Le référendum du 28 octobre 1962

31 octobre 1962
01m 22s
Réf. 00094

Notice

Résumé :

Le dimanche 28 octobre 1962, les Français se prononcent par référendum sur l'élection du président de la République au suffrage universel direct ; le oui l'emporte avec 62,10% des suffrages.

Date de diffusion :
31 octobre 1962
Date d'événement :
28 octobre 1962

Contexte historique

Le 12 septembre 1962, le général de Gaulle, profitant de l'émotion suscitée par l'attentat du Petit-Clamart, annonce en Conseil des Ministres une réforme de la Constitution sur un point capital : l'élection du président de la République au suffrage universel direct. Il serait ainsi, comme les députés, élu directement par le peuple, ce qui renforcerait sa légitimité et mettrait fin à une élection par des grands électeurs comme le prévoit la Constitution de 1958.

Cette proposition est vécue comme un affront par les partis politiques qui y voient une tentative de renforcement du pouvoir présidentiel par rapport au pouvoir parlementaire et qui n'acceptent pas la procédure choisie : ce n'est pas le Parlement réuni en congrès qui doit modifier la Constitution, mais les citoyens français, par la consultation référendaire. Le président du Sénat, Gaston Monnerville mène campagne contre le projet du général et, fait rarissime, le discours hostile au chef de l'Etat est affiché dans toutes les mairies de France pour contre-carrer la campagne pour le "oui".

La victoire massive du "oui" est connue lorsque ces images sont montées, et ce référendum assure au Président une nouvelle légitimité qui se renforce en novembre avec une assemblée où les gaullistes et leurs alliés, les républicains indépendants, sont majoritaires.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

La France entière vote : les bureaux de vote dans les communes rurales comme dans les villes ne désemplissent pas. Cette présentation de l'information est fréquente lors de la tenue d'élections, mais elle prend une tonalité particulière pour ce référendum : c'est une réplique au discours hostile du président du Sénat Gaston Monnerville affichée dans toutes les mairies où les citoyens viennent accomplir leur devoir électoral. Toute la France s'est mobilisée, et aucune mention d'une abstention pourtant en progrès par rapport à 1958 n'est faite. La tension se lit sur le visage de chacun des électeurs, l'enjeu est important, l'acte civique est sérieux. Les images montrent un échantillon qui se veut représentatif des électeurs français, négligeant les plus jeunes et les femmes. L'heure n'est pas encore au rajeunissement ou à la féminisation de la vie politique.

L'information valorise l'image du président de la République, le seul personnage public montré dans sa commune sortant de l'isoloir puis votant rapidement. Le commentaire souligne la tension qui règne lors du scrutin et insiste sur la gravité du moment. Aucun nom d'opposant n'est mentionné, aucun argument contre l'élection au suffrage universel direct du président de la République n'est présenté. L'enjeu historique de la consultation est souligné, mais il n'est pas explicité.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Commentateur
Dans les 38 000 communes de France, 27 millions d'électeurs ont choisi entre le "oui" que demandait le général de Gaulle, et le "non" que soutenaient ces opposants. Que ce soit dans les villages de province ou les quartiers de la capitale, Françaises et Français ont eu à trancher au fond de leur conscience le débat ouvert entre les partis et le chef de l'Etat sur l'élection au suffrage universel du président de la République. Ce débat s'assortissait à la vérité du souvenir des erreurs passées, de la crainte de lendemains difficiles. Il s'assortissait également d'une passion que jusqu'ici aucun autre référendum n'avait suscité. C'est dans cette ambiance un peu lourde que les Français ont voté. A la mairie de Colombey-les-deux-églises, redevenu pour un moment simple citoyen, le général de Gaulle a, comme tout le monde, déposé son bulletin. Dès le soir aux Champs-Elysées, les Parisiens suivaient l'apparition successive des résultats. En fin de soirée, au Ministère de l'Intérieur, monsieur Roger Frey faisait devant les journalistes l'analyse du scrutin : 62,10 % des suffrages pour le "oui" ; 37,90 % pour le "non". Voici donc le général de Gaulle confirmé au pouvoir, à une heure où une crise ne pouvait avoir que de fatales conséquences.

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