Discours de Mendès France à Nevers (3)

20 septembre 1954
58s
Réf. 00035

Notice

Résumé :

À l'occasion de la célébration du dixième anniversaire de la Libération, la garnison militaire de Nevers organise un défilé auquel sont venues assister des personnalités. Un commentaire lapidaire évoque la politique économique de Pierre Mendès France.

Date de diffusion :
20 septembre 1954
Date d'événement :
19 septembre 1954
Source :

Contexte historique

À l'issue d'un été de toutes les audaces (paix en Indochine par les accords de Genève, annonce de l'autonomie interne de la Tunisie lors du discours de Carthage, rejet de la CED), la France voit disparaître une partie des principales causes extérieures et coloniales de sa crise endémique. Les sondages d'août-septembre 1954 donnent alors une très confortable majorité de bonnes opinions à l'initiateur de cette politique hardie, le président du Conseil Pierre Mendès France.

L'homme a su séduire les Français par son style direct, sa franchise, son divorce avec le prudent immobilisme de ses prédécesseurs. Après des années d'instabilité, grâce à celui que l'on surnomme bientôt "PMF" - signe tangible de sa popularité -, la IVe République semble pouvoir de nouveau "courir sa chance" [J.-P. Rioux, La France de la IVe République, 1952-1958. L'Expansion et l'impuissance, Paris : Le Seuil, 1983].

Conscient de cette chance, Pierre Mendès France, accompagné ici de François Mitterrand, s'emploie à jouer sur les symboles afin d'accroître son capital de confiance. Son premier voyage officiel en province est donc programmé pour une date à forte charge symbolique : en venant inaugurer le monument de Nevers, il souligne sa volonté de placer son action sous le signe de la France réunie, solidaire, fraternelle. Une France qui certes doit se souvenir de la résistance, de ses valeurs et les honorer ; mais une France qui doit aussi savoir oublier les discordes d'hier, celles des années noires en particulier, pour mieux aller de l'avant et profiter des Trente Glorieuses dont l'élan se dessine de plus en plus précisément.

Philippe Tétart

Éclairage média

Outre qu'elle se fonde sur sa gestion opiniâtre des dossiers politiques et militaires épineux dont il hérite en juin 1954, la popularité de Pierre Mendès France est déterminée par son pragmatisme, pragmatisme qui va de pair avec un principe : "tout représentant du peuple se doit d'exposer les causes et les buts de son action, d'informer", et un style : "il s'agit d'être à l'écoute des Français". Pierre Mendès France cherche ainsi à établir un lien privilégié avec la population lors de ses "causeries" radiophoniques hebdomadaires.

De même, lorsqu'il arpente le territoire à l'heure de sa pleine popularité (à l'automne 1954, comme ici à Nevers), il va à la rencontre de ses concitoyens en sachant que les reportages télévisés offrent à ses discours un écho amplifié. Il convient toutefois d'en pondérer l'influence. D'une part, la télévision ne filme pas l'important discours économique qu'il prononce à Nevers. Elle privilégie son hommage à la résistance et, quinze jours après le rejet de la CED, son discours sur la réconciliation franco-allemande et l'avenir de l'Europe.

D'autre part, en 1954, 1% seulement des foyers français disposent d'un téléviseur, ceci limite encore singulièrement l'influence des reportages sur la vie politique et gouvernementale, de même que les effets que peuvent en attendre les hommes politiques.

Philippe Tétart

Transcription

Commentateur
En conclusion, M. Mendès France devait évoquer la conjoncture économique et affirmer sa volonté de porter maintenant ses efforts sur le redressement économique du pays. Puis, toujours en compagnie de M. François Mitterrand, il avait assisté au défilé des troupes de la garnison devant le monument qui symbolise le sacrifice des obscurs combattants nivernais durant la dernière guerre.
(Musique militaire)