La fin de la semaine des barricades

03 février 1960
04m 46s
Réf. 00075

Notice

Résumé :

L'appel du général de Gaulle le 29 janvier est suivi d'effet : le 1er février, les insurgés algérois se rendent à l'armée.

Date de diffusion :
03 février 1960
Date d'événement :
01 février 1960

Contexte historique

Privés de toute perspective de succès par l'absence de ralliement des militaires ou des musulmans, les mutins n'ont d'autre issue que de capituler. Le 1er février, ils se rendent aux officiers qui laissent les hommes de Lagaillarde sortir avec les honneurs de la guerre, leur permettant de s'engager dans les unités combattantes. Ortiz prend la fuite. La semaine des barricades a révélé l'ampleur du soutien populaire dont jouit le chef de l'Etat.

Les Français effrayés par l'insurrection algéroise lui ont été reconnaissants de sa fermeté. "Toutefois, l'événement a montré que la majorité qui soutient la politique algérienne du général de Gaulle ne recoupe guère celle sur laquelle le gouvernement s'appuie au Parlement et qui est représentée au gouvernement" [Serge Berstein, La France de l'expansion, Vol 1, Hachette, Coll Points, 1989]. Le 1er février, les syndicats ont déclenché une grève pour soutenir le pouvoir et le lendemain, les députés de gauche (sauf les communistes) s'associent à l'UNR et au MRP pour voter les pouvoirs spéciaux au gouvernement, tandis que la droite et l'extrême droite votent contre.

Eve Bonnivard

Éclairage média

Ce document insiste sur le retour à l'ordre. Le désordre est contenu, résorbé par l'ordre : "l'étreinte de l'armée se resserre" ; le plateau des Glières, lieu où manifeste la foule algéroise en colère, devient "un no man's land ceinturé de camions et de troupes". La métaphore du flot impétueux traverse tout le document : les foules d'Alger "s'infiltrent par les toits et les balcons", "elles poussent contre les barrages et parfois les barrages cèdent", "elle pousse les barrages ; la troupe réagit, la foule recommence, parfois un trou se fait, un flot passe et puis la barrière se reconstitue, et tout reprend".

A l'opposé de cette foule tumultueuse, qualifiée de "sensible, irraisonnée, instinctive", le peuple d'Alger a su raison garder : "la foule algéroise, ce n'est tout de même pas le peuple d'Alger". Le triomphe de l'ordre et de la raison est suggéré par le champ sémantique du calme : "l'armée a retrouvé son esprit" ; "Dans le reste de l'Algérie, le calme est totalement rétabli" ; "A Oran, le discours du général de Gaulle a ramené l'apaisement". De même, l'opposition est marquée entre la foule algéroise et celle qui se masse dans une "large manifestation d'unanimité patriotique" pour apercevoir le général Gambiez et le préfet d'Oran passer les troupes en revue, ou encore celle qui entreprend sagement le pèlerinage de Santa Cruz. Le patriotisme et la religion sont ici deux puissants canalisateurs d'une foule toujours suspecte de débordement.

Le retour complet à l'ordre intervient avec le dénouement de l'insurrection, sur lequel le commentateur insiste lourdement : "Et soudain, c'est la fin", "c'est fini", "Et parce que c'en est fini de l'aventure et qu'il y a dans les aventures finies (...)". On remarque que le point de vue des insurgés, les causes et les raisons de l'insurrection ne sont pas évoqués. L'insurrection est ramenée à une "aventure" sans lendemain, elle est disqualifiée sans procès, condamnée sans appel.

Eve Bonnivard

Transcription

Commentateur
Les (?) sont éteintes, le lendemain, qu'on les écoute encore. On les écoute dans le réduit fortifié autour duquel, tout d'un coup, l'étreinte de l'armée se resserre. Plus de place sur le plateau des Glières pour les manifestations quotidiennes ; c'est maintenant un no man's land ceinturé de camions et de troupes. Les insurgés cèderont-ils ? Ils ont dit non. Ils ont dit non et ils lancent avec leur refus des appels auxquels les foules d'Alger, dans ce climat passionnel, ne sont pas insensibles. Le passage interdit, elles s'infiltrent par les toits et par les balcons vers le réduit des insurgés.
(Silence)
Commentateur
Elles poussent contre les barrages et parfois les barrages cèdent ; c'est alors une grande ruée vers la barricade derrière laquelle deux ou trois mille hommes en armes sont enfermés depuis maintenant six jours.
(Silence)
Commentateur
Dimanche arrive : même poussée, mêmes efforts ; et soudain le bruit d'une bombe. Attentat FLN : trois parachutistes tués dont on ramasse les débris sanglants. La foule algéroise, ce n'est pas tout de même le peuple d'Alger : c'est une foule, sensible, irraisonnée, instinctive qui suit des mots d'ordre sonores dont elle ne vérifie pas tout le sens ; elle trouve sur sa route des barrages : elle pousse les barrages ; la troupe réagit, la foule recommence, parfois un trou se fait, un flot passe et puis la barrière se reconstitue, et tout reprend.
(Silence)
Commentateur
Mais il y a derrière cette agitation un fait énorme : l'armée a retrouvé son esprit et Alger n'est plus tout entier avec les émeutiers.
(Silence)
Commentateur
Dans le reste de l'Algérie, le calme est totalement rétabli. A Oran, le discours du général de Gaulle a ramené l'apaisement. Samedi, autour du général Gambiez, la population s'est rassemblée dans une large manifestation d'unanimité patriotique.
(Silence)
Commentateur
Et dimanche, des foules ont fait le pittoresque pèlerinage de Santa Cruz qui, du haut de son rocher, semble protéger Oran.
(Silence)
Commentateur
Lundi, la France entière manifeste par un temps d'arrêt de travail le soutien qu'elle apporte à la ligne de conduite du président de la République : arrêt partout, pour dix minutes ou pour une heure. Les centrales syndicales et les organisations ouvrières sont d'accord sur la politique algérienne du gouvernement.
(Silence)
Commentateur
Dans Alger, la vie a repris : sur l'ordre du général Crépin, les boutiques ont rouvert, la grève a cessé ; on attend.
(Silence)
Commentateur
De nouvelles unités ceinturent le réduit : arrive-t-on à la minute de vérité ?
(Silence)
Commentateur
Et soudain, c'est la fin : des insurgés s'attaquent à la barricade, l'ouvrent.
(Silence)
Commentateur
Dans le silence, drapeau en tête, les insurgés en armes sortent de leur bastion ; ils seront dirigés vers les unités combattantes.
(Silence)
Commentateur
Avec eux, sort Lagaillarde : c'est fini.
Inconnu
Et parce que c'en est fini de l'aventure et qu'il y a dans les aventures finies un espoir et un commencement, peut-être faut-il chercher derrière ce tragique épisode, et dans les paroles du général de Gaulle, le vrai sens que donne la France à ses desseins et à ses actes.

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