Ce reportage montre l'introduction du célèbre Pas de deux final, filmée à la répétition générale. Noureev en costume de Basile, mais pas coiffé, danse avec Noëlla Pontois dans le décor... de l'acte précédent !

05 mar 1981
02m 26s
Fiche (00943)

Mais le paysage chorégraphique s'est aujourd'hui considérablement diversifié, avec l'implantation, un peu partout sur le territoire hexagonal, de centres chorégraphiques nationaux, et la présence active de nombreuses compagnies indépendantes. Cette situation résulte à la fois d'une évolution et d'une ramification des esthétiques, liées à l'éclosion d'une génération de chorégraphes contemporains à la fin des années 1970 et au début des années 1980, ainsi qu'à une politique volontariste venue en soutenir le cours. On a coutume, là encore, d'associer à cette politique l'accession de la gauche au pouvoir, avec l'élection de François Mitterrand en 1981, et la nomination de Jack Lang au ministère de la Culture.

De fait, c'est sous l'égide de Jack Lang qu'une véritable politique chorégraphique prend son essor. La politique culturelle à la française est, selon Philippe Urfalino, « la mise en cohérence réussie, c'est-à-dire acceptée, d'une représentation du rôle que l'Etat veut faire jouer à l'art pour changer ou consolider la société avec un ensemble de mesures publiques (nominations, financements, créations de divers dispositifs et établissements). » [1]

La reconnaissance par l'Etat d'une danse contemporaine est le ferment de cette politique au début des années 1980. En valorisant son émergence, le nouveau pouvoir socialiste manifeste sa volonté de soutenir de nouvelles expressions, portées par de jeunes artistes ; il affiche ainsi sa détermination à encourager la « créativité » d'une société qui aspire au changement. [2]

Dominique Bagouet

Dominique Bagouet
[Format court]

Le chorégraphe Dominique Bagouet répète un nouveau spectacle. Des images de training et de travail alternent avec des séquences de danse tournées en extérieur. Ce sont les débuts de Bagouet - on est en 1980 à Montpellier - dont les studios étaient situés à l'Opéra Comédie. Ce long et émouvant reportage mené par le journaliste Jean-Calude Vernier est un bijou.

26 sep 1980
15m 52s
Fiche (00877)
Naissance du festival Montpellier Danse en 1981

Naissance du festival Montpellier Danse en 1981
[Format court]

A l'occasion de la création du festival Montpellier Danse en 1981, le chorégraphe Dominique Bagouet, directeur de la manifestation, en présente les lignes artistiques. Un seul mot : ouverture ! Le classique avec le Ballet national de Cuba, la danse traditionnelle du Languedoc avec le groupe la Guariga, le tout frais contemporain avec Bagouet lui-même. Les débuts d'une manifestation aujourd'hui d'envergure internationale.

11 juil 1981
03m 17s
Fiche (00878)
<i>Peurs bleues</i>, première création chorégraphique d'Angelin Preljocaj

Peurs bleues, première création chorégraphique d'Angelin Preljocaj
[Format court]

A l'affiche du festival Sigma, à Bordeaux, le jeune chorégraphe Angelin Preljocaj présente l'une de ses premières pièces, Peurs bleues (1985), par laquelle il revendique la rupture avec les codes de la danse classique.

15 nov 1985
02m 08s
Fiche (00876)

[1] Dictionnaire de la Danse, sous la direction de Philippe Le Moal, Larousse, 2008.

[2] Philippe Urfalino, « Après Lang et Malraux, une autre politique culturelle est-elle possible ? », Esprit, mai 2004.

La reconnaissance de la danse contemporaine

Des chorégraphes comme Dominique Bagouet, Jean-Claude Gallotta, Maguy Marin, Régine Chopinot, Philippe Decouflé, Daniel Larrieu, Joëlle Bouvier et Régis Obadia, et bien d'autres, promus lors du Concours de Bagnolet, incarnent alors cette politique délibérément axée sur la création. Il faut dire que jusqu'à la fin des années soixante, l'académisme occupe en France une position hégémonique, et les innovations de Maurice Béjart ou de Roland Petit passent pour le summum de la modernité, quand les Etats-Unis ont déjà digéré les apports de Martha Graham, de Doris Humphrey ou de José Limon, et sont déjà entrés avec Merce Cunningham, puis Trisha Brown, Lucinda Childs, Yvonne Rainer, Steve Paxton et consorts, dans l'ère de la « postmodern dance ».

Création à Avignon du <i>Boléro</i> de Béjart par Duska Sifnios

Création à Avignon du Boléro de Béjart par Duska Sifnios
[Format court]

Au festival d'Avignon 1966, Maurice Béjart prône un théâtre qui réunirait « toutes les tendances et qui ne serait plus du théâtre parlé, ni du ballet ni de la musique ou de l'opéra, mais où il y aurait tout cela à la fois ». En seconde partie du documentaire nous assistons à une répétition dans la Cour d'Honneur du Boléro, de loin ou en plans rapprochés, dansé ou seulement marqué, sur la fameuse table ronde par Duska Sifnios entourée de tous les garçons des Ballets du XXe Siècle.

03 nov 1966
02m 42s
Fiche (00715)
Merce Cunningham et John Cage à l'Opéra Garnier

Merce Cunningham et John Cage à l'Opéra Garnier
[Format court]

A l'occasion de la création Un jour ou deux de Merce Cunningham pour les danseurs de l'Opéra Garnier, ce reportage télescope quelques mots de Cunningham et de John Cage, des danseurs étoiles de la troupe parisienne Michaël Denard et Jean Guizerix, ainsi que des images de la pièce.        

06 nov 1973
02m 16s
Fiche (00936)

En France, la dénomination de danse contemporaine est employée officiellement pour la première fois dans un texte de loi de 1965, destiné à réglementer l'enseignement de la danse. Dix ans plus tard, la danse contemporaine forme une tête de chapitre dans une conférence de presse donnée par Michel Guy, secrétaire d'Etat à la Culture dans le premier gouvernement Jacques Chirac. En mai 1968 s'était formé un « comité d'action danse », qui avait commencé à formuler des préconisations pour soutenir et structurer le développement de la danse en France. Au sein du Syndicat national des auteurs compositeurs se constitue alors une « section des chorégraphes » qui livre en 1970 un rapport alarmiste : « La situation de la danse en France est désastreuse [...]. Elle est considérée comme un divertissement mondain. Au niveau de la formation, elle est souvent assimilée à une école de maintien. Au niveau de l'expression, la majorité des efforts consentis à son égard l'est en faveur d'un répertoire du siècle dernier au détriment de la création contemporaine. Au niveau de la diffusion enfin, on s'applique à réserver la danse à une élite. »

La danse contemporaine française et Dominique Bagouet

La danse contemporaine française et Dominique Bagouet
[Format court]

Des personnalités comme Guy Darmet, directeur de la Maison de la danse, à Lyon, et Jean-Paul Montanari, donnent leur point de vue sur le phénomène de la danse contemporaine française. Le journaliste François Cohendy tente d'identifier le style de Dominique Bagouet. Le chorégraphe, aux côtés du compositeur contemporain Pascal Dusapin, évoque son parcours.

20 sep 1986
11m 11s
Fiche (00890)

La création du CNDC d'Angers

Ce rapport ne restera pas complètement lettre morte. En juin 1973, la direction de la Musique, de l'Art lyrique et de la Danse organise au ministère la première rencontre des maîtres de ballet des principaux théâtres lyriques de France. L'Etat s'engage alors à stabiliser les subventions allouées aux opéras municipaux, incluant le financement des ballets : les subventions de l'Etat passent de 14,3 millions de francs en 1975 à 21,4 millions en 1976. Michel Guy affiche parallèlement la volonté de développer une offre chorégraphique alternative, portée par des compagnies indépendantes.

La formation des danseurs n'est pas oubliée. Le Centre National de Danse Contemporaine (CNDC) est créé à Angers en 1978. Les responsables ministériels cherchent alors à importer en France la technique américaine, et proposent la direction du CNDC à Merce Cunningham, qui décline l'offre, soucieux de ne pas délaisser sa compagnie à New York. Le choix se portera finalement sur Alwin Nikolaïs, dont l'influence est redoublée par deux de ses élèves, Susan Buirge et Carolyn Carlson, qui s'installent en France au début des années 1970.

Alwin Nikolais pédagogue

Alwin Nikolais pédagogue
[Format court]

Alwin Nikolais ouvre la porte de son cours qu'il accompagne lui-même au tambour. Ses "élèves" et interprètes, Carolyn Carlson et Susan Buirge donnent leur point de vue sur son travail. Alwin Nikolais se souvient du geste d'une actrice américaine.

08 juil 1985
03m 33s
Fiche (00932)
Nikolais au travail

Nikolais au travail
[Format court]

Dans son studio new-yorkais, le chorégraphe américain Alwin Nikolais au milieu de ses danseurs introduit à sa méthode de travail. Fabrication du geste artistique en direct.

19 sep 1982
04m 05s
Fiche (00935)
Quand l'intensité balaie le sens

Quand l'intensité balaie le sens
[Format court]

Avec Les Porteuses de mauvaises nouvelles, son second spectacle créé fin 1988 au CNDC d'Angers, le chorégraphe flamand Wim Vandekeybus confirme un goût avéré pour la dépense d'énergie et le sens du risque.

10 déc 1988
02m 47s
Fiche (00732)

Une logique de décentralisation

Ces efforts pour structurer le paysage chorégraphique, en termes de formation et d'aides à la création, vont de pair avec une logique de décentralisation, sur le modèle précédemment éprouvé par les milieux du théâtre. En quittant l'Opéra de Paris, Jacques Garnier et Brigitte Lefèvre sont les tout premiers à choisir la province pour installer leur compagnie, le Théâtre du Silence, à La Rochelle, en 1974, au sein de la Maison de la Culture. Cette implantation préfigure les centres chorégraphiques qui deviendront dans les années 80 un pilier de l'intervention du ministère de la Culture.

