Meeting de François Mitterrand à la porte de Versailles en 1974

26 avril 1974
02m 59s
Réf. 00134

Contexte historique

Le 27 juin 1972, un épisode important de l'histoire des gauches et de la vie politique française se produit : la naissance de l'Union de la gauche. Le parti socialiste et le parti communiste adoptent un "programme commun de gouvernement". Les radicaux de gauche (MRG à partir de 1973) le contresignent le 12 juillet. Ce programme est le premier du genre depuis la scission du congrès de Tours (1921). Le PC, le MRG et le PS (rejoint par une partie du PSU lors du Congrès d'Épinay en 1971) forment dès lors un large front uni à gauche. Son l'objectif est de conquérir le pouvoir avec, pour première échéance, les législatives de 1973.

Cette stratégie d'union se révèle payante : en mars 1973, l'Union de la gauche obtient 48% des voix et 175 députés. Elle ne conquiert pas l'Assemblée, mais efface le cuisant échec des législatives de juin 1968. Elle peut nourrir des espoirs de victoire pour les présidentielles de mai 1974, pour lesquelles François Mitterrand s'est porté candidat le 7 avril 1973. Dans cette hypothèse et parce que la droite part en ordre dispersé à l'assaut des urnes (Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chaban-Delmas et Jean Royer sont candidats), la mobilisation à gauche est très forte. Les nombreux meetings qui jalonnent la campagne en témoignent.

Le 5 mai, au premier tour, les urnes rendent leur verdict: François Mitterrand réunit 43,24% des suffrages, 10 points de mieux qu'en 1965 (lors de sa première tentative contre le Général de Gaulle) et 13 de mieux que les trois principaux candidats de la gauche désunie de 1969 (Jacques Duclos, Gaston Defferre, Michel Rocard). Son rival du second tour, Valéry Giscard d'Estaing, n'a réuni que 32,6%. Jamais, depuis le début de la Cinquième République, un candidat de gauche n'a paru si près de pouvoir l'emporter.

Philippe Tétart

Éclairage média

"Constat unanime des commentateurs de la campagne[1974] : la télévision règne en maître. Jamais elle n'a eu autant d'auditeurs". Elle ne bouleverse pas les habitudes électorales. Toutefois, elle pèse sur l'augmentation du "niveau de participation politique". En effet, en 1974 plus qu'auparavant, la campagne est marquée par l'entrée dans l'ère moderne de la communication politique à la télévision et par l'accentuation de la couverture médiatique des élections.

La télévision, vitrine et caisse de résonance à la fois, donne donc aux électeurs la possibilité de se définir, en partie, par rapport à l'image audiovisuelle des candidats. En l'occurrence, cette séquence montre l'enthousiasme frontiste qui anime la gauche. Cet élément peut constituer un vecteur d'adhésion des électeurs. La mobilisation est forte lors de ce meeting de la Porte de Versailles : 100 000 personnes viennent rencontrer les politiques et les artistes qui les soutiennent (Jean Ferrat, Lenny Escudero, Michel Piccoli, Mouloudji, Guy Bedos).

Les partis (PS, PC, MRG) jouent la carte du compagnonnage électoral : on reconnaît à la tribune ou au micro les socialistes Gaston Defferre, Pierre Mauroy, Jean Poperen, Edith Cresson; le dirigeant historique du PC, Jacques Duclos, mais aussi Robert Fabre, Georges Marchais et, bien sûr, le candidat à l'élection, François Mitterrand. La télévision permet ainsi de vivre "en direct" la réalité d'une étape majeure de l'histoire de la gauche dans la seconde moitié du 20e siècle.[Jérôme Bourdon, Haute-Fidélité. Pouvoir et télévision, 1935-1994, Le Seuil, 1994, p. 166 / Jay Blumler, Roland Cayrol, Gabriel Thoveron, La télévision fait-elle l'élection ?, Presses de la FNSP, 1978].

Philippe Tétart

Transcription

(Silence)
François Bonnemain
18 h, voici les premières arrivées au meeting unitaire de la gauche, hier soir à Paris. Beaucoup sortent de leur travail et dîneront d'un sandwich. Dans la salle immense, des vedettes du music-hall et de l'écran, sur la scène également.
Mouloudji
(chante) Il faut que je vous dise, les guerres sont des bêtises, le monde en a assez.
Guy Bedos
Bonne fête, Paulette, ça l'énerve que je l'appelle Paulette, elle trouve ça commun. Son vrai nom, c'est Germaine.
François Bonnemain
Puis, vers 21 h, les personnalités des trois partis signataires du programme commun arrivent à la tribune. C'est Pierre Mauroy pour les socialistes qui va prendre le premier la parole.
Pierre Maurois
Demain, porté par un immense mouvement montant des profondeurs de notre peuple, François Mitterrand, le militant socialiste que toute la gauche a choisi pour mener le combat en son nom, François Mitterrand sera le Président de la République.
François Bonnemain
Peu de temps avant la fin de l'intervention de Pierre Mauroy, François Mitterrand arrive. Il est acclamé par cent mille personnes, dont certains sont venus en car de la région parisienne.
Robert Fabre
L'occasion est donnée de libérer la France de ceux qui pendant tant d'années l'ont asservie et qui l'amènent à la ruine matérielle et morale.
François Bonnemain
Après Robert Fabre, Georges Marchais.
Georges Marchais
Notre engagement devant les travailleurs, devant le pays est clair. C'est le programme commun, rien que le programme commun, mais tout le programme commun.
François Bonnemain
Enfin, François Mitterrand monte à la tribune.
François Mitterrand
Je suis le candidat de la gauche et je m'inspire des options fondamentales du programme commun. Peut-être serai-je bientôt le Président de la République française, et si je le suis, comment pourrais-je ignorer que pour la première fois, la gauche rassemblée par le dévouement, l'abnégation, la volonté de la gauche toute entière et des partis qui la composent, comment pourrais-je oublier, amis et camarades, que nous célébrons ici même un moment historique ? Nous nous retrouverons face l'avenir que nous ayons vous et moi justifié l'espérance.
François Bonnemain
Un meeting qui s'est conclu par la Marseillaise et l'Internationale.
(Silence)

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