Jacques Duclos en campagne en 1969

22 mai 1969
01m 41s
Réf. 00124

Notice

Contexte historique

Le PCF propose à la SFIO une candidature unique de la gauche avec un programme commun, mais les socialistes la refusent et investissent dans la confusion Gaston Defferre. Guy Mollet a préféré à l'union une autre stratégie, celle du ralliement au centre. Le refus socialiste incite, cette fois, le PCF à présenter un candidat à l'élection présidentielle. Le comité central investit Jacques Duclos, "symbole de la continuité de l'appareil communiste stalinien et de la génération qui a construit le PCF, très lié aux Soviétiques, grand résistant et dirigeant très apprécié des militants". Avec son accent d'homme du peuple et son allure bonhomme, il réalise une excellente campagne électorale.

La télévision fait éclater son habilité, là où elle dessert Poher ou Defferre. Alors qu'il était crédité de moins de 10% des intentions de vote à l'origine, il réussit à rassembler sous son nom le 1er juin près de 4 millions 800 000 électeurs, soit 21,5% des suffrages exprimés. Il arrive en troisième position derrière Pompidou et Poher, mais il devance largement ses rivaux de gauche. Mais l'étude détaillée de ce scrutin nuance l'impression positive donnée par le volume électoral. Elle montre que Jacques Duclos a séduit un électorat de gauche non communiste, et qu'il a perdu des électeurs dans les grands bastions parisiens du PCF. "Ce phénomène de déclin dans la capitale et ses environs est nouveau, important et (...) irrémédiable". [Histoire du Parti communiste français, Stéphane Courtois et Marc Lazar, PUF, 1995]

Eve Bonnivard

Éclairage média

Boulogne Billancourt, où se trouvent les usines Renault, est le fief du syndicalisme ouvrier, fer de lance de la contestation en mai 1968. C'est dans ce décor chargé d'histoire que Duclos tient son meeting de campagne. Les ouvriers venus l'applaudir sont debout, certains ont la cigarette ou la pipe aux lèvres : rien à voir avec les meetings "bourgeois" du Palais de la Mutualité ! Pour ces ouvriers dont un groupe porte haut une pancarte : "Travailleurs de Renault avec votre candidat Jacques Duclos", Duclos est leur candidat : n'est-il pas un ancien ouvrier pâtissier, devenu un grand dirigeant communiste ? Son nom est scandé avec enthousiasme, et on rit de bon cœur à ses "bons mots". Son côté bonhomme, sa rondeur, son accent rocailleux, son langage simple et imagé en font un candidat efficace, dont l'image tranche fortement avec celle de ses adversaires.

Dans cet extrait, il joue de sa différence, se contentant, en guise de programme, de donner des consignes de vote négatives : "Vous ne voterez ni pour Pompidou, ni pour Poher, et pas davantage pour Gaston Defferre". Dans une formule qui n'est pas sans rappeler la célèbre formule "bonnet blanc et blanc bonnet" prononcée lors de la première allocution télévisée du candidat, le 17 mai 1969, il renvoie dos à dos Pompidou et Poher, étiquetés comme des candidats de la "bourgeoisie" : "la bourgeoisie présente deux candidats... qui sont des cousins germains, si ce n'est des frères siamois". Le nom du candidat socialiste Gaston Defferre est copieusement sifflé, ce qui montre bien qu'en l'absence d'une candidature d'union comme en 1965, c'est Duclos qui est devenu le candidat de la gauche.

Eve Bonnivard

Transcription

Jacques Duclos
Cela dit, chers camarades, vous êtes des citoyens et le 1er juin, vous aurez à faire un choix. La bourgeoisie de notre pays, qui ne met jamais tous ses oeufs dans le même panier, présente en somme deux candidats qui sont des cousins germains, si ce n'est des frères siamois. Il s'agit des deux P : M. Pompidou et M. Poher. D'ailleurs, ils sont si proches l'un de l'autre qu'ils se reprochent réciproquement de se voler leur programme. Mais, si vous voulez m'en croire, si vous voulez suivre mes conseils, vous ne voterez ni pour Pompidou, ni pour Poher.
(Silence)
Jacques Duclos
Et vous ne voterez pas davantage non plus pour Gaston Deferre.

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