Le discours de Bayeux

30 juin 1946
02m 17s
Réf. 00010

Notice

Résumé :

Le général de Gaulle s'est rendu à Bayeux pour y présider les fêtes organisées par la municipalité en commémoration de sa visite à cette ville, la première libérée lors de la bataille de France de juin 1944. Dans le discours qu'il prononce à Bayeux, il expose son projet constitutionnel.

Date de diffusion :
30 juin 1946
Date d'événement :
16 juin 1946
Personnalité(s) :

Contexte historique

A Bayeux, pour la première fois depuis son départ, de Gaulle rompt le silence. Le contexte est favorable, marqué par une incertitude politique et un vide constitutionnel. Le discours se présente d'abord comme un hommage rendu à l'Etat ; s'ensuit une condamnation du régime des partis.

De Gaulle formule enfin son propre projet constitutionnel, qui repose sur un Parlement bicaméral et un chef de l'Etat au pouvoir renforcé. Le chef de l'Etat, "placé au-dessus des partis, élu par un collège élargi", nomme les ministres, y compris le Premier, prononce la dissolution de l'Assemblée et, en cas de péril mortel pour l'Etat, doit intervenir comme "garant de l'indépendance nationale". La "Constitution de Bayeux" est considérée comme le texte fondateur des institutions de la Ve République (1958).

Eve Bonnivard

Éclairage média

On remarque que de Gaulle est revêtu de son uniforme de général : il a troqué son veston d'homme d'Etat contre son habit militaire, marquant ainsi son retrait de la vie politique. De Gaulle est redevenu l'homme du 18 juin, libre de toute attache partisane, dialoguant directement avec les Français. Mais la présence de la foule au second plan laisse entendre que le temps où de Gaulle ne faisait qu'un avec le peuple français est révolu : le Général est seul, même s'il n'a pas rompu le dialogue avec la France. Sa position à la tribune, rehaussée par rapport à la foule, renforce cette impression d'isolement en même temps qu'elle suggère le magistère moral que de Gaulle souhaite désormais exercer.

On notera que le sujet ne fut pas à l'époque diffusé dans le journal hebdomadaire des Actualités Françaises preuve, s'il en était, de la mise à l'écart du général de Gaulle.

Eve Bonnivard

Transcription

Charles (de) Gaulle
C'est donc du chef de l'Etat élu par un collège électoral qui englobe le Parlement mais qui le dépasse largement de manière à en faire le président de l'Union française en même temps que celui de la République, c'est du chef de l'Etat que doit procéder le pouvoir exécutif. A lui la charge d'accorder les nécessités générales concernant le choix des hommes avec l'orientation qui se dégage du Parlement ; à lui la mission de nommer les ministres et d'abord naturellement le premier qui a la charge, lui, de diriger l'action, la politique et le travail du gouvernement. Au chef de l'Etat la fonction de promulguer les lois et de prendre les décrets parce que c'est vis-à-vis de l'Etat tout entier que ceux-ci comme celles-là engagent les citoyens. A lui l'attribution de servir d'arbitre, d'abord normalement par le conseil et puis dans les cas de grande confusion en invitant le pays à faire connaître par des élections sa volonté et sa décision souveraine. A lui encore la tâche de présider les conseils du gouvernement de manière à y assurer la continuité au milieu d'… .(inaudible) une nation ne se passe pas. A lui enfin, si le péril extérieur devait une fois de plus peser sur la France, à lui le devoir d'être cette fois le garant de l'indépendance nationale et des traités conclus par la France.

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