Les élections législatives du 2 janvier 1956

05 janvier 1956
01m 04s
Réf. 00044

Notice

Résumé :

La journée des élections législatives et la nuit de dépouillement au ministère de l'Intérieur.

Date de diffusion :
05 janvier 1956
Date d'événement :
02 janvier 1956
Personnalité(s) :

Contexte historique

Après la chute du gouvernement d'Edgar Faure (29 novembre 1955), la SFIO, les ailes gauches du parti radical, du gaullisme (républicains sociaux) et de l'UDSR se regroupent dans le Front Républicain (8 décembre). Ce cartel politique joue la carte du changement : son programme comprend la promesse d'une paix négociée en Algérie, du progrès social et de la modernisation de la France. Il joue également de la référence à forte charge symbolique au Front Populaire et espère ainsi pouvoir emporter les législatives du 2 janvier.

À l'issue d'un scrutin où il entre en concurrence avec le centre droit d'Edgar Faure et d'Antoine Pinay, le PCF et l'UDCA (mouvement Poujade), on observe une double poussée : celle du mouvement Poujade et celle des mendésistes du Front Républicain. Aucune majorité indiscutable ne se dessine. Du reste, grâce à la poussée du courant qu'il incarne, Pierre Mendès France apparaît comme le successeur d'Edgar Faure. Mais René Coty, président de la République, auquel revient la charge de désigner l'hôte de Matignon, sait l'hostilité d'une partie de la Chambre, notamment du MRP, à l'égard de Mendès France. Il choisit finalement le socialiste Guy Mollet. Ce dernier semble plus à même de former un gouvernement homogène et de trouver une majorité à l'Assemblée nationale afin d'obtenir l'investiture, acquise le 5 février.

Philippe Tétart

Éclairage média

Ce document traite de façon lapidaire l'élection et n'évoque pas ses enjeux. Il souligne essentiellement l'idée solennelle du rassemblement de tous les citoyens autour de ce temps fort de la vie civique et républicaine : insistance sur la réunion des plus jeunes et des plus âges (image d'un enfant dans un isoloir et expression "dans tous les mondes et tous les âges"), parmi lesquels le président vient voter en "simple citoyen", insistance sur l'importance du "sentiment civique" de cette "France" qui "a voté !".

Dans ce rituel audiovisuel relativement figé émerge aussi le désir de magnifier ce temps fort de la vie civique en soulignant, non sans emphase, au milieu des "éclairs de magnésium, expression de la gloire moderne", la grandeur de la République et de la France conquérante des Trente Glorieuses. Ce sujet de presse filmée amène à évoquer l'importance du contexte médiatique, télévisuel, dans lequel il se situe. En 1956, la télévision (comme la radio d'ailleurs) fait en effet pour la première fois partie intégrante du dispositif de campagne. Chaque parti en lice dispose de 5 minutes d'antenne, diffusées à 20 heures. Cette étape n'est pas restée dans les mémoires à cause de son caractère morne et du fait qu'elle s'adressait encore à un public limité. Toutefois, même si seulement un million de téléspectateurs la suivirent (grâce à l'écoute collective, le nombre de postes n'étant alors que de 260 000), la date est fondatrice et le symbole d'importance, tant en ce qui concerne l'histoire du débat télévisé que de celle de la communication politique. La télévision est désormais présente lors de tous les grands événements politiques, même si aux yeux de certains, comme en témoigna Vincent Auriol, elle reste "marginale" [Journal du septennat, 1953-1954 tome VII, 1971].

Certes, cette campagne de l'hiver 1955 n'est qu'un élément second noyé au sein d'un système de communication qui privilégie toujours le contact direct, et l'enjeu télévisuel n'apparaît pas encore assez fort pour capter vraiment l'attention des politiques. Pourtant, le soir du 2 janvier 1956, la couverture par la RTF des résultats des élections marque les esprits et atteste d'un tournant (que ne laisse pas deviner ce sujet qui, rappelons-le, n'est pas télévisuel). Durant cette "Nuit des élections", la télévision exhibe ses capacités techniques. Dès le début de soirée, des émissions présentent le dispositif mis sur pied. Puis, le téléspectateur est invité à découvrir la salle des téléphones du ministère de l'Intérieur où affluent, au fur et à mesure du dépouillement, les résultats de la France entière. Des liaisons sont établies avec les régions. Un rituel est désormais fixé, qui préfigure les grandes soirées électorales de la télévision. Ainsi, en dépit de sa place encore modeste, elle conquiert un rôle qui ne cessera plus de croître dans le débat politique et dans la promotion des principaux leaders de la vie politique française. Il faudra cependant attendre 1965 pour que la campagne électorale radio-télévisée constitue un enjeu d'importance et que la télévision devienne un objet clé du commentaire politique.

Philippe Tétart

Transcription

Commentateur
La France a voté. Toute la journée du 2 janvier, dans tous les bureaux de vote, les électeurs ont défilé en nombre, marquant ainsi une nette régression du nombre des abstentions. Il faut donc noter une victoire du sentiment civique sur l'ensemble des citoyens dans tous les mondes et pour tous les âges.
(Silence)
Commentateur
Au milieu de ce défilé, où toutes les classes se confondaient, on a vu le président de la République, premier des Français, remplir son devoir de simple citoyen, au milieu du déploiement des éclairs de magnésium qui sont comme l'expression de la gloire moderne.
(Silence)
Commentateur
Et toute la nuit, au ministère de l'Intérieur, les reporters ont suivi en bons élèves les résultats qui s'inscrivaient au tableau de l'écran et qui peuvent se traduire ainsi : gain des communistes qui pourtant perdent des voix, net recul des républicains sociaux, forte poussée du mouvement Poujade, et l'on attend l'Assemblée.

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