Vingt Minutes avec le président du Conseil, Guy Mollet (1) : prologue

18 juin 1956
04m 03s
Réf. 00052

Notice

Résumé :

Le journaliste Pierre Sabbagh se présente à l'Hôtel Matignon afin de s'entretenir avec le président du Conseil Guy Mollet.

Type de média :
Date de diffusion :
18 juin 1956
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Les hommes politiques français de la IVe République tardent à rompre avec leur méfiance vis-à-vis des médias audiovisuels. Guy Mollet est l'un des premiers à prendre conscience du rôle que joue la télévision dans la formation de son image publique et dans la présentation ou la défense de ses choix gouvernementaux. Ainsi, au printemps 1956, dans une situation politique tendue, surtout en raison de la guerre d'Algérie, il est soucieux de donner l'image d'un président du Conseil disponible et ouvert au dialogue avec les citoyens, désireux de les informer et de leur prouver la justesse de ses choix.

Lors de sa première allocution radiodiffusée et télévisée, le 4 février 1956, il déclarait qu'à côté du rôle informatif de la radio et de la presse, rien ne pouvait remplacer "le contact direct" que la télévision permettait d'établir avec les Français... Dans un premier temps, au mois de mars, avec Christian Pineau et Robert Lacoste, il évoque la question algérienne (Face à la vérité). Puis, en avril-mai, il reçoit pour la première fois les caméras de la RTF à Matignon, pour l'émission Vingt Minutes avec le président du Conseil conçue par le journaliste Pierre Sabbagh.

Philippe Tétart

Éclairage média

Ce sujet illustre la possibilité qu'offre la télévision, à partir du milieu des années 1950, de diffuser pour des téléspectateurs de plus en plus nombreux des émissions dans des lieux de pouvoir qui leur sont a priori inaccessibles. Ici, Pierre Sabbagh entre dans Matignon en toute décontraction, sans aucun contrôle. Situation improbable. Cette mise en scène insiste sur le privilège du journaliste de télévision : il va communément à la rencontre des gouvernants et de leur décor quotidien. Même logique théâtralisée lorsque Pierre Sabbagh s'entretient avec un huissier dont on précise, afin de souligner son sérieux, qu'il est en poste depuis 1935. Que dit l'huissier ? Que l'emploi du temps de Guy Mollet est chargé ; ce qui suggère in fine que l'accueil de la télévision - et avec elle des téléspectateurs - fait partie des priorités du président du Conseil.

Répondant aux questions calculées du journaliste, l'huissier souligne enfin la simplicité et l'aménité de Guy Mollet. Il n'y aurait en définitive rien de plus naturel que de venir discuter avec un Guy Mollet très accessible. C'est ce que la télévision veut faire croire au travers de cette réalisation, pour mieux souligner son pouvoir (dû à son crédit grandissant auprès des hommes politiques) et la qualité novatrice des programmes qu'elle offre aux Français.

Philippe Tétart

Transcription

(Silence)
Inconnu
Monsieur, vous désirez ?
Pierre Sabbagh
Monsieur, je m'excuse, je suis un peu essoufflé parce que je crains d'être en retard ; je désirerais voir le président du Conseil.
Inconnu
Vous aviez rendez-vous, Monsieur ?
Pierre Sabbagh
Bien entendu, Monsieur.
Inconnu
Veuillez passer au salon.
Pierre Sabbagh
Merci.
(Silence)
Inconnu
Le président du Conseil vous reçoit dans un instant.
Pierre Sabbagh
Merci beaucoup. Dites-moi, Monsieur, je m'excuse, dites-moi, vous avez une minute ?
Inconnu
A votre disposition.
Pierre Sabbagh
Je voulais vous demander : est-ce que la journée du président a été très chargée aujourd'hui ?
Inconnu
Très.
Pierre Sabbagh
Très chargée ?
Inconnu
Très chargée.
Pierre Sabbagh
Et elle a commencé très tôt, comme d'habitude ?
Inconnu
Comme d'habitude, très tôt.
Pierre Sabbagh
C'est-à-dire ?
Inconnu
C'est-à-dire à neuf heures et demie ce matin.
Pierre Sabbagh
Oui, et c'est tous les jours comme ça ?
Inconnu
Quelquefois plus tôt.
Pierre Sabbagh
Quelquefois plus tôt !
Inconnu
Quelquefois plus tôt.
Pierre Sabbagh
Mais on m'a dit, enfin j'ai appris qu'il avait été quelque peu souffrant : ce n'est pas grave ?
Inconnu
Non, non, ce n'est pas grave.
Pierre Sabbagh
Bien.
Inconnu
Il a été souffrant, mais cela ne l'a pas empêché de travailler toute la journée et même à 17h30 de présider un conseil interministériel.
Pierre Sabbagh
Bien. Ca ce n'est pas tellement facile, il a eu une journée chargée, on peut le dire . Bien, mais dites-moi, c'est peut-être indiscret de vous demander ça.
Inconnu
Enfin ne poussez pas trop loin l'indiscrétion.
Pierre Sabbagh
Non, non, non, vous ne répondrez pas d'ailleurs. Dites-moi, le président du Conseil avec vous, enfin avec le personnel en général de l'hôtel Matignon est… est agréable à travailler ?
Inconnu
Très agréable.
Pierre Sabbagh
Malgré le travail dur qu'il a à faire ?
Inconnu
Très agréable. Il trouve toujours un instant, au moment de ses sorties, de ses rentrées, de saluer, un mot aimable, très, très, très aimable.
Pierre Sabbagh
Et vous savez ce que vous dites parce que je crois savoir qu'il y a fort longtemps que vous êtes à Matignon ?
Inconnu
Oui, depuis 1935, depuis la création de la présidence du Conseil.
Pierre Sabbagh
1935 ?
Inconnu
C'est-à-dire le 1er février 1935.
Pierre Sabbagh
Et depuis, vous avez toujours été ici ?
Inconnu
Toujours.
Pierre Sabbagh
Bien. Et au point de vue travail de l'ensemble du personnel, est-ce évidemment actuellement plus dur qu'avec d'autres présidents étant donné la conjoncture politique ?
Inconnu
Oui, oui, la conjoncture politique intérieure et surtout l'Algérie qui préoccupe beaucoup le président.
Pierre Sabbagh
Je comprends très bien. Bien, eh bien je vous remercie Monsieur, je vais attendre maintenant que le président veuille bien nous recevoir.

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