Les élections législatives du 17 juin 1951

21 juin 1951
01m 51s
Réf. 00020

Notice

Résumé :

L'Assemblée élue en 1946 arrivant à son terme normal en 1951, la Troisième Force convoque des élections législatives qui se déroulent selon une nouvelle loi électorale adoptée en mai.

Date de diffusion :
21 juin 1951
Date d'événement :
17 juin 1951
Lieux :

Contexte historique

La nouvelle loi électorale élaborée par la Troisième Force, qui combine proportionnelle et système dit des "apparentements", vise en principe à faire sortir des urnes une majorité, mais en réalité elle fait obstruction à l'expression des adversaires gaullistes et surtout communistes. Il s'agit donc d'une loi ad hoc. "L'apparentement constitue (…) le testament idéologique de la Troisième Force : rassembler d'abord ceux qui veulent faire vivre la IVe République, les mener à la victoire puis dégager des majorités sur une politique après les élections" [Jean-Pierre Rioux, La France de la IVe République, Vol 1, Seuil 1980].

Le système fonctionne utilement, puisque la Troisième Force est en apparence sauvée. Mais les adversaires du régime, communistes et gaullistes, ont la faveur pratiquement de la moitié de l'électorat. La poussée gaulliste et le tassement de la gauche sont les grands enseignements du scrutin.

Eve Bonnivard

Éclairage média

Si les Actualités Françaises ont mis au point un traitement rituel des élections, elles s'efforcent cependant de le faire varier pour ne pas lasser le spectateur.

Ainsi, le document s'ouvre de façon inhabituelle sur des plans de collage d'affiches, qui ont tout l'air d'avoir été tournés pour les besoins de la démonstration. Le commentaire manie l'ironie pour montrer l'inanité de l'action clandestine ("Les affiches demeurées muettes"), qualifiée de "petite guerre à la colle et au pinceau". Le ton change brusquement quand on en vient à l'élection : "Et puis le grand jour est arrivé". La voix off, professorale, se livre alors à une leçon d'instruction civique, vantant avec emphase le suffrage universel qui consacre l'égalité des citoyens. "Jour extraordinaire où chacun a la même valeur, la même importance". Le principe "un bulletin, un homme" est illustré par une série de plans montrant, en alternance, un citoyen anonyme (facteur, comptable, religieuse) et une célébrité politique (Auriol, Duclos, de Gaulle).

La suite du document est plus convenue : buste de Marianne, journalistes téléphonant les résultats dans une salle du ministère de l'Intérieur, manchette des journaux affichant les résultats. L'image finale du balayeur n' a d'autre fonction que de servir de chute au sujet.

Eve Bonnivard

Transcription

Commentateur
La France a voté. Elle a voté après une campagne électorale de trois semaines marquée par toutes les surprises, les embuscades, les raids de commando, les attaques et les contre-attaques d'une petite guerre à la colle et au papier : la guerre des affiches. Guerre sans gloire et sans merci, seulement traversée d'éclairs de pinceaux et de mains furtives. Comment d'affiches sont ainsi demeurées muettes pour l'électeur ?
(Silence)
Commentateur
Et puis le grand jour est arrivé. Jour extraordinaire, le seul où vraiment chacun a la même valeur et la même importance ; où M. Vincent Auriol dépose le même bulletin que le facteur des Postes Vincent Dupont ; où la voix du général de Gaulle ne compte pas davantage que celle du comptable retraité Charles Durand ; où le leader Jacques Duclos ne dispose pas de plus d'influence que la petite religieuse soeur Saint Jacques. Dès le soir au ministère de l'Intérieur tout bruissant de fièvre, les résultats convergeaient de tous les départements pour être livrés immédiatement à la presse et diffusés pour un public qui se massait nombreux dans les rues.
(Silence)
Commentateur
Et le ministre de l'information, M. Gazier venait tirer la leçon des scrutins. Alors que l'ancienne chambre se caractérisait par l'importance des représentations communiste et M.R.P., la nouvelle voit diminuer notablement ces deux partis tandis que le Rassemblement des gauches voit grossir ses effectifs et qu'apparaît une nouvelle formation : le R.P.F.
(Silence)
Commentateur
Au matin, la satisfaction semblait générale.
(Silence)
Commentateur
Et le lendemain du vote n'était plus que le grand jour des balayeurs.

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