Lors d'une conférence de presse en avril 1984, Jack Lang parle pour la première fois de « centres chorégraphiques nationaux » (CCN), et le développement de ce réseau fait partie des mesures annoncées l'année suivante sous le titre de « Nouveaux Pas pour la Danse ». Les CCN étaient onze à l'origine, et sont aujourd'hui au nombre de dix-neuf, répartis dans quinze régions différentes. Leurs missions sont ainsi définies : « création d'œuvres chorégraphiques par les compagnies ou ballets dirigeants ; diffusion de ces œuvres, au niveau local, régional, national et international ; sensibilisation des publics à l'art de la danse ; formation » ; et, depuis 1998, accueil de compagnies indépendantes. Celles-ci ont considérablement augmenté en quelques années : entre 1994 et 2006, leur nombre est ainsi passé de 92 à 236. Sur la même période, les subventions qui leur ont été allouées par le ministère de la Culture (hiérarchisées en trois niveaux – aides au projet, aides aux compagnies, aides aux compagnies conventionnées) ont été portées de 2,9 millions à 6,5 millions en euros constants (selon les chiffres du ministère de la Culture).

Ajoutons à ce tableau que la diffusion internationale des compagnies de danse françaises a été largement appuyée par l'Association Française d'Action Artistique (dépendant du ministère des Affaires étrangères, et aujourd'hui rebaptisé Institut Français), participant ainsi à l'étalage d'une créativité française au service de la diplomatie culturelle.

Dans les pas d<i>'Ulysse</i> avec Jean-Claude Gallotta

Dans les pas d'Ulysse avec Jean-Claude Gallotta
[Format court]

A l'affiche du Théâtre de la Ville, à Paris, en 1983, Jean-Claude Gallotta danse Ulysse (1091), son ballet blanc et succès international. De longs extraits de la pièce alternent avec des commentaires du chorégraphe.

09 juil 1984
07m 41s
Fiche (00884)
Joëlle Bouvier et Régis Obadia <i>Derrière le mur</i>

Joëlle Bouvier et Régis Obadia Derrière le mur
[Format court]

Le Cloître des Carmes abrite le nouveau spectacle de Joëlle Bouvier et Régis Obadia Derrière le mur. Extrait du spectacle.

31 juil 1986
33s
Fiche (00909)

L'Etat n'est évidemment pas seul à intervenir dans ce soutien à l'activité chorégraphique : comme dans d'autres domaines de la création artistique et de l'action culturelle, les collectivités territoriales (régions, villes, départements, et depuis peu, communautés de communes) ont pris une part croissante dans le financement de la politique culturelle.

Et cette « décentralisation », en ce qui concerne la danse, s'est accompagnée de la montée en puissance de lieux de création et de diffusion (comme la Maison de la Danse à Lyon), ainsi que de nombreux festivals sur tout le territoire. A l'échelle de l'Europe, si d'autres pays manifestent une belle vitalité chorégraphique (notamment en Europe du Nord : Belgique, Allemagne, pays scandinaves...), la France se distingue toutefois par la structuration de son paysage chorégraphique et le soutien constant apporté depuis plus de 30 ans par la puissance publique à la création contemporaine.

Anne Teresa De Keersmaeker entre raga et Coltrane

Anne Teresa De Keersmaeker entre raga et Coltrane
[Format court]

Au Festival de Marseille, en 2005, la chorégraphe de Rosas présente sa dernière création, où elle passe d'un raga indien au légendaire A Love Supreme de John Coltrane. Comment les notions de liberté et de décision dans l'instant peuvent donner au mouvement une acuité maximale ?

03 juil 2005
02m 22s
Fiche (00744)
Avec Larbi Cherkaoui, les moines Shaolin s'invitent au Festival d'Avignon

Avec Larbi Cherkaoui, les moines Shaolin s'invitent au Festival d'Avignon
[Format court]

En 2007, le chorégraphe belgo-marocain Sidi Larbi Cherkaoui part en Chine à la rencontre des moines Shaolin. L'année suivante, avec dix-sept d'entre eux, il crée Sutra à Londres, puis au Festival d'Avignon. Une belle confrontation entre l'Occident et l'Orient.

13 juil 2008
02m 12s
Fiche (00748)

Pour aller plus loin

Angelin Preljocaj

Angelin Preljocaj
[Grand entretien]

Grand entretien avec Angelin Preljocaj, par Gérard Mannoni

27 juin 2000
02h 16m 12s
Fiche (07020)
Jean-Claude Gallotta

Jean-Claude Gallotta
[Grand entretien]

Grand entretien avec Jean-Claude Gallotta, par Rosita Boisseau

2011
02h 28m 31s
Fiche (06001)
Brigitte Lefèvre

Brigitte Lefèvre
[Grand entretien]

Grand entretien avec Brigitte Lefèvre, par Hervé Pons

2011
02h 29m 55s
Fiche (06002)
Anne Teresa de Keersmaeker

Anne Teresa de Keersmaeker
[Grand entretien]

Grand entretien avec Anne Teresa de Keersmaeker, par Gérard Mannoni

03 mai 2004
01h 58m 54s
Fiche (07017)