Réaction d'Alain Poher après le 1er tour des présidentielles de 1969

03 juin 1969
03m 08s
Réf. 00125

Notice

Résumé :

Alain Poher, président du Sénat et candidat à la présidence de la République en 1969, réagit aux résultats du premier tour des élections présidentielles.

Date de diffusion :
03 juin 1969

Contexte historique

Au soir du premier tour, Alain Poher arrive très loin derrière Georges Pompidou avec 5 200 000 voix (23,4%). Le candidat centriste est talonné par le candidat communiste, Jacques Duclos, qui rassemble 21,5% des suffrages. Comment comprendre que Poher, au sommet de sa popularité dans la troisième semaine de mai, ait perdu un tiers de sa clientèle ? Il semble qu'il n'ait pas été mauvais, mais que ses adversaires aient été meilleurs que lui.

Au départ, M. Poher rassemblait le camp du "non" au référendum. Mais Jacques Duclos, qui a fait une excellente campagne, a entraîné derrière lui une partie de la gauche socialiste. Quant à Pompidou, il est parvenu à rassembler autour de lui non seulement les "barons" du gaullisme mais un certain nombre de personnages importants du centre. Au final, Poher a été victime de l'effet de bipolarisation, un trait fondamental de la vie politique française. L'échec de sa candidature prouve une nouvelle fois que le centre ne trouve pas, en France, de place dans l'éventail politique.

Eve Bonnivard

Éclairage média

Deux jours après les résultats du premier tour, Alain Poher tient une conférence de presse. Il veut répondre à ceux, journalistes ou hommes politiques, qui lui ont perfidement conseillé de se retirer. Alain Poher s'en prend personnellement à "Sirius", pseudonyme derrière lequel tout le monde peut reconnaître l'éditorialiste du Monde Pierre Viansson Ponté. Pour compenser son défaut de crédibilité - qu'il fait apparaître en rapportant les propos de ses détracteurs -, il cherche à se montrer offensif, allant jusqu'à tenir un discours d'opposition qui rappelle celui de la gauche : cette campagne sera "marquée par la contestation des méthodes et des excès du régime d'hier (…) et par la volonté d'un changement face au gaullisme".

Rassembleur au premier tour, il se veut, dans la perspective du second tour, le candidat de l'opposition, nourrissant l'ambition de rassembler sous son nom toutes les oppositions au pouvoir gaulliste. Pourtant, Alain Poher a de la peine à convaincre : coincé entre un candidat de droite (Pompidou) et un candidat de gauche (Duclos), il est de trop. Quoi qu'en dise Poher, Malraux a peut-être raison quand il affirme "qu'entre gaullistes et communistes, il ne restait plus rien". Le référendum avait pu, un temps, rebattre les cartes et Poher avait cru voir s'ouvrir un nouvel espace politique, au centre. Mais la vie politique a repris son cours, et Poher semble un candidat d'un autre âge.

Eve Bonnivard

Transcription

Alain Poher
Hier, de bons esprits sont venus me dire : «Il faudrait vous retirer, car maintenant le combat est devenu inutile». Nous avons été très étonnés que, un des plus brillants journalistes de l'époque présente, qui signe (Sirius?), ait pu écrire dans son journal que la meilleure chose que j'avais à faire, c'était de me retirer. Ce n'est pas mon avis. Je répète ce que j'ai dit tout à l'heure : ayant la chance d'avoir été désigné par le suffrage universel, j'ai aussi la grande possibilité de faire un peu mentir M. Malraux qui avait dit qu'entre gaullistes et communistes il ne restait plus rien. Eh bien, il reste quand même quelque chose, d'ailleurs M. Michel Debré qui a l'habitude des raccourcis et je pense qu'il y a une erreur d'ailleurs dans ce que j'ai lu dans Le Monde, aurait dit dimanche soir : «Ce qui est clair, c'est qu'il y a un courant national Pompidou et un courant national Duclos». Je pense qu'il y a une erreur : ce n'est pas possible que M. Debré ait dit ça. Que M. Poher reste ou ne reste pas, ce sera le courant national qui l'emportera dans quinze jours. Je pense que M. Michel Debré, qui me connaît bien, et qui a combattu parfois avec moi ou contre moi, me fait l'honneur de penser que je représente aussi un courant national, aussi valable que le sien. Alors, il n'a pas été question pour moi un seul instant, malgré les conseils que j'ai reçus, de rendre à M. Duclos la parole et de lui faire cadeau de deux heures d'antenne dans la liberté des ondes. Alors, comment sera menée cette campagne ? Eh bien, si vous voulez, elle sera d'abord marquée par la contestation des méthodes et des excès du régime d'hier, qui peut devenir, sans doute, peut-être, on ne sait jamais, le régime de demain ; et par la volonté d'un changement politique face au gaullisme ; pour moi, nécessité d'affirmer une autre volonté nationale. D'ailleurs, cette nécessité de changement, il est clair que M. Pompidou lui-même en a reconnu la nécessité. J'ai dit dans la première phase de la campagne que je l'avais trouvé dans mon sillon : il s'était beaucoup rapproché du centre et des centristes, à tel point que certains se demandaient, posaient le problème : «Mais, ces deux candidats n'ont-ils pas le même programme ?» Oh, cela dépend : le programme de la campagne, peut-être, mais enfin, M. Pompidou, comme je l'ai dit dans ma dernière émission télévisée a été six ans premier ministre, si je me trompe, d'avril 62 à juillet 68 et que, sans être méchant, j'ai toujours pensé que pour choisir un excellent pompier, il ne fallait pas prendre le premier des incendiaires.

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