Meeting de Gaston Defferre et Pierre Mendés France au Palais de la Mutualité en 1969

30 mai 1969
01m 30s
Réf. 00122

Notice

Résumé :

Meeting de campagne présidentielle de 1969 du candidat socialiste Gaston Defferre et de Pierre Mendès France au Palais de la Mutualité à Paris.

Date de diffusion :
30 mai 1969

Contexte historique

La gauche part dans la bataille en ordre dispersé. Depuis 1965, elle possède bien un "candidat unique" en la personne de François Mitterrand mais, depuis 1968, les chances de l'unité ont beaucoup reculé. La dissolution de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), l'isolement du Parti communiste à la suite de l'invasion de la Tchécoslovaquie, le glissement du PSU vers des positions gauchistes sont autant d'obstacles à la désignation d'un candidat commun.

La SFIO réunie en congrès à Alfortville investit Gaston Defferre comme candidat socialiste à la présidence. Mais la Convention des institutions républicaines et l'UGCS (Union des groupes et clubs socialistes, de Jean Poperen) qui tiennent de leur côté un autre congrès à Saint-Gratien, refusent d'entériner ce choix. Le Député-maire de Marseille fait savoir qu'en cas de victoire, il prendra Pierre Mendès France comme Premier ministre. Au soir du premier tour, c'est un coup de tonnerre : Gaston Defferre n'obtient que 5,1% des voix. "La politique c'est comme la mer, un jour on gagne, un jour on perd, aujourd'hui je perds. Voilà, j'en prends la responsabilité"; déclare-t-il depuis sa permanence aux journalistes. En 1971, il sera cependant réélu confortablement maire de Marseille.

Eve Bonnivard

Éclairage média

Dans ce meeting de campagne, les deux hommes se sont bien répartis les rôles. PMF se livre dans un premier temps à une attaque en règle du pouvoir en place, qu'il compare à une oligarchie ("régime de classe faisant une politique de classe au profit d'une catégorie bien claire d'individus"). Mendès France veut montrer que la gauche représente les intérêts du peuple contre les nantis : "Est-ce que le peuple veut que ça dure ?"

Puis vient le tour de Defferre, qui s'attache à pointer les différences entre la gauche et la droite : "Notre action aura un caractère différent de celle des gouvernements au pouvoir depuis une dizaine d'années". Le discours de Defferre prend des accents populistes quand il dénonce "ces messieurs", "un clan qui s'est emparé de l'Etat". La droite est décrite en des termes qui rappellent la critique de la noblesse par le Tiers Etat : elle a pour seule ambition de maintenir ses privilèges que sont "les palais, les voitures à cocarde, les motards" et "d'occuper" le pouvoir le plus longtemps possible. Face à l'égoïsme de ces "messieurs", cramponnés à leurs privilèges d'un autre temps, la gauche socialiste porte un projet politique généreux, celui de transformer la société, dit en substance Defferre.

Reste que ce discours très offensif est porté par un homme qui ne brille pas par son éloquence. Si PMF a, comme dira son biographe Jean Lacouture, "le don de la clarté et de la conviction", Gaston Defferre, parle d'une voix monocorde, "marmonnant" plutôt que déclamant. Le montage du meeting est simple, faisant alterner les plans des orateurs et les réactions de la salle.

Eve Bonnivard

Transcription

Pierre Mendès-France
Nous avons vécu depuis dix ans dans un régime de classes, faisant une politique de classes au profit d'une catégorie bien claire d'individus et il est naturel après tout que ces individus, que ces classes, privilégiés, d'année en année plus avantagés, il est naturel que ces gens-là soient [inaudible] ce qu'ils appellent la continuité. Jusqu'à maintenant ils en ont largement profité, ils souhaitent que ça dure ; est-ce que le peuple français veut que ça dure ? Voilà la question qui lui est posée pour dimanche prochain.
Gaston Deferre
Notre action à nous, et c'est là que je veux en venir, maintenant, en parlant de l'avenir, aura un caractère tout à fait différent de celle des gouvernements qui ont mené la France depuis une dizaine d'années. Nous, ce qui nous intéresse, ce n'est pas d'occuper des postes, ce n'est pas d'avoir des sièges ministériels, voire des sièges présidentiels. Ce qui nous plait, ce ne sont pas les palais, les voitures à cocarde, les motards. Nous, nous ne sommes pas comme ces messieurs un clan qui s'est emparé de l'État. Nous, ce qui nous intéresse, c'est d'agir, de progresser, c'est de transformer la société : voilà quel est notre objectif.

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