L'occupation de l'Odéon en mai 1968

16 mai 1968
02m 24s
Réf. 00109

Notice

Résumé :

Le théâtre de l'Odéon est occupé par le Comité d'Action révolutionnaire pour devenir un lieu de rencontre entre étudiants, artistes et ouvriers.

Date de diffusion :
16 mai 1968
Date d'événement :
15 mai 1968

Contexte historique

Le 15 mai 1968 ouvre la phase sociale de mai 68 : le mouvement étudiant est rejoint par une mobilisation sociale plus large qui prend la forme de grèves et surtout d'occupations des lieux de travail. La première grève débute à Nantes à l'usine Sud Aviation le 14 mai. Le lendemain, le théâtre de l'Odéon, dirigé par Jean-Louis Barrault, est occupé. Pendant un mois, comme à la Sorbonne et à Censier, l'Odéon devient une des citadelles du mouvement, où se réunissent en permanence des militants révolutionnaires, dormant et vivant sur place.

L'effervescence intellectuelle est vive, portée par une recherche pour trouver un langage commun, inventer des structures et imaginer des bouleversements sociaux. Etudiants et artistes souhaitent rencontrer les ouvriers pour établir un véritable dialogue avec eux. L'occupation agitée coûte sa place à Jean-Louis Barrault abandonné par Malraux. Le théâtre ferme plusieurs mois.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Les événements de mai ont un effet sur la conception de l'information et sur ce sujet diffusé à la télévision : la caméra capte les images des banderoles et des tracts, elle revient sur l'un d'entre eux qui devient un des slogans phares : "l'imagination prend le pouvoir". Le théâtre est ouvert et la caméra entre pour capter l'ambiance de l'occupation. Surtout, après 47 secondes, le journaliste se tait et cède la parole pendant près d'1 mn 40 aux membres du comité d'action qui occupent le théâtre. Ils peuvent lire leur communiqué : la télévision se fait alors le relais du mouvement social, elle n'est plus la simple voix du pouvoir.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Jean-Pierre Lannes
Ce matin, le drapeau noir et le drapeau rouge flottaient au fronton de l'Odéon Théâtre de France. Hier soir à 23h45, les spectateurs croisaient les manifestants sur les marches du théâtre ; la police n'intervenait pas ; cet après-midi encore, les alentours du théâtre étaient libres d'accès. A l'intérieur, plus de 3.000 manifestants prenaient aussitôt place pour un meeting permanent ; et tandis qu'un membre du mouvement du 22 mars déclarait : «La prise de l'Odéon est une mesure d'agitation révolutionnaire», Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault tentaient de calmer les esprits : «Notre théâtre n'est pas un théâtre bourgeois». Raymond Rouleau, rallié à la cause des manifestants, déclarait : «Je pense que d'autres théâtres deviendront des lieux de réunion». Vers 11h, nous pouvions joindre le comité d'action créé à 6h du matin.
Journaliste
Nous sommes dans le bureau de la commission d'information de l'Odéon, donc, qui s'est installée ici, dans les locaux. Je pense qu'il est bon de faire une mise au point. Pourquoi a-t-on pris l'Odéon ? Qui a pris l'Odéon ? Et que faire, maintenant, à l'Odéon ?
Inconnu
Bon, le comité d'action révolutionnaire qui a pris l'Odéon vient de publier un communiqué qui vaut pour toute la presse. Je vous le lis : «A la suite de l'appel du mouvement du 22 mars, au cours de son assemblée générale du 14 mai, il a été décidé de la création de comités d'action révolutionnaire sur tous les lieux de travail. Un certain nombre d'artistes, de comédiens, d'étudiants et d'ouvriers ont décidé de fonder un comité d'action révolutionnaire sur les lieux de la culture bourgeoise. L'Odéon fut choisi non pas pour attaquer personnellement une compagnie, mais pour que le Théâtre de France cesse pour une durée illimitée d'être un théâtre. Il devient à partir du 16 mai, premièrement : un lieu de rencontre entre ouvriers, étudiants, artistes et comédiens ; deuxièmement : une permanence révolutionnaire créatrice qui entreprend un travail de réflexion sur notre refus de la diffusion du spectacle marchandise ; troisièmement : un lieu de meeting politique ininterrompu, comme cela commence dès ce soir, à 24 h».

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