Le Marché Commun, 160 millions de clients

23 janvier 1957
02m 12s
Réf. 00061

Notice

Résumé :

Présentation du projet de Marché Commun et célébration de sa naissance prochaine.

Date de diffusion :
23 janvier 1957
Date d'événement :
27 mars 1957

Contexte historique

Après le rejet de la Communauté Européenne de Défense (CED) par l'Assemblée nationale française, en août 1954, l'idée européenne lancée à la fin des années 1940 semble au point mort. Elle ne se traduit que par l'existence active de la Communauté européenne charbon-acier (CECA) qui réunit officiellement la France, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, la RFA et l'Italie depuis avril 1951.

Toutefois, au printemps 1955, à l'initiative de Jean Monnet, un des pères de l'idée européenne, les discussions autour d'un "Marché Commun" sont relancées entre les six partenaires. Après de nombreuses concertations et négociations, elles aboutissent, le 27 mars 1957, à une étape essentielle de la construction européenne : la signature des traités de Rome. Ils instituent, d'une part la CEE (ordinairement appelé Marché Commun ou Europe des Six) et, d'autre part, l'EURATOM (Communauté européenne de l'Énergie Atomique).

Philippe Tétart

Éclairage média

Dans sa réalisation comme dans son propos, cette séquence des Actualités Françaises permet de saisir l'importance des espoirs qu'engendre la perspective européenne en France. Cet espoir renvoie d'abord à l'idée d'expansion et de libre échange européen dans le cadre d'un "marché de 160 millions de clients". Un marché dynamique, ouvert, "à l'échelle du monde". Il renforcerait l'élan économique de la France des Trente Glorieuses.

De l'évocation de la suppression des barrières douanières ("douanier soupçonneux") à la célébration de la modernité et de la vitesse conquérantes (caravelle, train, rails dans un montage rapide) en passant par la juxtaposition valorisante avec les précédents fédéraux américain et soviétique), ce sujet s'attache, avec une euphorie qui se veut communicative, à promouvoir l'idéal européen. Un idéal défendu de façon très pédagogique avec le recours à la comparaison (Europe-Etats-Unis-URSS), aux jeux d'oppositions (entre le panneau "Non-Stop" et la barrière levée) et à l'usage didactique d'une cartographie chiffrée et comparatiste (qui souligne l'équilibre entre trois superpuissances).

Philippe Tétart

Transcription

Commentateur
L'Assemblée nationale a mis à son ordre du jour l'idée d'un Marché commun européen. La question se pose ainsi : aujourd'hui, l'Europe dans son compartimentage actuel, n'est plus à l'échelle du monde. Et si les murailles de ses marchés nationaux viennent à tomber, elle devient un grand marché de 160 millions de clients. Mais aujourd'hui où les poteaux frontières font toujours souvenir du traité de Westphalie, l'Europe des longs routiers vit encore comme voici 300 ans vivait la France des mousquetaires et des provinces. A cette époque, le commerce entre Dijon et Reims était aussi coupé de barrières, de douanes, d'octrois et d'interdictions qu'il l'est aujourd'hui entre Lille et Amsterdam ou entre Lyon et Hambourg. Les diligences et les provinces nationales se sont effacées ; mais à l'époque où les avions suppriment les distances, où les trains abrègent le temps, on retrouve à chaque frontière les mêmes difficultés qui amenaient autrefois une province à connaître la disette quand la province voisine regorgeait de blé. Le douanier est là qui contrôle, fouille et soupçonne, s'oppose à la libre circulation des produits, qui, bon marché ici parce qu'ils abondent, sont chers là parce qu'ils manquent.
(Silence)
Commentateur
On a vu pourtant les Etats-Unis s'édifier au-dessus des barrières locales de leurs 48 états. Si ceux-ci gardent leurs codes locaux, le commerce est libre et la vie plus facile. Ainsi, les Etats-Unis peuvent jeter sur le marché une grande masse de produits industriels ou agricoles alors qu'en Europe, ces mêmes produits n'atteignent que le quart de la même clientèle et sont en plus frappés de droits de douane. On a vu pourtant le bloc de l'Est supprimer les barrières nationales des Ukraines et des petites Russies pour faciliter les échanges et essayer d'améliorer le sort des populations du pays.
(Silence)
Commentateur
A côté des Etats-Unis et de l'Union Soviétique, les nations qui ont dominé le monde pendant le premier tiers du siècle ne pèsent plus très lourd : leur unité permettra de créer une troisième superpuissance. Par sa construction économique, elle pourra se mesurer à l'échelle du monde et apporter aux populations plus de bien-être dans un climat de paix. C'est cela, le Marché Commun.

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