Le référendum du 28 septembre 1958

01 octobre 1958
01m 50s
Réf. 00071

Contexte historique

La campagne qui s'ouvre au lendemain de la cérémonie du 4 septembre laisse peu de doute quant à la victoire du "oui". Les sondages montrent en effet que l'antiparlementarisme - et son corollaire, le goût d'un pouvoir fort -, la confiance dans le général de Gaulle, la crainte d'une guerre civile ainsi que la peur d'une dictature de gauche pèsent en faveur du "oui". A l'exception du parti communiste, tous les grands partis préconisent le "oui". A gauche, Guy Mollet parvient à réunir une majorité favorable au "oui", malgré l'opposition de la gauche de la SFIO qui fait sécession derrière Daniel Mayer.

Face à la marée des partisans du "oui", les tenants du "non" font pâle figure. Aux côtés du Parti communiste qui se présente depuis mai 1958 comme l'adversaire principal et irréconciliable d'un régime qui "ouvre la voie au fascisme", le "non" est préconisé par un cartel créé pour la circonstance, l'Union des forces démocratiques, qui se présente comme un rassemblement d'hommes de gauche en rupture des partis traditionnels. On y trouve des radicaux qui ont suivi Mendès France, la gauche de l'UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance) derrière François Mitterrand, les catholiques de gauche de la Jeune République, l'Union de la gauche socialiste, récemment créée autour des rédacteurs de l'hebdomadaire France-Observateur.

Au final, c'est un triomphe des partisans de la Ve République. La Constitution est adoptée par près de 80% des suffrages exprimés et le général de Gaulle est plébiscité. "Le 28 septembre, la République est juridiquement fondée, et dans des conditions d'approbation populaire qui rendent désormais vaines les accusations sur le "péché originel" du 13 mai", écrit Serge Bernstein [La France de l'expansion, Vol.1, Seuil, Coll. Points, 1989].

Eve Bonnivard

Éclairage média

Une élection dont le résultat est connu d'avance : c'est ce que suggèrent les gros plans sur les affiches appelant à voter "oui", en France comme outre-mer. Marginal, le camp du "non" est tenu à l'écart ; seul son représentant le plus emblématique, Mendès France, apparaît à l'écran. Au traditionnel portrait de la France qui vote (file d'attente avec mutilés et infirmes, femmes votant dans un bureau) succède le non moins traditionnel défilé devant l'isoloir des personnalités politiques dans leur fief respectif et des vedettes (Fernandel, Montand).

A l'exception de Mendès France, les personnalités choisies appartiennent toutes à la majorité : le président René Coty, le ministre de l'Information Jacques Soustelle, le général de Gaulle. La France d'Outre-mer n'est pas oubliée, qui doit se prononcer sur le projet d'une Communauté française.

A noter : en Algérie, le référendum de septembre 1958 fut ouvert pour la première fois par de Gaulle aux hommes et aux femmes "des diverses communautés", "dans une complète égalité".

Eve Bonnivard

Transcription

Commentateur
Paris, qui s'était levé tôt pour aller voter.
(Silence)
Commentateur
L'un de ses plus importants citoyens, le président René Coty, était venu à pied faire son devoir.
(Silence)
Commentateur
Monsieur Jacques Soustelle, ministre de l'Information, votait à Lyon. A Paris, Philippe Clay faisait mine de se poser encore des questions ; Fernandel s'enfermait dans le secret à Marseille ; et Yves Montant votait par correspondance à Lyon. Tandis qu'à Louviers, Monsieur Mendès France faisait son choix. Enfin, à Colombey-les-Deux-Eglises, après son épouse, le général de Gaulle était lui aussi redevenu simple citoyen.
(Silence)
Commentateur
A 10 heures du soir, les dernières urnes s'ouvraient. Au ministère de l'Intérieur un immense tableau comptabilisait les résultats, sous les yeux de Monsieur Soustelle, de Monsieur Malraux. Ministre de la France d'Outre-Mer, Monsieur Cornut Gentille songeait à Dakar, où l'on apprenait que la consultation s'était déroulée dans le plus grand calme, avec une pointe d'élégance.
(Silence)
Commentateur
Le Sénégal, toute la France d'Outre-Mer, sauf la Guinée, avait dit «oui» à la communauté proposée par la France ;
Inconnu
mais au ministère de l'Intérieur, Monsieur Pelletier ne pouvait encore annoncer, malgré l'heure avancée, que les résultats du vote en France métropolitaine : un «oui» à 79,25% des voix.

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