Le gouvernement Guy Mollet

07 février 1956
33s
Réf. 00046

Notice

Résumé :

L'investiture du gouvernement Guy Mollet à l'Assemblée nationale en présence des députés poujadistes le 5 février et la présentation du nouveau gouvernement au chef de l'Etat le lendemain.

Date de diffusion :
07 février 1956
Date d'événement :
05 février 1956
Personnalité(s) :

Contexte historique

La percée du courant poujadiste marque les élections législatives du 2 janvier 1956. Fondé en 1953, le mouvement mené par Pierre Poujade remporte un succès d'autant plus frappant qu'il n'a pas de véritable stratégie politique. Ses 12% des suffrages (2,5 millions de voix) traduisent cependant le malaise de la France des artisans et commerçants menacés et malmenés par la modernisation ; ils cristallisent un discours anti-fiscaliste, antiparlementaire, colonialiste et gallocentrique. Avec ses 52 députés du groupe Union et Fraternité Française le mouvement Poujade atteint une représentation politique qu'il ne retrouvera plus.

Mais, lors de la rentrée parlementaire de 1956, on s'inquiète de la capacité de nuisance de l'UFF, surtout dans une Assemblée morcelée en de nombreux groupes politiques. Autre élément notable du scrutin : la poussée mendésiste. Elle fait de Pierre Mendès France un candidat attendu à la présidence du Conseil. Mais, conscient que, face à une Assemblée aux tendances multiples et ne présentant qu'une majorité relative de gauche, cette candidature est probablement vouée à l'échec, René Coty appelle le socialiste Guy Mollet. C'est à lui que revient la tâche de former un gouvernement soumis au bon vouloir des partis représentés à l'Assemblée. Sans doute la situation de vide politique (depuis la dissolution de décembre) ajoutée à ses déclarations sur "l'union indissoluble de l'Algérie et de la France", aide-t-elle Guy Mollet à obtenir l'investiture. Mais cette réussite s'explique aussi par le subtil dosage gouvernemental que les Français découvrent lors de la présentation d'un cabinet caractérisé d'une part par sa modération et son attachement à l'Algérie française, et d'autre part la mise à l'écart de Pierre Mendès France, certes ministre d'État, mais sans portefeuille puisqu'il a demandé en vain le Quai d'Orsay, puis refusé le ministère de l'Économie. Ce gouvernement sera finalement le plus durable de toute la IVe République.

Philippe Tétart

Éclairage média

Ce sujet des Actualités Françaises consacré à la séance d'investiture s'emploie à souligner la satisfaction populaire entourant l'événement ("la foule des grands jours"). Surtout, un mois après le verdict des urnes, elle insiste sur l'un des principaux enseignements du scrutin de janvier : la percée poujadiste. C'est donc à dessein qu'est ici filmé Pierre Poujade, "leader fort en gueule, volontiers braillard et débraillé, méfiant et roublard, démagogue de tempérament" [C. Ysmal "Pierre Poujade", in Sirinelli Jean-François, Dictionnaire historique de la vie politique française, Paris: PUF, 1995]. Un Pierre Poujade libre d'être un "simple curieux" puisque, par principe et comme les autres dirigeants du mouvement et de l'UDCA, il ne s'est pas porté candidat.

Les Actualités Françaises relaient la focalisation de l'opinion sur les poujadistes (et la forte identité de leur dirigeant) dont le commentateur souligne la docilité : un mois auparavant, les mêmes Actualités Françaises mettaient en avant le fait que les poujadistes avaient refusé de siéger à l'extrême droite de l'hémicycle. Autre élément notable ici : lors du montage de la présentation du gouvernement au président de la République, le réalisateur choisit de garder un plan montrant deux éclairagistes de dos et au travail. Ce plan intermédiaire a quatre fonctions. Il sert de lien entre la séquence filmée à l'Assemblée et la présentation du gouvernement, de césure entre un jour et son lendemain (événement se déroulant entre les 5 et 6 février). Il a pour vertu de mettre en lumière l'affluence journalistique qui témoigne de l'importance de l'événement. Enfin, il montre la presse filmée au travail en soulignant la lourdeur du dispositif mis en œuvre pour collecter des images.

Philippe Tétart

Transcription

Commentateur
Avec la foule des grands jours, M. Poujade est venu en curieux, assister à la séance d'investiture de la nouvelle Assemblée nationale. Les élus poujadistes se sont sagement assis sur les bancs d'extrême droite. Et après la déclaration ministérielle de M. Guy Mollet, l'investiture lui a été accordée par 420 voix contre 71. Le lendemain, le président du Conseil présentait son gouvernement au chef de l'Etat. Une entorse à la tradition du classique escalier de pierre : en raison du froid, les nouveaux ministres ont posé dans le salon Murat.

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