La crise ministérielle : déclaration de Mendès France

16 juin 1954
02m 36s
Réf. 00028

Notice

Résumé :

Cinq jours après la fin du débat parlementaire sur l'Indochine, et à la veille de son discours d'investiture, Pierre Mendès France, qui vient de remplacer Joseph Laniel à la présidence du Conseil, est interviewé par Jacques Perrot.

Type de média :
Date de diffusion :
16 juin 1954
Source :

Contexte historique

Après la chute du gouvernement Laniel, Pierre Mendès France est investi président du Conseil le 18 juin 1954. Soutenu par le nouvel hebdomadaire L'Express, qui mobilise l'opinion en sa faveur, Pierre Mendès France, qui a failli accéder à la présidence du Conseil en mai 1953, apparaît après la défaite de Diên Biên Phû le seul homme capable de sortir la France du bourbier indochinois. Il faut dire qu'il a déjà, à maintes reprises, pris publiquement position sur la question.

Dès 1950 en effet, les difficultés allant croissant en Afrique du Nord et en Indochine, il se pose en "procureur parlementaire et en Cassandre de presse", selon l'expression de J.-P. Rioux [article "Pierre Mendès France", in Dictionnaire historique de la vie politique française, J.-F Sirinelli (dir.), PUF, 1995]. A chaque débat parlementaire s'élève, lucide et impérieuse, la voix de "PMF", selon le surnom que lui donne L'Express, pour rappeler que "gouverner, c'est choisir".

Eve Bonnivard

Éclairage média

Recevant dans son bureau de la rue du Conseiller-Colignon une équipe de télévision, Pierre Mendès France expose aux spectateurs du journal télévisé les "difficultés de l'heure" et l'"état d'esprit" dans lequel il entend y faire face. Pour Mendès France, tout gouvernement issu de la volonté populaire se doit d'expliquer directement aux citoyens les principes de l'action, les méthodes et les activités de l'exécutif. Dans cette perspective, le journaliste, ici Jacques Perrot, n'exerce pas un rôle critique mais sert de faire-valoir ; il est là pour recueillir une déclaration solennelle. Piètre orateur, PMF s'exprime sur un ton monocorde en lisant ses notes. C'est incontestablement un homme de radio, où sa voix fait merveille.

A partir du 26 juin 1954, il inaugure ainsi ses fameuses causeries radiophoniques du samedi, inspirées des fire-side chats de Roosevelt. On remarque l'exhibition des moyens techniques (plan sur le caméraman donnant le signal du début de l'enregistrement), un procédé caractéristique du journalisme télévisuel de l'époque.

Eve Bonnivard

Transcription

(Silence)
Journaliste
C'est demain donc que M. Pierre Mendès France se présente devant l'Assemblée Nationale pour solliciter son investiture. Depuis trois jours, Monsieur le président, vous avez eu de nombreux entretiens, vous mettez actuellement la dernière main à votre déclaration ministérielle, est-ce que vous pourriez ce soir nous faire en quelque sorte le point de la situation ?
Pierre Mendès-France
A la veille du jour où je vais me présenter devant l'Assemblée Nationale, je suis heureux de pouvoir dire aux spectateurs du journal télévisé les difficultés que je rencontre et l'état d'esprit dans lequel j'entends y faire face. Le problème à la fois le plus grave et le plus immédiat, qui est présent à tous nos esprits et qui se pose en termes dramatiques au futur chef du gouvernement quelqu'il soit, c'est celui de l'Indochine. J'entends tout mettre en oeuvre pour parvenir à une solution prochaine. Il n'est plus temps de s'appesantir sur les erreurs passées. Il faut maintenant rétablir la paix ; une paix de compromis, une paix honorable. J'affirme que cela est possible. En attendant, bien entendu, il faut assurer la sécurité du corps expéditionnaire et je suis persuadé que tout le monde sera d'accord pour que soient prises les mesures nécessaires. Le but principal de ma déclaration d'investiture sera de clarifier les graves problèmes que nous avons à traiter, non celui de l'Indochine dont… non seulement celui de l'Indochine dont je viens de parler, mais ceux qui se posent en Tunisie, au Maroc, et au sein de cette Europe nouvelle qui se construit ; et il faut aussi consolider l'alliance occidentale minée par des malentendus qui seront aisés à dissiper dans une franche et loyale explication. J'espère donc que, loin de buter comme cela est le cas trop souvent sur ce qui divise les Français, le débat de demain nous permettra de dégager ensemble les solutions qui rapprochent, qui unissent et qui ainsi préparent le redressement du pays.