Valery Giscard d'Estaing en campagne en 1974

16 avril 1974
05m 27s
Réf. 00132

Notice

Résumé :

Reportage sur Valéry Giscard d'Estaing, en campagne pour les élections présidentielles de 1974.

Date de diffusion :
16 avril 1974

Contexte historique

Le 8 avril 1974, lorsqu'il annonce sa candidature aux élections présidentielles, Valéry Giscard d'Estaing (quarante-huit ans) a déjà derrière lui une solide carrière politique. Après l'ENA, elle s'ouvre entre en effet dès 1954, lorsqu'il prend ses premières responsabilités au sein de l'appareil d'Etat comme chargé de mission auprès du ministère des Finances. En 1956, lors des législatives, il sollicite pour la première fois et avec succès les suffrages des électeurs, dans le Puy-de-Dôme. En 1959, Antoine Pinay l'appelle auprès de lui au ministère des Finances (gouvernement Debré). Sa carrière prend alors une dimension nationale.

Trois ans plus tard, il participe à la création des Républicains Indépendants - qui entendent incarner un centre droit moderne -, et plus encore, il devient, à trente-six ans seulement, ministre des Finances du gouvernement Pompidou. En 1974, malgré sa jeunesse, il est un des deux principaux candidats de droite avec Jacques Chaban-Delmas. Il place sa candidature sous le signe de la réforme et de l'ouverture dans la continuité. Il affirme vouloir répondre au désir de changement des Français. Candidat des Indépendants, bénéficiant du soutien des centristes de Jean Lecanuet et d'une partie des gaullistes de l'UDR (emmenés par Jacques Chirac, son futur Premier ministre) il obtient 32,6% au premier tour (5 mai), loin devant Jacques Chaban-Delmas. Ce résultat lui permet, au second tour (19 mai), de défier François Mitterrand, candidat de la gauche réunie, arrivé en tête du premier tour avec 43,24%. Il emporte finalement l'élection avec 50,81% des suffrages exprimés.[Jean-François Sirinelli, "Élections présidentielles de 1974", in Dictionnaire historique de la vie politique française, PUF, 1995, p.331-333]

Philippe Tétart

Éclairage média

Une semaine après l'annonce de sa candidature, le journal télévisé, dans le cadre d'une série intitulée "Qui sont-ils ?", dresse le portrait du candidat "VGE" à partir d'images d'archives. Les deux situations d'entrée (studio de France Inter et scène de rue) symbolisent le lancement de sa campagne. Dans un deuxième temps, la construction du reportage et les propos de Valéry Giscard d'Estaing donnent le ton d'une campagne qui se veut "la plus libre possible". Le candidat dit vouloir rejeter les "artifices" habituels de la vie politique et, selon une expression bien connue, "regarder la France au fond des yeux".

En contrepoint, le réalisateur choisit comme illustration une série d'archives du quotidien giscardien: match de football, scène de plage. Les Français ont l'habitude de voir "VGE"dans de telles situations, car dès les années 1960, il a cherché à donner de lui une image naturelle, décontractée, intimiste. La suite de la séquence évoque l'homme politique (conférence de presse à Chamalières, perchoir de l'Assemblée), puis revient in fine sur la thématique de la campagne (installation des "bureaux de Bienfaisance" pour la campagne) avant de se terminer sur une interrogation sur la solitude du pouvoir. On ne saurait prêter au réalisateur de ce portrait une approche partisane. L'image qui en ressort sert toutefois le leitmotiv de la communication giscardienne, qui deviendra aussi un outil privilégié de celle du Président en exercice : mettre en avant sa simplicité et sa proximité avec les Français.

Cette image, ici retranscrite, va participer à la supériorité médiatique de "VGE" sur ses concurrents et en particulier sur François Mitterrand, qui se dépare mal d'un style assez rigide. Cette situation permet à certains commentateurs de l'élection de juger, dès mai 1974, que "la raison principale du basculement des élections présidentielles en faveur de M.Giscard d'Estaing a été la supériorité de l'image personnelle de ce candidat sur son adversaire (...)" (Denis Lindon et Pierre Weil, Le Monde, 22 mai 1974).

Bibliographie :

Agnès Chauveau, "L'homme politique et la télévision : l'influence des conseillers en communication", Vingtième Siècle, oct-dec 2003, n°80.

"Valéry Giscard d'Estaing", in Jeanneney Jean-Noël (dir.), L'Écho du Siècle. Dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France, Pluriel, 2001 (2e édition), pp. 489-492.

