L'attentat du Petit-Clamart

29 août 1962
01m 50s
Réf. 00085

Contexte historique

À partir du putsch avorté des généraux en Algérie (avril 1961) et de l'ouverture des négociations d'Evian avec le GPRA (mai 1961) visant à mettre fin à la guerre d'Algérie, le général de Gaulle devient une cible pour l'OAS, une OAS qui refuse radicalement l'idée de l'indépendance algérienne. "Tuer de Gaulle? (…) c'était l'idée fixe de la plupart des chefs de l'OAS". L'organisation prépare en effet de nombreux attentats, notamment celui de Pont-sur-Seine, le 8 septembre 1961. Après le 19 mars 1962 (accords d'Evian), l'idée d'un attentat - qui a pris le nom d'"Opération Z" - est plus que jamais à l'ordre du jour.

Les mesures de sécurité prises depuis septembre 1961 pour protéger le chef de l'État ont beau être impressionnantes, elles n'intimident pas ses ennemis farouches. Bastien-Thiry en particulier. Il a mené l'opération de Pont-sur-Seine. Il met en place l'embuscade du Petit-Clamart, le 22 août 1962. C'est sa septième tentative en un mois. Un commando de douze hommes fortement armés se poste en deux groupes à Clamart, sur la nationale 306 au carrefour dit du Petit-Clamart ; route que s'apprête à emprunter le convoi menant le président de la République de Paris à l'aérodrome de Villacoublay. À 20h09, le convoi passe et il est assailli par un feu nourri, tiré en deux salves. Par miracle, les balles n'atteignent pas leurs cibles. On retrouvera pourtant 14 impacts sur la DS présidentielle et 187 douilles.

C'est le plus sérieux attentat auquel échappe de Gaulle. Quant à l'ex lieutenant-colonel d'aviation Jean-Marie Bastien-Thiry, arrêté le 17 septembre, il sera condamné à la peine capitale et exécuté en mars 1963.[Jean Lacouture, De Gaulle. Tome 3. Le Souverain, 1959-1970, Le Seuil (Points), 1986, p. 270]

Philippe Tétart

Éclairage média

S'ouvrant sur la Une des journaux du 23 août (de toutes tendances), ce sujet entend relater avec gravité et précision l'événement. Il recourt à une séquence d'animation qui souligne la rigueur de l'information. Par images interposées, il montre aux spectateurs la promptitude avec laquelle ont été filmés, à Paris et Clamart, les lieux clefs de l'événement : plan sur les douilles, au soir même de l'attentat, images du couple Fillon, arrivée de la DS présidentielle au Quai des Orfèvres, multiples vues sur la rue de la Libération le lendemain de l'attentat.

L'objectif de cette séquence très rythmée (31 plans différents en 1 minute 51) réside dans sa conclusion : dénoncer formellement les actions de l'OAS, commanditaire d'un "odieux d'un terrorisme(...) qui ne peut se réclamer que du crime". Les Actualités Françaises participent ainsi au vaste mouvement de dénonciation qui, toutes familles politiques confondues, condamne alors l'organisation criminelle et sa croisade d'arrière-garde.

Philippe Tétart

Transcription

Commentateur
Presqu'un an après l'attentat OAS qui l'avait visé sur la route de Chaumont, le général de Gaulle a une nouvelle fois servi de cible à ses adversaires déterminés. Dans la nuit, aussitôt après l'attentat du Petit Clamart, nos reporters ont suivi les premiers pas de l'enquête. Près des buissons qui avaient abrité les tueurs, des douilles en grand nombre ; plus loin, le poste des tireurs de la seconde salve, face à un magasin de postes radio maintenant criblé de coups ; dans la rue, une Panhard arrêtée et une femme, Madame Fillon dont le mari vient d'être emmené à l'hôpital pour être pansé, découvrant sous le pare-brise l'impact de la balle qui a blessé le conducteur, une parmi la centaine qui furent tirées. Les faits : parties de l'Elysée, deux voitures foncent vers Villacoublay ; soudain d'un coin de rue, une rafale ; mais les voitures ne ralentissent pas ; à cinquante mètres, nouvelle rafale ; les voitures ont passé, c'est fini ; les conjurés ont disparu. On retrouvera abandonnée une estafette derrière laquelle le premier groupe s'est abrité pour tirer. On interrogera Monsieur Fillon, le conducteur de la Panhard, blessé à son volant, peu gravement, bien heureusement. Et, au quai des Orfèvres, on examinera minutieusement la voiture du président de la République dont les impacts portent un témoignage éloquent du danger qu'il courut : c'est miracle, peut-on dire, que ni le président, ni Madame de Gaulle n'aient été atteints par les balles. Au jour, l'enquête s'est poursuivie : rien de nouveau ne semble avoir été apporté par ce second examen des lieux, ni à l'emplacement d'où partit la première salve qui creva deux pneus de la DS 19, ni au poste du second commando qui cribla de balles le magasin situé juste dans l'axe du tir ; l'enquête continue. Mais l'attentat, si inutile qu'il ait été, aura plus hautement que jamais montré l'odieux d'un terrorisme (?) qui ne peut se réclamer que du crime.

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