Conférence de presse de Jean Lecanuet en 1965

12 novembre 1965
03m 31s
Réf. 00102

Notice

Résumé :

Dans le cadre de la campagne présidentielle de 1965, lors d'un déjeuner-conférence de presse, Jean Lecanuet prononce un discours devant les journalistes parlementaires.

Date de diffusion :
12 novembre 1965

Contexte historique

Au terme du premier septennat du général de Gaulle, dans la perspective des élections présidentielles, le centre droit (en particulier le MRP, désolidarisé du Général sur la question européenne en particulier) veut promouvoir une candidature d'opposition au gaullisme. Son mot d'ordre est simple et déterminé : écarter De Gaulle du pouvoir. Ayant d'abord pressenti Antoine Pinay, qui refuse parce qu'il juge notamment être trop marqué par sa carrière sous la IVe République, la famille centriste se tourne vers Jean Lecanuet.

Ce jeune homme politique, élu pour la première fois député en 1951, a quarante-cinq ans. Il préside le MRP depuis mai 1963. Il se déclare candidat à l'élection le 19 octobre 1965, au nom "du centre, démocrate, social et européen". Sa candidature est soutenue par les centristes, le MRP, les Indépendants, l'aile droite du parti radical. A l'issue du premier tour, il obtient 15,85% des suffrages. Même s'il arrive en troisième position, derrière Charles de Gaulle et François Mitterrand, qui vont s'affronter au second tour, ce score constitue une réussite électorale.

Porteur de l'espoir d'une "percée" du centre, Jean Lecanuet donne ainsi une impulsion décisive au centrisme, qui va jouer un rôle déterminant sur la scène politique des années 1970.

Philippe Tétart

Éclairage média

Entre le 19 octobre où il annonce sa candidature et son interview, le 12 novembre, par les journalistes parlementaires, Jean Lecanuet mène une campagne active. Elle est ponctuée par plusieurs meetings en province et des conférences de presse, dont celle qui fait l'objet de cette séquence. Jean Lecanuet prête une grande attention au rôle de la télévision dans la campagne électorale. Désormais présente dans 6,3 millions de foyers (20 millions de téléspectateurs), elle représente un enjeu de taille. En vertu des dispositions prises en mars 1964 dans la perspective de la campagne présidentielle, chaque candidat dispose d'un temps de parole de deux heures à la télévision.

Jean Lecanuet en mesure mieux que les autres candidats l'importance. Il est ainsi un des premiers hommes politiques français à s'entourer de conseillers en "marketing politique", afin de rentabiliser au mieux ses prestations télévisuelles. Il fait appel à l'agence Services et Méthode, dirigée par Michel Bongrand, pour concevoir ses interventions et pour endosser une image de "Kennedy à la française" (la victoire de Kennedy contre Nixon, en 1960, singularisée par le rôle d'une communication politique modernisée, a marqué les esprits). Il choisit donc des formes d'intervention nouvelles, à l'image de cette conférence donnée devant les journalistes parlementaires, lors d'un repas et non dans le cadre strict et formel d'une salle de conférence de presse de type gaullien.

Doué d'une grande aisance devant les caméras, il s'emploie à convaincre les électeurs par le truchement d'un petit écran qui leur est de moins en moins étranger. "Sa campagne fort remarquée, dite à l'américaine, utilise les recettes de la nouvelle communication politique : le choix de la couleur verte, son affiche où il apparaît avec un large sourire (...) ainsi que ses prestations télévisées sont autant d'éléments qui le démarquent de la stratégie adoptée par les autres candidats." A cet égard, Jean Lecanuet fut un précurseur.

Bibliographie :

Isabelle Veyrat-Masson, "Les campagnes électorales", in Jeanneney Jean-Noël, L'Écho du siècle. Dictionnaire historique de la radio et de la télévision française, Paris: Pluriel, 2002 (2e édition), pp.434-438.

Agnès Chauveau, "L'Homme politique et la télévision: l'influence des conseillers en communication", Vingtième siècle, oct-déc 2003, n°80.

Philippe Tétart

Transcription

Danièle Breem
Monsieur Jean Lecanuet, sénateur de la Seine-Maritime, candidat à l'élection présidentielle était aujourd'hui l'invité des journalistes parlementaires. Pendant près d'une heure il a répondu à une série de questions relatives à la défense nationale, à l'Europe, à sa conception d'une force politique nouvelle, aux institutions et à l'avenir de sa candidature. Il avait tout d'abord résumé son programme. Voici quelques passages de ses déclarations.
Jean Lecanuet
Ma candidature a la volonté d'ouvrir aux Françaises et aux Français les voies de l'avenir. Elle veut les préserver du risque d'un retour au passé ou de la continuation d'un présent qui les déçoit parce que l'expansion économique est compromise, parce que le progrès social est retardé, parce que l'Europe est menacée de crise, nos alliances compromises et que la République manifeste sa fragilité en tant qu'elle repose sur une seule personne. Nous entendons faire passer un souffle sur le pays, faire craquer toutes sortes de choses qui doivent disparaître et faire naître un élan nouveau. Je veux enfin que ma candidature soit la percée qui permettra à un courant nouveau de se manifester pour donner à la France, au-delà des partis politiques selon moi dépassés, une formation originale et neuve. La seule solution c'est de partir, c'est de quitter les partis, de sortir des classifications, de poser des objectifs : modernisation, Europe, formation politique nouvelle, et de laisser venir dans cette direction tous les Français, d'où qu'ils viennent, qui se sentent appelés par cette possibilité. J'ai bon espoir, si l'accélération que je viens de constater en quinze jours se développe, d'être en seconde position, je crois l'avoir dit dans mon exposé, et si par malchance j'étais en troisième position, eh bien je crois que celui qui me précéderait et qui serait en seconde condition aurait trop le sens de la démocratie, aurait trop le désir de faire échec au général de Gaulle pour ne pas se retirer en ma faveur, car M. Mitterrand sait que les Français ne feront pas entrer à l'Élysée un candidat soutenu par le Parti communiste, et M. Tixier-Vignancour ne peut nourrir non plus, pour des raisons strictement inverses, d'illusion à cet égard. La bataille serait alors : ou de Gaulle et le pouvoir personnel, ou la démocratie et je serais incontestablement, quel que soit mon rang, le candidat le mieux placé pour assurer le succès et le triomphe ; je rappelle, non pas pour vous, Messieurs, mais pour l'opinion, que la Constitution permet au second de s'effacer en faveur du troisième, le retrait est possible. Si je reçois un concours important de Français sur cette idée de la simplification, de la disparition des anciens partis, de l'ouverture pour une force nouvelle, alors, dès les lendemains de l'élection, avec une équipe de départ, je fonderai le Parti démocrate social européen.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque