Discours de M. Couve de Murville à l'Onu

01 octobre 1959
02m 24s
Réf. 00076

Notice

Résumé :

Déclaration du Ministre des Affaires Etrangères Maurice Couve de Murville devant l'Assemblée Générale de l'ONU, qui a inscrit la question du conflit algérien à son ordre du jour.

Date de diffusion :
01 octobre 1959
Source :
ORTF (Collection: JT NUIT )
Personnalité(s) :

Éclairage

Le 16 septembre 1959, le général de Gaulle surprend tout le monde en proclamant l'autodétermination à venir des populations algériennes. Ce faisant, il semble avaliser la position de l'ONU sur la question algérienne, la France étant pointée du doigt dans sa gestion de la crise pour son refus de reconnaître aux Algériens le « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Mais ce faisant, il se met définitivement à dos les militaires et les Européens d'Algérie, qui le voient comme le « bradeur » de l'Algérie. De Gaulle ne supporte pas plus l'ingérence de l'ONU (qu'il surnomme « le machin ») dans les affaires françaises (en Algérie, mais aussi au Congo ou à Bizerte), et Maurice Couve de Murville va à New York pour le faire savoir. D'autant plus que, peu avant, le GPRA a refusé à nouveau la main tendue du général de Gaulle sur l'autodétermination. Le ministre français ne se rendra plus à l'ONU à partir de 1961 ; l'ONU reconnaîtra d'ailleurs officiellement le GPRA en 1961, de même qu'un nombre de plus en plus grand d'Etats.

Ce sujet issu du journal télévisé de la nuit du 1er octobre 1959 présente une longue déclaration en plan fixe du ministre des Affaires étrangères français lors de la XIVe session de l'ONU. Sur un ton calme, Couve de Murville remet en cause les ingérences répétées de l'ONU dans la politique française sur la question algérienne, rappelant la protestation systématique de la délégation française. Toutefois, il indique avec fermeté, et c'est ce qui fait la force de son intervention, qu'il ne comprend désormais pas pourquoi l'ONU interviendrait alors que, du fait de la proclamation récente de l'autodétermination, « les Algériens ont à choisir eux-mêmes leur destin ; ils le feront en toute liberté et en pleine connaissance de cause ». Ainsi se joue au niveau mondial le cas de l'Algérie, le général de Gaulle ayant fait cette proposition forte juste avant la session de l'ONU de manière à fragiliser le GPRA, dont le refus apparaît peu compréhensible. Mais c'est bien la position française qui continue de paraître fragile dans cette chambre d'écho internationale qu'est l'ONU.

Sébastien Denis

Transcription

(Silence)
Intervenant
Depuis plusieurs années, les Nations unies ont été saisies et ont discuté du problème algérien. La délégation française s’est toujours prononcée contre un tel débat parce qu’elle considérait et continue à considérer qu’aux termes de la charte, il n’est pas de la compétence de notre Organisation. La majorité de cette assemblée a, cette année encore, passé outre à notre opposition. Nombre de ceux qui se sont ainsi prononcés contre nous ont été mus par des intentions parfois généreuses sans doute, mais je le pense mal éclairées. Je suis, pour ma part, convaincu que l’intervention des Nations unies dans le passé n’a pas, bien au contraire, contribué à faciliter la solution du problème algérien. Entretenir, susciter les passions ne peut servir la cause de la paix. Ce que je tiens à dire pour l’avenir, et en particulier pour la présente session, c’est que, même si elle est décidée à dépasser les limites de compétence que lui fixe la charte, je ne vois vraiment pas comment notre Organisation pourrait, maintenant, expliquer une intervention. Il ne lui appartient pas de prendre pour le compte d’un de ses membres des décisions dont celui-ci a, seul, la responsabilité. Or le gouvernement français non seulement reconnaît, mais proclame, en décidant solennellement le recours à l’autodétermination, que les Algériens ont à choisir eux-mêmes leur destin. Ils le feront en toute liberté et en pleine connaissance de cause.