Discours du général de Gaulle à Montréal

25 juillet 1967
02m 40s
Réf. 00131

Notice

Résumé :

Le général de Gaulle prononce un discours en faveur du "Québec libre" depuis le balcon de l'hôtel de ville de Montréal.

Date de diffusion :
25 juillet 1967
Date d'événement :
24 juillet 1967
Personnalité(s) :

Contexte historique

A partir de 1963-1964, "convaincu qu'il recevra soutien et enthousiasme chez tous les opprimés du tiers monde et même de la planète" dans sa lutte contre la suprématie américaine, le général de Gaulle "s'aventure de plus en plus (…) sur les chasses gardées des Etats-Unis". C'est le cas lorsqu'il se rend au Mexique en 1964, puis au Cambodge en 1966.

A chaque voyage, il prononce des discours marqués par un net anti-hégémonisme américain. Ses allocutions sont des succès auprès des pays hôtes et de l'opinion française, qui approuve sa politique étrangère jusqu'en 1965-1966. Il adopte de nouveau cette attitude provocatrice au Canada, où il se rend du 23 au 26 juillet 1967, à l'invitation de Daniel Johnson, Premier ministre du Québec. Lors de son discours de Montréal, il rappelle les liens historiques de la France et de la province canadienne. Il "pose en termes d'autodétermination et d'indépendance le problème du devenir des francophones au sein de la fédération canadienne". Puis, il encourage le Québec à vivre sa propre "destinée". Il clôt son discours par son fameux : "Vive le Québec libre !". Mais, cette fois, l'élan anti-américain gaullien soulève de vives réactions.

Le Premier ministre du Canada, Lester B. Pearson, et son gouvernement, qui n'avaient guère manifesté d'enthousiasme à la venue du président français, s'offusquent officiellement de propos "inacceptables". L'opinion canadienne anglophone et pro-américaine s'émeut de cet appel à la souveraineté québécoise qui va en effet renforcer l'autonomisme québécois. C'est le début de longues années de méfiance entre Paris et Ottawa. Les Français eux-mêmes jugent cette fois à 45% que le président a été trop loin (contre 18% d'opinions positives).

Face aux critiques, de Gaulle écourte son séjour canadien ; il annule sa visite à Ottawa. C'est le début de l'incompréhension entre lui et les Français : ces derniers jugent désormais que son indépendantisme forcené en matière de politique étrangère est excessif.[Jean-Pierre Rioux, De Gaulle, Paris: Liana Levi, 2000, p. 153 / Serge Berstein, La France de l'expansion. La République gaullienne, 1958-1969, Le Seuil, 1989, pp.258-259]

Philippe Tétart

Éclairage média

Par l'alternance de plans sur de Gaulle au balcon de l'hôtel de ville de Montréal et de vues de la foule acclamant ses propos, cette séquence rend bien compte de l'accueil enthousiaste réservé au président de la République française le 24 juillet 1967. Amateur des rencontres avec la foule, de Gaulle savoure sa position de tribun devant un parterre francophone qui lui est acquis et n'hésitera pas à entonner la Marseillaise (après cette séquence). Il en tire profit en cherchant à mettre en œuvre une véritable dramaturgie au service de sa détermination. "Il ne fallait pas tourner autour du pot, déclarera-t-il. Nous avons dissipé les arrière-pensées. Il fallait répondre à l'appel de ce peuple. Je n'aurais plus été moi-même si je ne l'avais pas fait. Ma visite a en quelque sorte cristallisé tous les sentiments. Les Québécois, maintenant, se sont rassurés sur eux-mêmes. Ils ont la volonté de parler et de vivre chez eux en Français, de prendre leur destin en main, d'être maîtres chez eux. Le Québec est français, je crois bien, pour toujours".

Aussi c'est avec une emphase habituelle chez lui et au rythme de quatre temps de pause très étudiés qu'il lance les derniers mots de son discours; mots qui vont marquer l'histoire : "Vive Montréal !", "Vive le Québec !", puis "Vive le Québec libre !" et enfin "Vive le Canada français et vive la France !".

Cet extrait montre combien l'ambiance de jubilation collective donne plus de poids encore à sa vibrante et provocatrice déclaration. Du reste, si ses mots, savamment choisis, sont ovationnés – à commencer par : "Un jour ou l'autre, le Québec sera libre", la France et de Gaulle lui-même n'en tireront guère de profit, n'ayant, en vérité, pas de solution de rechange à proposer pour contrarier la tutelle anglophone et américaine sur le Canada, ou soutenir véritablement le projet fédéraliste que le Général appelle de ses vœux.[Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, tome 3, Paris, Editions de Fallois/Fayard, 2000, p.339 / Philippe de Gaulle, Mémoires accessoires (1947-1979), Plon, 2000]

Philippe Tétart

Transcription

Foule
Acclamations
(Silence)
Charles (de) Gaulle
C'est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville de Montréal française.
Foule
Acclamations
Charles (de) Gaulle
J'ai constaté quels immenses efforts de progrès, de développement et par conséquent d'agrandissement vous accomplissez…
Foule
Acclamations
Charles (de) Gaulle
... vous accomplissez ici et c'est à Montréal qu'on peut le dire, parce que s'il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c'est la vôtre.
Foule
Acclamations
Charles (de) Gaulle
Je dis, je dis «c'est la vôtre» et je me permets d'ajouter «c'est la nôtre» !
Foule
Acclamations
Charles (de) Gaulle
Vive le Québec !
Foule
Acclamations
Charles (de) Gaulle
Vive le Québec libre !
Foule
Acclamations
Charles (de) Gaulle
Vive le Canada français et vive la France !
(Silence)