Le référendum de 1969 : l'allocution du général de Gaulle

25 avril 1969
04m 24s
Réf. 00118

Notice

Résumé :

Deux jours avant la tenue du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, le général de Gaulle appelle solennellement les Français à approuver le projet.

Date de diffusion :
25 avril 1969

Contexte historique

En mai 1968, le régime a subi la contestation générale de la société. De Gaulle a voulu y répondre en provoquant un référendum qui lui permettrait de renouveler sa légitimité devant le suffrage universel.

L'enjeu du référendum dépasse ainsi de loin la réforme des institutions et la régionalisation, qui ne sont nullement imposées par la situation, comme l'a été la réforme universitaire. De Gaulle, n'écoutant pas les voix qui lui conseillent de renoncer au référendum ou au moins de ne pas engager sa responsabilité, veut aller jusqu'au bout de l'épreuve de vérité : "Si je suis désavoué par une majorité d'entre vous (...) ma tâche actuelle de chef de l'Etat deviendrait impossible et je cesserai aussitôt d'exercer mes fonctions".

En personnalisant la consultation, réduite à un "quitte ou double", le Général prend le risque de coaliser non seulement les forces hostiles à la réforme, mais aussi celles qui s'opposent à son pouvoir. "Un plébiscite ne se discute pas, il se combat", a d'ailleurs déclaré Pierre Mendès France. Comme prévu, la gauche se prononce pour le "non", mais le camp des adversaires du Général s'étend considérablement, des partisans de l'Algérie française aux Républicains Indépendants qui, derrière Valéry Giscard d'Estaing, multiplient les critiques voilées de la pratique du Général, en passant par une grande partie des sénateurs rassemblés derrière le président du Sénat, Alain Poher. Le 27 avril 1969, les "non" l'emportent par 52,41%. La défaite du général est nette.

Eve Bonnivard

Éclairage média

L'entrée en scène radiotélévisée du Général est précédée d'un lever de rideau solennel, panneau annonçant en grande pompe "Le général de Gaulle, président de la République, vous parle", puis vue de face de l'Elysée, sur fond de marche militaire. La familiarité qu'introduit la couleur ne fait que ressortir, par contraste, la raideur du militaire qui a choisi pourtant de paraître en costume.

D'emblée, le général a recours à la dramatisation, afin de mobiliser l'électorat tout en le mettant en garde contre un vote négatif aux conséquences graves. "Votre réponse va engager le destin de la France", une phrase typiquement gaullienne, ponctue ainsi à trois reprises son discours. En dramatisant à dessein l'enjeu du référendum, le Général place l'électeur devant un choix lourd de sens et de responsabilité : voter oui, c'est choisir la France et de Gaulle, voter non, c'est s'exposer à de "désastreuses secousses". Moi ou le chaos. Conscient de la répugnance au changement chez une partie de son électorat conservateur, il prend soin d'inscrire la réforme dans la continuité de l'histoire de France : la régionalisation n'est ainsi rien de plus que l'aménagement "à la moderne" des "anciennes provinces".

Et pour qu'aucun doute ne soit permis sur l'importance qu'il attache à cette consultation des Français, à la source de laquelle il a jusqu'à présent toujours puisé sa légitimité, de Gaulle va jusqu'à mettre son mandat en jeu. Il brandit la menace de sa démission comme un argument définitif auquel le peuple français, pense-t-il, ne saurait rester insensible.

Eve Bonnivard

Transcription

Charles (de) Gaulle
Françaises, Français, vous, à qui si souvent j'ai parlé pour la France, sachez que votre réponse dimanche va engager son destin. Parce que, d'abord, il s'agit d'apporter à la structure de notre pays un changement très considérable. C'est beaucoup, de faire renaître nos anciennes provinces, aménagées à la moderne sous la forme de régions, de leur donner les moyens nécessaires pour que chacune règle ses propres affaires, tout en jouant son rôle à elle dans notre ensemble national ; d'en faire des centres où l'initiative, l'activité, la vie s'épanouissent sur place. C'est beaucoup, de réunir le Sénat et le Conseil économique et social en une seule assemblée, délibérant par priorité et publiquement de tous les projets de loi au lieu d'être chacun de son côté, réduit à des interventions obscures et accessoires. C'est beaucoup, d'associer la représentation des activités productrices et des forces vives de notre peuple à toutes les mesures locales et législatives concernant son existence et son développement. Votre réponse va engager le destin de la France parce que la réforme fait partie intégrante de la participation qu'exige désormais l'équilibre de la société moderne. La refuser, c'est s'opposer à cette transformation sociale, morale, humaine, faute de laquelle nous irons à de désastreuses secousses. L'adopter, c'est faire un pas décisif sur le chemin qui doit nous mener au progrès dans l'ordre et dans la concorde en modifiant profondément nos rapports entre Français. Votre réponse va engager le destin de la France parce que, si je suis désavoué par une majorité d'entre vous, solennellement, sur ce sujet capital, et quelque puissent être le nombre, l'ardeur de l'armée de ceux qui me soutiennent et qui, de toute façon, détiennent l'avenir de la patrie, ma tâche actuelle de chef de l'État deviendra évidemment impossible et je cesserai aussitôt d'exercer mes fonctions.