Le référendum du 5 mai 1946

09 mai 1946
01m 50s
Réf. 00012

Contexte historique

L'Assemblée adopte à une courte majorité un projet constitutionnel qui satisfait socialistes et communistes. L'Assemblée nationale en est le pilier ; elle est unique et toute-puissante. "En bref, un régime d'assemblée où les partis prennent le peuple en charge" [Jean-Pierre Rioux, La France de la IVe République, Vol 1, Seuil,1980]. A la surprise générale, les Français rejettent la Constitution, ce qui est un échec pour le PC et la SFIO et une victoire pour le MRP et pour de Gaulle, défenseurs du primat de l'exécutif. Ce rejet s'explique par la crainte du monocamérisme, conjuguée à la poussée d'un net anticommunisme. Il s'agit en réalité d'un vote qui exprime plus un rejet du PC qu'un désaccord profond avec le texte de la Constitution. De plus, pour la première fois, aucune personnalité prestigieuse n'a jeté son poids dans le camp du oui. Ce vote négatif rend nécessaire l'élection d'une nouvelle Assemblée constituante, qui a lieu le 2 juin 1946.

Eve Bonnivard

Éclairage média

Le traitement de la consultation électorale est double, à la fois convenu et décalé. En effet, tout en se pliant aux attendus du genre (images de Français se rendant aux urnes, d'hommes politiques votant dans leur fief respectif, scène devenue classique de dépouillement au ministère de l'intérieur), les Actualités Françaises adoptent un ton léger, insistant sur des détails piquants (bébé, jambes d'une électrice dans l'isoloir, défilé de stars du cinéma). La musique, allègre, répond à l'entrain avec lequel les Français se rendent aux urnes (images d'ouverture du document), le tout suggérant le civisme du peuple français. Aucun commentaire n'est fait sur le fond (le rejet du texte) : il s'agit ici de donner une image vivante, fidèle, de la France qui vote.

Eve Bonnivard

Transcription

Commentateur
Pour la onzième fois de son histoire, la France avait à décider de sa Constitution. Et pour ce premier dimanche de mai, vingt millions de votants ont rempli leur devoir de citoyen conscients de leurs droits et de leurs responsabilités. Dans tous les bureaux de vote ce sont des spectacles déjà traditionnels.
(Silence)
Commentateur
Bébé fait son éducation civique, maman a une dernière hésitation et c'est le défilé devant l'urne où, entre deux anonymes, la caméra repère une vedette. Vedette de l'écran : Madeleine Sologne ; vedettes politiques : Maurice Thorez, secrétaire général du Parti Communiste ; Daniel Meyer, secrétaire général du Parti Socialiste ; Francisque Gay, leader du M.R.P. ;
(Silence)
Commentateur
et à Lyon, Edouard Herriot, chef des Radicaux. Six heures : le scrutin est clos ; le dépouillement commence et les «oui» s'amoncellent d'un côté pendant que les «non» se gonflent de l'autre.
(Silence)
Commentateur
Au ministère de l'Intérieur, les journalistes ont pris possession de leur poste ; toute la nuit maintenant téléphone et télégraphe vont transmettre les résultats des 38.000 communes de France pendant que la radio diffusera ceux des colonies.
(Silence)
Commentateur
A 2 heures du matin, la victoire des «non» s'affirme ; on reprendra à pied d'oeuvre le travail de la Constitution, cette Constitution qui doit dans la nouvelle démocratie française faire sa place à la justice sociale et à la liberté.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque