Conseil interministériel à l'Elysée en mai 1968

19 mai 1968
54s
Réf. 00111

Contexte historique

Le général de Gaulle rentre de Roumaine le 18 mai, après 4 jours d'absence : par ce voyage, effectué alors que la situation intérieure française se détériore, le chef de l'Etat entend signifier qu'il contrôle la situation et qu'elle ne présente aucun risque. Mais l'opinion publique interprète cette absence différemment : le pouvoir semble loin de la population, il ne comprend pas ce qui se passe, voire n'a pas les moyens d'influencer le cours des événements.

La réunion entre le président de la République et les ministres directement concernés par la crise (Pierre Messmer, ministre des Armées, Christian Fouchet, ministre de l'Intérieur, et Georges Gorse, ministre de l'Information) vise à rassurer les Français : le pouvoir est toujours tenu en mains, les autorités légales agissent pour maintenir l'ordre. "La réforme oui, la chienlit non", la petite phrase est lâchée sur le perron du Palais de l'Elysée pour banaliser la décision politique qui annonce une reprise en mains.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

De facture très traditionnelle, le reportage consacré à la sortie de l'Elysée, est un moment ordinaire de la vie politique, répété chaque mercredi lors du Conseil des ministres. Quelques différences néanmoins se font jour, mais elles tiennent moins au reportage lui-même qu'à la communication politique des ministres. Normalement, à la fin d'un Conseil des ministres ordinaire, tous les ministres sortent ensemble sur le perron de l'Elysée. Ce n'est pas le cas ici : les deux ministres chargés du maintien de l'ordre, le ministre des Armées et le ministre de l'Intérieur précèdent les autres et restent silencieux, tout comme le ministre de l'Information, dont le nom n'est même pas prononcé par le journaliste qui commente, signe d'une moindre déférence à l'endroit d'un ministère qui contrôle normalement l'information télévisée.

Seul le Premier ministre prend la parole, rapidement, presque de façon anodine, pour citer une seule phrase du président de la République. Cette mise en scène vise à montrer que le pouvoir institutionnel légitime continue de fonctionner dans des conditions normales, et qu'il n'est pas troublé par les manifestations quotidiennes.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Marie-Thérèse Guichard
Le général de Gaulle conférait pendant une heure avec Monsieur Georges Pompidou, alors que dès 12h45, Messieurs Fouchet et Mesmer quittaient l'Élysée sans faire de déclaration. Ils étaient suivis peu après par le ministre de l'Information. A sa sortie, 20 minutes plus tard, le premier ministre voulait bien répondre à une question et résumer la position du général de Gaulle vis-à-vis du problème des étudiants. Monsieur le premier ministre, le président de la République s'adressera-t-il aujourd'hui à la nation ?
Georges Pompidou
Je ne pense pas, n'est-ce pas, mais si je puis vous résumer l'opinion du président de la République, c'est : «la réforme : oui, la chienlit : non».

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