La crise ministérielle de février 1955

08 février 1955
01m 01s
Réf. 00042

Notice

Résumé :

Confronté à la difficile résolution de la crise algérienne, le gouvernement de Pierre Mendès France se voit refuser la confiance. Des consultations à l'Elysée préludent à la désignation du nouveau président du Conseil.

Date de diffusion :
08 février 1955
Date d'événement :
06 février 1955

Contexte historique

Pour le gouvernement du radical Pierre Mendès France, la crise algérienne sonne le glas. Et que son gouvernement y ait répondu, au moins dans un premier temps, par la manière forte, ne change rien. En effet, pour l'Assemblée, dont l'hostilité ne cesse de croître depuis l'automne (y compris parmi les rangs des radicaux eux-mêmes), l'incapacité à avoir prévu l'embrasement algérien et l'émergence d'une politique d'apaisement cristallise toutes les rancœurs et sert de prétexte. Rancœurs nées des décisions audacieuses du gouvernement en matière de politique coloniale, de politique européenne et d'options économiques. Après la grâce d'un été, arrive la tempête. Le 5 février au soir, à l'occasion du débat sur l'Afrique du Nord, le gouvernement est renversé par une coalition hétéroclite de 319 voix contre 273 (et 22 abstentions).

Pour Pierre Mendès France, porté au pouvoir neuf mois plus tôt par une très confortable majorité de 419 voix transgressant les clivages politiques et par un courant de popularité attendant de lui qu'il jugule la crise d'une "République embourbée", c'est un rude revers. D'autant plus rude qu'il incarne alors un courant politique à gauche, le mendésisme, qui jouit d'une réelle popularité. Cette situation n'est pas sans donner une coloration paradoxale à cette éviction.

Philippe Tétart

Éclairage média

Cet extrait ne laisse pas de place à une analyse des causes de la chute du gouvernement. Avec un sens marqué de la dramatisation que renforce le traitement musical, on insiste d'abord sur la "solitude" du président du Conseil face à la Chambre hostile, puis sur "l'impitoyable réquisitoire" de René Mayer, qui sonne l'hallali contre le gouvernement, et dont on omet de dire qu'il appartient au même parti que Pierre Mendès France.

Si l'on s'interroge ici pour la forme sur l'éventuel pressentiment de la défaite chez Pierre Mendès France, c'est pour mieux passer sous silence la crise ministérielle du mois de février 1955 et le détail des mesures déjà prises ou envisagées pour l'Algérie ; mesures de détente qui favorisent le rejet de la question de confiance (nomination critiquée de Jacques Soustelle comme gouverneur, projet de modification de l'élection des présidents de conseils municipaux qui sont l'un des principaux ressorts de l'autorité française en Algérie). En définitive, dans un montage valorisant les images stéréotypées censées incarner l'alternance de la vie politique (façade de l'Assemblée, puis hémicycle, voitures et descentes de voitures à l'Élysée, journalistes au travail, crépitement des flashes sur les leaders politiques), l'éviction de Pierre Mendès France est traitée de façon anecdotique.

De même, le commentaire ne souligne pas que la désignation de son éventuel successeur, Antoine Pinay, est peu probable. Ce dernier, en effet, semble d'emblée incapable de trouver une majorité à cause de l'hostilité du MRP, des socialistes SFIO et des radicaux mendésistes. Et de fait, il se retirera de la course à Matignon par crainte de l'échec. L'information manque donc ici singulièrement de recul, ce que souligne encore l'absence d'un nom, Edgar Faure, pourtant évoqué depuis plusieurs semaines et qui sera en effet investi le 25 février.

Philippe Tétart

Transcription

Commentateur
Mais c'est la vie politique qui est aujourd'hui à l'ordre du jour. Seul à son banc avant la séance, M. Mendès France pressentait-il déjà son échec devant une Assemblée qui, de scrutin en scrutin, réduisait sa majorité ? La séance ouverte par le président Schneiter, M. René Mayer prononçait contre le gouvernement un impitoyable réquisitoire. Et sur la question de confiance, le ministère était mis en minorité. L'Elysée devenait immédiatement le centre de l'attention générale. M. Schneiter y été venu tirer avec le président de la République les leçons de la crise, suivi de M. Monnerville et de M. Albert Sarraut. Et dès la fin de la deuxième journée le président René Coty faisait appeler M. Antoine Pinay.
(Silence)
Commentateur
Après son entretien avec M. René Coty, l'ancien président du Conseil devait donner une acceptation de principe. L'heure de M. Pinay a-t-elle de nouveau sonné ?

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