Les accords de Grenelle

26 mai 1968
03m 20s
Réf. 00112

Notice

Résumé :

Les négociateurs sortent de réunion et donnent leurs sentiments sur l'avancée des discussions lors de la conférence sociale en mai 1968.

Date de diffusion :
26 mai 1968

Contexte historique

La seconde phase des événements de mai 68 commence le 13 mai : la grève spontanée gagne de nombreuses entreprises privées et publiques. Les syndicats ouvriers veulent s'affirmer comme des interlocuteurs valables pour le gouvernement qui encourage les partenaires sociaux à négocier pour trouver une sortie de crise acceptable par tous. Pour ce faire, sous l'arbitrage du premier Ministre Georges Pompidou, des négociations entre syndicats (CGT, CFDT, CFTC, FO, CGC, FEN et FNSEA) et patronat (CNPF) débutent, dans une ambiance extrêmement tendue, le samedi 25 mai au ministère des Affaires sociales, rue de Grenelle à Paris.

Longues et difficiles, elles montrent les divisions et les divergences d'analyse entre les partenaires sociaux : la CGT, et son secrétaire général Georges Séguy, comme le gouvernement, sont pressés de voir le calme revenir, si bien qu'ils misent sur un traitement classique du conflit en réclamant de nouveaux droits syndicaux et des augmentations de salaires. La CFDT pour sa part souhaite une transformation des structures et des conditions de travail dans les entreprises. Les négociations aboutissent le 27 mai sur le "protocole de Grenelle" qui prévoit une augmentation du SMIG de 35% et des autres salaires de 10%, une réduction des horaires de travail, et l'abaissement de l'âge de la retraite.

Le 27 mai Georges Séguy se rend à Boulogne-Billancourt, à l'usine Renault, pour présenter le résultat de la négociation, il est hué par les ouvriers qui refusent de reprendre le travail. Ils se déclarent solidaires des étudiants et enseignants et demandent "un gouvernement populaire". La grève continue et se durcit. La CFDT porte un jugement défavorable sur le résultat des négociations. Les syndicats montrent ainsi que la gestion de la crise leur échappe ; les événements prennent une tournure politique voire révolutionnaire : la crise de régime guette désormais.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

La suite d'entretiens avec le premier ministre (Georges Pompidou), des responsables des syndicats ouvriers et patronaux est réalisée au petit matin, alors que la séance de négociation est levée : aucune information sur le contenu des discussions ne filtre, seule la dimension constructive des discussions est mise en avant. Aucun des intervenants ne parle des différences qui opposent les organisations. La parole donnée à chacun, apporte peu d'informations précises, car tous restent prudents, évasifs sur les discussions. Au total, la situation sociale est à peine évoquée et la variété des intervenants ne reflète pas la multiplicité des points de vue qui s'affrontent autour de la table de négociation.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Georges Pompidou
Écoutez, je n'ai pas grand chose à dire. Je crois que nous avons parlé pendant treize heures, ce qui représente par conséquent la preuve que beaucoup de questions ont été abordées et que les discussions ont été approfondies et que… D'où vous pouvez conclure qu'elles n'ont pas reculé mais qu'elles ont - je crois pouvoir l'affirmer - progressé. Bien entendu, la séance est suspendue et nous nous retrouvons demain ou plutôt aujourd'hui après midi ici même.
Pierre Roubaud
Je vous remercie.
(Silence)
Jean Barberousse
Monsieur Séguy, il est quatre heures moins dix, la première phase des négociations est terminée, où en est-on ?
Georges Séguy
Nous avons abordé la plupart des questions qui étaient posées par les organisations syndicales, mais rien n'est conclu, beaucoup de choses restent en suspens, et nous allons réfléchir les uns et les autres de notre côté en vue de reprendre la séance cet après-midi à 17 h ici.
Pierre Roubaud
Monsieur le secrétaire général de Force ouvrière, comment s'est passé cette réunion de plus de douze heures de discussions ?
André Bergeron
Comme toutes les discussions de cette nature, c'est très long, on évoque des quantités de problèmes.
Pierre Roubaud
Quels sont les problèmes que vous avez pu aborder, alors ?
André Bergeron
Bien, vous connaissez les revendications qui ont été évoquées ces jours derniers par les organisations syndicales. Eh bien disons que les sujets de discussions se situent dans le cadre de ces revendications.
Pierre Roubaud
Est-ce qu'une décision a-t-elle été arrêtée en ce qui concerne le SMIG ?
André Bergeron
Non, rien n'est décidé, rien n'a été arrêté ; disons que les discussions vont continuer demain, elles vont reprendre demain soir...
Pierre Roubaud
Cet après-midi, vous voulez dire ?
André Bergeron
Cet après-midi, oui.
Pierre Roubaud
Parce qu'il est 4h du matin.
André Bergeron
Oui, c'est exact, cet après-midi à 17h.
Pierre Roubaud
Bon, on en saura un peu plus ce soir, alors ?
André Bergeron
J'espère que vous en saurez davantage ce soir. Pour l'instant, on ne peut pas en dire plus.
Jean Barberousse
Merci.
Journaliste
Monsieur Deleau, où en sont les PME à 4h du matin ?
Jean-Marie Deleau
Eh bien, à 4h du matin, les PME sont toujours solides, debout ; la discussion a été longue ; nous avons pris l'engagement de ne faire aucune déclaration et je pense que nous pourrons vous donner le contenu de nos réflexions dès cet après-midi.
Jean Barberousse
Monsieur Descamp, est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots ?
Eugène Descamps
Eh bien, les travaux ont duré treize heures, vous l'avez vu. Je pense que les points de vue se sont rapprochés assez sérieusement au cours de ces discussions. Je crois qu'ils se sont rapprochés parce que le gouvernement et le patronat se rendent bien compte qu'il y a actuellement 9 millions de grévistes et que ceci pose les problèmes en d'autres termes. J'ai le sentiment que les dossiers restent ouverts mais qu'il y a de sérieuses possibilités. Néanmoins, les travailleurs doivent renforcer leur lutte, maintenir leurs piquets de grève de façon à ce que si jamais il y a des difficultés, ils sont en état d'opposer leur force au patronat et au gouvernement.
Pierre Roubaud
Monsieur Huvelin, président du Conseil national du patronat français, dans quelle ambiance s'est déroulée cette réunion ?
Paul Huvelin
Dans une ambiance extrêmement sérieuse. Nous sommes tout à fait conscients de l'importance des problèmes à résoudre et nous nous sommes efforcés de les poser clairement, de ne pas perdre de temps, avec le souci que nous avons d'aboutir, dans toute la mesure du possible, à des positions constructives.
Pierre Roubaud
Je vous remercie.

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