La Libération de Paris (2) : "Tous aux barricades !"

01 septembre 1944
07m 46s
Réf. 00002

Notice

Résumé :

L'insurrection parisienne : édification des barricades, chasse aux collaborateurs, capture de soldats allemands du 16 au 26 août 1944.

Type de média :
Date de diffusion :
01 septembre 1944
Date d'événement :
16 août 1944
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le 22 août, le colonel Rol-Tanguy, commandant en chef des FFI, lance un appel à la défense des Parisiens : "Tous aux barricades !". Près de 600 barricades surgissent un peu partout. Hommes et femmes, jeunes et moins jeunes font la chaîne pour se passer pavés, grilles, baignoires, matelas, sacs de sable. L'objectif du commandement est de réduire la circulation allemande. Les barricades n'ont pas pour effet de libérer Paris, mais elles ont un impact psychologique très grand : les Parisiens participent à leur propre libération. Paris renoue avec la tradition révolutionnaire de 1830, 1848 et 1870, dont les barricades ont valeur de symbole. "A l'appel de Rol-Tanguy, Paris reprend dans l'allégresse la tradition de la Commune. Ce n'est pas tant une guerre civile, c'est chercher noise aux Allemands", écrit Emmanuel d'Astier de la Vigerie [De la chute à la libération de Paris, Gallimard, 1965].

Eve Bonnivard

Éclairage média

Tourné clandestinement par des résistants, ce film exalte l'organisation de la défense parisienne, qui paraît bien fragile face au danger permanent que représente l'ennemi (nombreux plans de chars allemands sillonnant la capitale). Le film donne à voir l'édification des barricades, dont le commentateur ne manque pas de souligner la valeur de symbole : "Paris retrouve dans sa mémoire toujours vivant le geste instinctif de sa défense contre les oppresseurs". Grandiloquent, enthousiaste, le ton se fait aussi haineux et vindicatif quand la caméra filme les collaborateurs et les soldats allemands faits prisonniers. Les images terribles du massacre de Romainville, sur lequel la caméra s'attarde, sont comme rachetées par la prise de vue plongeante du soldat allemand agonisant devant l'Hôtel de Ville, bientôt dépouillé de son arme par les FFI.

Eve Bonnivard

Transcription

AVERTISSEMENT
Commentateur
Maintenant, c'est la vie du Paris combattant qui s'organise : il faut bien vivre, même quand on a fait le sacrifice de sa vie. Le peuple du vin rouge aura prouvé qu'il sait se battre en buvant de l'eau, le ventre vide depuis des mois.
(Silence)
Commentateur
Et pour la première fois c'est aujourd'hui qu'on rase gratis. Mais attention, la lutte prend un autre visage. Paris retrouve dans sa mémoire toujours vivant le grand geste instinctif de sa défense contre les oppresseurs : Paris construit ses barricades. On abat des arbres, on arrache les pavés qui en avaient perdu l'habitude.
(Silence)
Commentateur
Les sacs de sable de la défense passive servent à la défense active. Partout, dans tous les quartiers de Paris, tout le monde s'y met : les jeunes filles en robe d'été, les vieux, les jeunes.
(Silence)
Commentateur
Les enfants de la guerre qui n'ont pas connu les châteaux de sable prennent leur part de ce jeu terrible.
(Silence)
Commentateur
Et l'on attend.
(Silence)
Commentateur
Et les barricades à travers la ville toute entière se font plus hautes, plus épaisses et plus belles.
(Silence)
Commentateur
La vieille technique des grands-pères est revenue dans les mémoires.
(Silence)
Commentateur
Et l'on attend encore. Et on est prêt. L'ennemi a hésité, reculé parfois ; il abandonne des canons qu'on retournera contre lui.
(Silence)
Commentateur
Les camions chargés d'essence sont attaqués et pris.
(Silence)
Commentateur
Les voitures aussi, que l'on s'empresse de camoufler et qui porteront de barricade en barricade les munitions et les ordres. Voici des femmes, qui ont pratiqué ce que le peuple appelait la collaboration horizontale. Et voici du plus gros gibier, M.Stéphane Lausanne, ce journaliste qui a déshonoré Paris depuis quatre ans, pour ne pas dire plus. L'autre, c'est Monsieur le président Devize, l'homme du tribunal spécial qui aux ordres d'Hitler a condamné à mort des Français. Ici, les Allemands n'ont même pas eu besoin du président Devize pour tuer : à Romainville avant de partir, ils ont fusillé pêle-mêle des hommes et des femmes. Une fois de plus, ils ont laissé leur marque : la signature des brutes qui ne savent signer qu'avec des croix.
(Silence)
Commentateur
L'ennemi maintenant désemparé incendie les bastions qu'il n'ose pas enlever. Et la guerre s'enfle et redouble. Elle ensanglante la ville.
(Silence)
Commentateur
Contre les chars qui crachent, on se défend avec des mitraillettes.
(Silence)
Commentateur
Lutte inégale, mais ce n'est pas le plus fort qui est vainqueur.
(Silence)
Commentateur
Doucement, très doucement,
(Silence)
Commentateur
au milieu des horreurs de la bataille, les combattants savent oublier la colère pour soigner et pour protéger.
(Silence)
Commentateur
Jusque dans les tours de Notre-Dame des miliciens se sont retranchés. Il faut attaquer au fusil.
(Silence)
Commentateur
Un char est détruit.
(Silence)
Commentateur
Un char est conquis. Les prisonniers se multiplient et ces images sont dédiées aux millions d'hommes qui ont connu et qui connaissent encore les barbelés du Reich.
(Silence)
Commentateur
Les chars arrachés à l'ennemi, on les naturalise aussitôt dans les rangs de la Résistance ; on les remet en marche et ils tireront contre l'Allemand. La guerre des rues continue. Devant les façades criblées, de barricade en embuscade, les chars passent.
(Silence)
Commentateur
Les hommes tirent.
(Silence)
Commentateur
Des prisonniers, des prisonniers, et encore des prisonniers.
(Silence)
Commentateur
Cet Allemand avait cru il y a 4 ans qu'il avait conquis Paris.
(Silence)
Commentateur
La lutte touche à sa fin. Paris achève sa libération.