La révolte étudiante au quartier latin en mai 1968

15 mai 1968
09m 56s
Réf. 00106

Notice

Résumé :

Depuis la fermeture de l'université de Nanterre, l'activité revendicative des étudiants s'est déplacée à Paris qui connaît du 6 au 13 mai 1968 des manifestations et des opérations de police maladroites et brutales.

Date de diffusion :
15 mai 1968
Date d'événement :
06 mai 1968

Contexte historique

Depuis la création du mouvement du 22 mars 1968 à l'université de Nanterre, la mobilisation étudiante n'a pas cessé : le 2 mai, alors que les cours ne sont plus assurés, le Doyen de la Faculté des lettres décide de fermer les locaux. La situation n'inquiète pas le pouvoir politique et le Premier ministre, Georges Pompidou, décide de maintenir son voyage en Afghanistan : il s'envole le même jour.

Mais le mouvement, bloqué à Nanterre, quitte la banlieue et se transporte au cœur de la capitale, à la Sorbonne. Le 3 mai, la cour de l'université parisienne est occupée par les Nanterrois, qui sont évacués par la police à la demande du recteur d'Académie : 500 étudiants sont interpellés et quelques-uns incarcérés. Cette répression virulente déchaîne la colère des étudiants qui réclament la libération de leurs camarades, et une première nuit de violences secoue la capitale.

La situation continue de dégénérer pendant la semaine, opposant de plus en plus violemment forces de l'ordre et étudiants. Après une nuit des barricades particulièrement violente dans la nuit du 10 au 11 mai, les syndicats appellent à la grève générale le 13 mai : le mai des étudiants devient alors un mouvement social marqué par des grèves dans les entreprises. La situation échappe de plus en plus au pouvoir politique.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Après une semaine de violences, du 6 au 13 mai, ce reportage des Actualités Françaises revient sur les événements qu'il suit chronologiquement pour tenter de donner du sens à une actualité qui s'accélère jour après jour. Ces 9 mn constituent une rétrospective de la semaine, chaque jour est identifié par un carton qui l'isole de la séquence suivante.

Les images utilisées n'ont pas été tournées par les mêmes équipes techniques, elles ne présentent pas d'unité visuelle, si bien que le document semble très hétérogène en raison de la provenance variée des sujets repris pour rendre compte du panorama de l'actualité de la semaine. Des images montrent des deux côtés des barricades, l'activité des forces de l'ordre et des étudiants : les séquences insistent sur les destructions des voitures, la construction des barricades et les manifestations, les violences policières ne sont pas évoquées.

Le déséquilibre est également perceptible dans le traitement des interventions des acteurs des événements : la conférence de presse de Jacques Sauvageot, vice-président de l'UNEF, est en partie retransmise pour exposer rapidement les revendications étudiantes. Le point de vue du gouvernement est cité plus longuement par la diffusion du discours d'Alain Peyrefitte à l'Assemblée nationale, sans avoir d'image autre que la photo du ministre. L'allocution de Georges Pompidou lors de son retour d'Afghanistan figure en bonne place dans ce montage.