Michel Poniatowski, Conduire le changement, Paris, Fayard, 1975.

Isabelle Veyrat-Masson, "Les campagnes électorales", in Jeanneney Jean-Noël (dir.), L'Écho du Siècle. Dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France, Pluriel, 2001 (2e édition), pp. 435.

Philippe Tétart

Transcription

(Silence)
Jacques Sallebert
Eh bien, monsieur le ministre, bonjour et merci d'être venu en direct au studio de France Inter malgré l'heure matinale et en ce lendemain de week-end de Pâques.
Valéry Giscard d'Estaing
Egalement, également, bonjour, mais pas monsieur le ministre, monsieur le candidat.
Reporter
Allez-vous entre autre faire une campagne de charme ?
Valéry Giscard d'Estaing
Je ne ferai pas une campagne mais si le charme joue, tant mieux !
(Silence)
Valéry Giscard d'Estaing
Comme vous avez vu, c'était un match assez dur, y a eu des heurts, mais enfin, c'était très correct et j'ai remarqué que la foule auvergnate n'était pas venue sur le terrain. Nous tenions beaucoup, si vous voulez, à ne pas nous faire enfoncer, remarquez une petite victoire de l'adversaire était tout à fait naturelle mais enfin comme nous avons pu égaliser juste avant le fin [?], après ça nous avons pris un jeu défensif pour garder l'égalisation.
(Silence)
Valéry Giscard d'Estaing
Moi, je souhaite que ma campagne soit de l'allure la plus libre possible. Je veux dire la plus libre quant au ton, la plus libre quant à la manière... Je crois qu'il y a dans la vie française, dans la vie politique française, quelque chose d'inutilement guindé, d'inutilement artificiel, et que nous devons au contraire, comme je le disais tout à l'heure dans mon mot d'introduction, avoir une conception plus détendue, plus libre du style de notre vie politique.
(Silence)
Valéry Giscard d'Estaing
Première question, de M. Debré : le numéraire abstrait est-il, oui ou non, détaché de l'or ? La décision n'a pas été prise, c'est donc difficile d'anticiper sur une décision finale. Je répondrai qu'il est très vraisemblable que le numéraire abstrait sera détaché de l'or. Je ne m'attendais pas à être applaudi sur la fiscalité. Quand on s'ocupe de quelque chose longtemps, on a le sentiment, le mot peut paraître un peu prétentieux, naturellement, qu'ayant travaillé longtemps à quelque chose, c'est le début d'une oeuvre. Et peut-être finit-on par porter davantage d'intérêt à l'oeuvre qu'à l'ensemble des activités ou des hypothèses futures.
(Silence)
Jeune femme
Toujours pareil, je suis désolée, c'est pas très varié. Un des deux, ça m'est égal, il peut suivre, c'est tout, avec une petite table qui est là derrière les messieurs.
(Silence)
Valéry Giscard d'Estaing
La france comprend 52 millions de personnes qui se sentent mal-aimées. Alors, mal-aimées de qui, mal-aimées pour quel motif, c'est très difficile à savoir et à dire. Je voudrais regarder la France au fond des yeux, lui dire mon message et écouter le sien.
(Silence)
Valéry Giscard d'Estaing
Quand j'étais successivement à Moscou puis à Tokyo, puis à Nairobi, etc, je vois la France dans le monde telle qu'elle est et telle qu'elle ne se voit pas, d'ailleurs, c'est-à-dire un pays beaucoup plus capable et beaucoup plus considéré dans le monde actuel qu'elle ne le pense elle-même, ce qui fait que ça vous donne une vue de la France et du monde, c'est beaucoup.
(Silence)
Valéry Giscard d'Estaing
J'espère que non, parce que d'abord la solitude, c'est quelque chose de très éprouvant pour soi. Je dirais même que un des très grands maux de notre époque, pour les hommes et pour les femmes, c'est la solitude, donc j'espère ne pas y être condamné. Et puis je crois que la solitude c'est une mauvaise conseillère. Je pense que dans des temps de très grands changements comme ceux que nous traversons et que nous traverserons, il faut être en contact avec beaucoup de choses et être en contact avec beaucoup de gens, donc je souhaite pour ma part que la présidence ne veuille pas dire la solitude...
Journaliste
Vous avez dit un jour que les Français se sentaient mal-aimés. Est-ce que vous, vous vous sentez la capacité de les aimer ?
Valéry Giscard d'Estaing
Je crois que oui.
(Silence)

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