Georges Pompidou en campagne en 1969

11 juin 1969
01m 58s
Réf. 00126

Notice

Résumé :

Campagne électorale de Georges Pompidou, candidat UDR à la présidence de la République en 1969, qui s'est rendu à Pau entre les deux tours.

Date de diffusion :
11 juin 1969
Personnalité(s) :

Contexte historique

Entre les deux tours, la campagne se durcit car très vite le bilan de l'ancien Premier ministre est mis en cause. Alain Poher, en mauvaise position, tire à boulets rouges sur son adversaire gaulliste. Pompidou contre-attaque habilement en mettant en évidence le défaut de crédibilité de son adversaire centriste, qui a rassemblé sous son nom une coalition hétérogène et conjoncturelle.

Face à celui qu'il présente comme le candidat de l'union par défaut, Pompidou prétend incarner le candidat positif de l'union, celui qui fédère les enthousiasmes plutôt que les mécontentements : "Etre le président de tous les Français ne veut pas dire se mettre au carrefour de toutes nos faiblesses, et annihiler en quelque sorte toute sa capacité d'action par les forces contraires qui peuvent dans ce pays coexister. Il faut au contraire que (...) toutes ces forces arrivent à se rejoindre et se renforcer mutuellement". Pompidou marche dans les pas du Général quand il ambitionne d'être "un catalyseur, un homme qui ait le pouvoir d'animer, d'inspirer la politique (...)", au dessus des partis. Le 15 juin, Georges Pompidou distance nettement Alain Poher.

Eve Bonnivard

Éclairage média

C'est un homme sûr de sa victoire qui s'adresse à la foule venue lui manifester son adhésion. Adoubé par un bain de foule à la mode gaullienne, celui dont le sacre est proche ne s'abaisse pas à rendre les coups : "Je déplore quelquefois l'attitude de mon concurrent (…) et une certaine violence de propos auxquels je ne répondrai pas". Pourtant, c'est un coup mortel que Pompidou assène à son adversaire, sans en avoir l'air, en le ravalant au rang de porte-voix d'une coalition disparate, sans projet ni ambition pour la France. Soignant son image de modéré face à la "violence" de son adversaire, Pompidou apparaît comme un roc, sorte de "monstre froid" qui a déjà le visage de l'Etat.

Cet ancien professeur de lettres n'a rien perdu de son éloquence, comme le montrent ces phrases-fleuves mais bien équilibrées, qu'il débite sans jamais se tromper. La croix de Lorraine, l'ombre portée du Général (disposée bien en évidence au-dessus de la banderole "Pompidou président"), place la candidature de cet ancien Premier ministre sous le signe de la continuité de l'histoire de France, bien au-dessus des contingences de la politique.

Eve Bonnivard

Transcription

Georges Pompidou
En ce second tour, je déplore quelquefois l'attitude de mon concurrent et les critiques qu'il m'adresse et une certaine violence de propos auxquels je ne répondrai pas. Et c'est pourquoi... Je voudrais en effet que demain, le président élu, et si c'est moi ce sera vrai, je vous prie de le croire, soit le président de tous les Français. Mais, être le président de tous les Français ne veut pas dire se mettre au carrefour de toutes nos faiblesses et annihiler en quelque sorte toute sa capacité d'action par les forces contraires qui peuvent, dans ce pays, coexister. Il faut au contraire faire que cette union des Français, que ce soit sur le plan national, que ce soit dans la politique par le jeu des institutions et les rapports de la majorité et de l'opposition, du gouvernement et du parlement, il faut que toutes ces forces arrivent à se rejoindre et à se servir mutuellement et à se renforcer mutuellement. C'est pourquoi il faut, il faut qu'il y ait à la tête un catalyseur, il faut qu'il y ait à la tête un homme qui ait le pouvoir d'animer, d'inspirer la politique, de fixer les grandes lignes de cette politique et de fixer les grandes lignes du fonctionnement des institutions et de veiller à ce que ce fonctionnement des institutions soit à la fois utile, c'est-à-dire réaliste, et en même temps libéral, c'est-à-dire démocratique. Voilà le rôle demain du président de la République.