Cette distorsion de traitement de l'information veut montrer que les pouvoirs publics tiennent bon face à la crise. Le commentaire contribue à minorer l'importance de la crise, il reconnaît le calme des étudiants à Nanterre lors de la réouverture la faculté, et analyse le comportement des étudiants présents sur les barricades où dans les heurts avec les forces de l'ordre comme une simple illustration de l'ardeur de la jeunesse qui manifeste presque son romantisme dans les heurts avec les forces de l'ordre. La dimension des revendications politiques est pour une large part évacuée, mais le document évite un autre écueil : il ne tombe pas dans le travers d'évoquer l'existence d'un complot de l'extrême gauche.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Commentateur
Au Quartier Latin, ce fut la journée la plus longue.
Manifestants
CRS SS ! CRS SS !
Commentateur
Après plusieurs autres villes aussi différentes que Rome, Berlin-Ouest ou Varsovie, l'agitation étudiante s'est manifestée à Paris.
(Silence)
Manifestants
Libérez nos camarades ! Libérez nos camarades !
Commentateur
La poussée de fièvre a surpris par son ampleur et le degré de sa violence ; une violence qu'on n'avait pas connu ici depuis longtemps.
(Silence)
Commentateur
180 voitures gisant sur la chaussée. Paris, par le plus navrant des petits matins, faisait le bilan de la nuit dramatique du Quartier Latin : 367 blessés dont une vingtaine dans un état grave.
(Silence)
Commentateur
Neuf jours plus tôt, à la faculté de Nanterre, à la suite de l'agitation de groupes d'étudiants, les cours avaient été suspendus, ce qui équivalait à une fermeture.
(Silence)
Commentateur
Le lendemain à 17 heures, la police était appelée à la Sorbonne. La décision déclenchait la colère des étudiants.
(Silence)
Commentateur
Trois mille CRS et gardes mobiles avaient pris place au Quartier Latin. L'escalade était engagée. Une semaine impitoyable commençait.
(Silence)
Commentateur
Daniel Cohn-Bendit et sept autres étudiants de Nanterre comparaissent devant le conseil de discipline à la Sorbonne. La manifestation organisée par l'UNEF s'amplifie.
(Silence)
Commentateur
C'est l'affrontement.
(Silence)
Commentateur
Boulevard Saint Germain, les pavés de l'émeute volent. 10.000 étudiants sont dans les rues engagés dans une lutte acharnée avec les policiers.
(Silence)
Commentateur
Quand la nuit vient, la violence atteint son paroxysme. La manifestation fera 600 blessés ; il y aura 422 arrestations dans 31 (?).
(Silence)
Commentateur
Une nouvelle manifestation, organisée pour protester contre la fermeture de la Sorbonne, et des arrestations, groupe 20.000 étudiants. Les défilés dans Paris durent 5 heures, sans incident.
(Silence)
Commentateur
L'UNEF et le SNESUP ont donné rendez-vous aux étudiants à 18h30 à la Halle aux vins. Au milieu des étudiants, un Prix Nobel : Alfred Kastler.
(Silence)
Commentateur
A l'Assemblée nationale, le ministre, M. Peyrefitte a envisagé la réouverture des facultés.
Alain Peyrefitte
Il est clair que ce qu'il s'agit de reprendre, ce sont des cours, ce ne sont pas des manifestations de violence dans les amphithéâtres. Une telle mesure ne peut pas être prise dans un climat de désordre et de violence.
Commentateur
Au Quartier Latin, le préfet de police est venu vérifier le dispositif : on craint un assaut de la Sorbonne, mais la manifestation s'achève sans incident ; on espère.
(Silence)
Commentateur
A la Sorbonne, le recteur, Jean Roche annonce que la reprise des cours ne pourra se faire que progressivement.
Manifestants
La Sorbonne aux étudiants ! La Sorbonne aux étudiants !
Commentateur
La Sorbonne reste fermée et gardée. Assis sur la chaussée, 3.000 étudiants déçus écoutent les commentaires de Daniel Cohn-Bendit. C'est la journée de la déception.
(Silence)
Commentateur
La faculté de Nanterre est ouverte : peu de cours, peu d'élèves. Les étudiants n'ont pas cherché à occuper la fac, le calme règne.
(Silence)
Commentateur
La Sorbonne, quant à elle, est toujours bien gardée.
Manifestants
Libérez nos camarades ! Libérez nos camarades !
Commentateur
A 18h30, il y a 30.000 manifestants place Denfert-Rochereau. Aux étudiants se sont joints des lycéens. Le dispositif, cependant, est renforcé à la Sorbonne ; des milliers de policiers quadrillent systématiquement les alentours. A Denfert, un mot d'ordre a été lancé : occuper le Quartier Latin. Les manifestants sont décidés à ne pas céder le terrain avant d'avoir obtenu satisfaction.
(Silence)
Commentateur
Des négociations commencent et dans la nuit, la tension atteint son point culminant.
(Silence)
Commentateur
Prises d'assaut par les CRS, les barricades brûlent. Derrière chacune d'elles, les étudiants résistent avec tout l'acharnement de leur jeunesse et de leur conviction : c'est une véritable bataille qui va durer 4 heures. Les grenades lacrymogènes, dont on parlera longtemps, explosent ; et tout au long de la nuit, les secours aux blessés causeront un grave problème.
(Silence)
Commentateur
L'aube s'est levée sur un spectacle désolant. On évacue encore des étudiants blessés ; un Prix Nobel n'a cessé de s'occuper d'eux : le professeur Monod. Et tandis qu'on fait le bilan de la nuit, on se demande ce que réserve la nouvelle journée qui commence.
(Silence)
Commentateur
Entouré du secrétaire général du SNESUP et de Cohn-Bendit, le vice-président de l'UNEF réaffirme trois objectifs.
Jacques Sauvageot
Nous disons de façon extrêmement claire que nous avons nettement défini quels étaient les trois points à partir desquels, une fois ces points admis, pourrait s'engager une négociation. C'est-à-dire : amnistie de tous les manifestants condamnés, arrêt des poursuites judiciaires, administratives et universitaires. Deuxièmement : réouverture des facultés. Troisièmement : disparition des forces de police des universités et des quartiers universitaires.
(Silence)
Commentateur
Un problème qui se pose avec d'autant plus d'ampleur que 460 arrestations ont été opérées à la suite de la nuit des barricades.
(Silence)
Commentateur
Les syndicats ont décidé une grève générale pour le lundi suivant. L'apaisement, cependant, viendra le soir avec l'initiative que prendra le premier ministre à son retour d'Iran et d'Afghanistan.
Georges Pompidou
J'ai décidé que le Sorbonne serait librement rouverte à partir de lundi ; les cours reprenant à la diligence du recteur et des doyens. A partir de lundi, également, la Cour d'appel pourra, conformément à la loi, statuer sur les demandes de libération des étudiants condamnés.
(Silence)
Commentateur
Journée de répit, journée de la méditation. Les Parisiens, que l'événement a bouleversé, sont venus visiter le Quartier Latin, meurtri.
(Silence)
Commentateur
Les forces de police quittent le périmètre de la Sorbonne ; la vieille faculté rouvre ses portes.
(Silence)
Commentateur
Les ponts, cependant, seront encore gardés. L'ordre de grève a été maintenu par les quatre grandes centrales syndicales. Plusieurs centaines de milliers de personnes défileront de la place de la République à Denfert-Rochereau.
Inconnu
En passant à l'Hôtel de Ville, elles apprendront la libération des quatre étudiants emprisonnés.

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