Meeting de Jean-Marie Le Pen en 1974

03 mai 1974
01m 41s
Réf. 00136

Notice

Résumé :

Lors de la campagne présidentielle de 1974, Jean-Marie Le Pen, candidat du Front National, tient un meeting au cours duquel il refuse l'idée d'un vote utile à droite.

Date de diffusion :
03 mai 1974

Contexte historique

Jean-Marie Le Pen entre sur la scène politique française en 1956 : il devient alors député poujadiste. A vingt-huit ans, c'est le benjamin de l'Assemblée nationale. Très tôt remarqué pour ses positions extrémistes (sur l'Algérie française par exemple) et ses talents d'orateur, Jean-Marie Le Pen vit cependant une traversée du désert au cours des années 1960. Celle-ci prend fin au début des années 1970 : il fédère alors plusieurs nébuleuses et groupuscules d'extrême droite au sein du Front National (27 octobre 1972). Il entend en faire l'outil de sa promotion politique.

Deux ans plus tard, ce parti réunissant nationalistes, militants issus des mouvements d'extrême droite des années 1960 (tel Occident), nostalgiques de Vichy ou de l'Algérie française, catholiques traditionalistes, soutient sa candidature à l'élection présidentielle. Selon sa rhétorique usuelle, le candidat frontiste renvoie dos-à-dos les différentes forces politiques de gauche et de droite, en les accusant d'être à l'origine du déclin de la France. Il peine cependant à redonner vigueur à un vote perçu de façon très négative par la société française (dans le souvenir de Vichy et du mouvement extrémiste favorable à l'Algérie française).

Au soir du premier tour, le 5 mai, le score de Jean-Marie Le Pen n'est que de 0,75%, amputé d'une partie du vote d'extrême droite qui, à la demande du mouvement "Faire Front", a voté en faveur de Valéry Giscard d'Estaing. Ces 0,75% constituent donc avant tout un vote de "témoignage", qui prouve la difficulté, pour le Front National et son leader, à "sortir de [leur] marginalité groupusculaire".

Bibliographie :

Serge Berstein, Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle, Complexe, 1995, p. 1124.

Pascal Perrineau, "Jean-Marie Le Pen", in Sirinelli Jean-François, Dictionnaire historique de la vie politique française, PUF, 2003.

Nonna Mayer, Pascal Perrineau (dir.), Le Front national à découvert, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1996.

Philippe Tétart

Éclairage média

Douze candidats réussissent, début 1974, à déposer les cent signatures d'élus (alors) nécessaires pour se présenter aux élections présidentielles. Mais, on le sait d'emblée, le sort de cette élection se joue entre Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chaban-Delmas et François Mitterrand. Pour les neuf autres candidats, sans aucune chance de figurer au second tour, un des principaux intérêts de la campagne est de porter témoignage de leur existence, en particulier en ayant "accès à la télévision".

Par le biais de la campagne officielle, des journaux, des émissions politiques, ils peuvent se faire connaître, séduire et, dans des perspectives à plus long terme, entreprendre de fédérer un électorat. Pour Jean-Marie Le Pen, vieux routier des tribunes encore affublé, à l'époque, de son fameux bandeau, la télévision peut jouer donc un rôle clef dans l'affirmation de son courant. Pour autant, en dehors de la campagne officielle, qui offre des temps d'expression égaux pour tous les candidats, les médias préfèrent les ténors de l'élection.

Le Front National et Jean-Marie Le Pen devront attendre le début des années 1980, après la victoire du FN aux municipales partielles, à Dreux, fin 1983, pour commencer à intéresser vraiment radios et télévisions. En effet à partir de cette victoire lors des municipales se "libère" véritablement un "espace politique pour l'extrême droite". Cette évolution se traduit aussitôt par une percée audiovisuelle pour Jean-Marie Le Pen: le 13 février, "l'invitation à l'émission (...) L'Heure de vérité consacre le leader du FN comme homme politique à part entière".

Bibliographie :

Jean-Jacques Becker, Crises et alternances, 1974-1995, Le Seuil, 1998, p.21

Jérôme Bourdon, Haute fidélité. Télévision et pouvoir, 1935-1994, Le Seuil, 1995, pp.303-304

Pascal Perrineau, Le symptôme Le Pen, Fayard, 1997, pp.34-35.

Philippe Tétart

Transcription

(Silence)
Jean-Marie Le Pen
On nous dit, et M. Giscard d'Estaing vous le dira sûrement demain soir : «il est essentiel que l'on vote pour moi dès le premier tour». «Il faut donc voter pour moi» et ses valets de plume renchérissent : «il faut voter quoi que nous pensions pour monsieur Giscard d'Estaing ; certes, Jean-Marie Le Pen mène depuis si longtemps (comme si j'avais 90 ans) un combat courageux et que nous respectons... ah, mais hélas sans aucune chance, tandis que Giscard d'Estaing, lui...» Eh bien, je dis que c'est un raisonnement faux et qui est destiné à vous tromper. Parce que, en toute hypothèse, M. Giscard d'Estaing ne sera pas élu au premier tour et que, que l'on vote pour Giscard d'Estaing ou que l'on vote pour Le Pen, ça n'apportera pas une seule voix à M. François Mitterrand, pas plus que ça lui en retirera.
(Silence)

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque