La Libération de Paris (1) : premiers combats

01 septembre 1944
08m 47s
Réf. 00001

Notice

Résumé :

L'insurrection parisienne : prise de la Préfecture de police et de l'Hôtel de Ville, occupation des mairies d'arrondissement, combats de rue entre le 16 et le 26 août 1944.

Type de média :
Date de diffusion :
01 septembre 1944
Date d'événement :
16 août 1944

Contexte historique

Depuis le débarquement en Normandie, la Résistance parisienne attend son heure. Tout au long de l'été, l'agitation populaire et patriotique a gagné la capitale (manifestations, grèves des cheminots, postiers, policiers). Le 19 août, la Résistance donne l'ordre de mobilisation. L'insurrection n'est pas programmée. C'est que la libération de Paris n'est pas un objectif stratégique pour les Américains : la stratégie d'Eisenhower vise à détruire le gros de l'ennemi, non à s'emparer des villes coûte que coûte. De plus, les Etats-Unis souhaitent repousser à plus tard le problème épineux que pose l'installation dans la capitale du chef du Gouvernement provisoire, le général de Gaulle, qu'ils se refusent à reconnaître. Quant au gouvernement d'Alger, il redoute une insurrection non contrôlée qui pourrait provoquer un bain de sang et permettre l'installation d'une Commune dirigée par les communistes.

Eve Bonnivard

Éclairage média

L'avertissement éclaire les conditions de production du film, "réalisé clandestinement et sans aucun moyen matériel (…) par une équipe de cinéastes de la Résistance", "développé, tiré et monté au fur et à mesure dans un laboratoire aux mains du Réseau de Résistance du cinéma". Intitulé "Journal de la Résistance", le film prend évidemment fait et cause pour la Résistance : la caméra est partisane (par exemple, elle filme par-dessus l'épaule des insurgés), le commentateur l'est également ("Dans tous les arrondissements de Paris, la vraie France a retrouvé sa place"). Le commentaire mobilise les ressources rhétoriques propres aux récits de faits d'armes glorieux : la dramatisation ("Paris sent que quelque chose se prépare. Et soudain claquent les premiers coups de feu"), l'épique ("Ce peuple sans armes a su trouver des armes"), l'emphase lyrique ("Et soudain même le coeur de Paris commence à battre et à se battre").

Eve Bonnivard

Transcription

AVERTISSEMENT
(Silence)
Commentateur
19 août 1944 : les voitures allemandes s'agitent ; les Allemands partent ; l'armée de fer déménage à la cloche de bois. Le départ devient [durable]. Des trains de camions descendent les Champs-Elysées chargés d'hommes et de matériel. On disait autrefois : «ils nous prennent tout», bientôt on dira : «ils nous ont tout pris.»
(Silence)
Commentateur
Ils rôdent.
(Silence)
Commentateur
Préparent-ils une retraite ou un mauvais coup ?
(Silence)
Commentateur
Sur ses avenues vides, Paris sent que quelque chose se prépare et soudain claquent les premiers coups de feu.
(Silence)
Commentateur
Jaillies des profondeurs de la Résistance des affiches sortent des murs : les appels longtemps contenus, les cris d'espérance et les ordres.
(Silence)
Commentateur
Paris a compris que la libération est proche et que c'est lui-même qui doit [la conquérir]. Mais avant d'aller au combat, un brin de toilette : d'un coup de balai, Paris se débarrasse de deux chefs d'Etat. La décision est prise : il faut en finir ; et un bruit court de bouche à oreille : «Aux armes, citoyens». Ce peuple sans arme a su trouver des armes ; le feu couve et soudain le cœur même de Paris commence à battre et à se battre. Dans la Cité, berceau de la ville, entre Notre-Dame et le palais de Saint Louis, la préfecture de Police est le premier bastion de la résistance.
(Silence)
Commentateur
Derrière ces hautes murailles se sont retranchés des hommes en uniforme bleu qui en avaient assez de saluer des hommes en uniforme vert. Parti du cœur de Paris, le mouvement s'étend, la fièvre gagne ; on tire, on guette. Les F.F.I s'organisent sous la direction de leur chef le colonel Rol ; le premier drapeau est hissé sur la préfecture ; il n'en descend plus et désormais il faudra modifier la vieille chanson française et dire : «les agents sont des gens braves».
(Silence)
Commentateur
L'appel du Comité National de la Résistance a été entendu ; la lutte se déchaîne ; Paris a trouvé l'autre centre de son combat : l'Hôtel de Ville, la maison commune, l'origine de toutes nos libertés ; là aussi flotte le drapeau, là aussi le droit de le hisser a été acheté dans le sang. Une voiture surgit du no man's land de l'insurrection : elle conduit à l'Hôtel de Ville le nouveau préfet de la Seine :
(Silence)
Commentateur
M.Flouret. Il est accueilli par M. Stéphane qui a conduit la lutte à l'intérieur de la maison. Il vient tout naturellement prendre sa place, car Paris et la France ont tout prévu et savent ce qu'ils veulent. Paris et la France ont un gouvernement, c'est hier qu'ils n'en avaient pas.
(Silence)
Commentateur
Paris se bat toujours.
(Silence)
Commentateur
Les mairies ont suivi l'exemple de l'Hôtel de Ville : dans tous les arrondissements de Paris la vraie France a repris sa place. Aux Batignolles, la lutte a été chaude, les Allemands ont contre-attaqué, ils ont été vaincus.
(Silence)
Commentateur
Le maire du 17ème a tenu son poste. Paris est un grand pays fait de petites villes et c'est parce que chacune d'elles fait son devoir que Paris sera sauvé. Les Allemands ont fini par comprendre : ils savent maintenant qu'on ne les laissera pas partir sans leur dire adieu.
(Silence)
Commentateur
Et même on retiendra quelques uns d'entre eux en souvenir.
(Silence)
Commentateur
Indifférents ou arrogants ils semblent surtout honteux de finir la guerre entre les mains des civils, et stupéfaits que ces francs-tireurs, qu'ils croyaient pouvoir mépriser, ne les traitent pas comme ils les auraient traités eux-mêmes. Des rafales traversent les places.
(Silence)
Inconnu
On répond !
Commentateur
A travers les bruits de la bataille, les services s'organisent. Dans l'Hôtel de Ville, les Parisiennes sont à leur poste. Et l'activité des machines à écrire répond dans les bureaux au bruit des mitrailleuses. Paris se bat. La lutte commencée avec des pistolets, presque à mains nues se poursuit avec les armes prises à l'ennemi. L'ennemi est déjà réduit à se défendre et à tâter prudemment le terrain. Il envoie des chars, on les lui retourne.
(Silence)
Commentateur
Déjà il y a plus de blessés que de victoires.
(Silence)
Commentateur
La ville s'éveille, s'agite ; le peuple de Paris est à l'affût. Son premier char, il l'a pris à l'adversaire et il sait s'en servir.
(Silence)
Commentateur
Des blouses blanches sillonnent les rues, sous les balles.
(Silence)
Commentateur
Cette armée-là elle aussi fait héroïquement son devoir.
(Silence)
Commentateur
Ce devoir qui n'est qu'à elle et qui consiste en venant au secours de tous à sauver aujourd'hui des vies allemandes.
(Silence)
Commentateur
Mais déjà Paris a des morts à venger : ceux-ci, les premiers de l'insurrection, trois jeunes hommes fusillés, trois noms qui s'ajoutent à l'interminable liste.

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