Meeting de François Mitterrand en 1981

25 avril 1981
02m 05s
Réf. 00143

Notice

Résumé :

A la veille du premier tour de l'élection présidentielle de 1981, François Mitterrand prononce un discours lors d'un meeting, à Toulouse.

Date de diffusion :
25 avril 1981
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Aux élections municipales de 1977 et des législatives de 1978, le PS a devancé, pour la première fois depuis 1936, le PC. Tournant politique majeur à gauche, il permet au PS et à son candidat naturel, François Mitterrand, de préparer dans de bonnes conditions l'échéance présidentielle de 1981, d'autant que les différents internes au parti, révélés par le congrès de Metz (1979), sont aplanis et l'unité ainsi refaite.

Reste que l'Union de la gauche a été rompue à l'automne 1977; aussi le premier tour est un cap difficile pour le candidat socialiste. En effet, pour prétendre être au second tour en bonne position, François Mitterrand et les 110 propositions du PS doivent faire le plein des voix malgré la dispersion des candidatures à gauche (Georges Marchais est le candidat pour le PC, Michel Crépeau pour le MRG, Huguette Bouchardeau pour le PSU et Arlette Laguiller pour LO).

Dans un second temps, le candidat socialiste doit obtenir le ralliement des autres candidats de gauche. Le 26 avril, François Mitterrand, placé derrière Valéry Giscard d'Estaing (28,31%), réunit 25,84% des suffrages. Il devance largement Georges Marchais (15,34%). Huguette Bouchardeau, Arlette Laguillet et Michel Crépeau réunissent 5,61%. Tous les candidats de gauche se rallient à la candidature de François Mitterrand entre le 26 et le 28 avril. Entre les deux tours, les sondages donnent rapidement une légère avance à François Mitterrand, qui mène une campagne plus pugnace qu'en 1965 et 1974.

Le 10 mai 1981, il emporte l'élection présidentielle avec 51,75% des suffrages, quelques semaines avant que le PS, allié aux radicaux, domine largement les élections législatives (plus de 37%), offrant ainsi au nouveau président de la République une Assemblée de gauche lui permettant de mener, avec son Premier ministre, Pierre Mauroy, la politique qu'attend la "majorité sociale".[Jean-Jacques Becker, Crises et alternances, 1974-1995, Le Seuil, 1999 pp. 223-246].

Philippe Tétart

Éclairage média

A la veille du premier tour de l'élection présidentielle de 1981, en présence des principaux leaders socialistes, dont Pierre Mauroy et Jack Lang (gros plan), François Mitterrand tient son dernier meeting de campagne à Toulouse.

Avec la conviction tranquille et l'emphase d'un homme qui sait pouvoir vaincre le 10 mai, il déclare que sa candidature est celle d'un "homme libre", qu'aucune "puissance au monde" (d'argent ou politique) ne saurait influencer. La télévision donne ainsi à voir la figure du tribunitien, aguerri par près de quarante années de carrière politique et servi par les nouvelles technologies mises au service de la communication et de la politique-spectacle (écran de retransmission, traduction pour les malentendants). Mais c'est aussi sur le terrain des plateaux de télévision que François Mitterrand va forger sa victoire. À la différence de 1974, il s'y montre à l'aise. Il prend sa “revanche” en inversant la position de force de l'échéance précédente où, déjà opposé à Valéry Giscard d'Estaing, il s'était montré piètre communicateur.

En 1981, il fait preuve d'une plus grande maturité dans l'affrontement, en particulier lorsque celui-ci culmine, le 5 mai, à l'occasion du débat télévisé entre les deux candidats. Certes Valéry Giscard d'Estaing prouve une nouvelle fois son aisance face aux médias, mais François Mitterrand n'en “apparaît pas moins l'incarnation de cette “force tranquille” dont il a fait son slogan électoral”. L'homme de tribunes a “apprivoisé la télé ”.Il a ainsi fait un pas vers la victoire.[Jean Touchard, La gauche en France depuis 1900, Le Seuil, 1981, édition complétée par Michel Winock, pp. 379 / Pascale Puthod, “François Mitterrand”, in Jeanneney Jean-Noël (dir.), L'Écho du siècle. Dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France, Pluriel, 2001, pp. 494/ Catherine et Jacques Legrand, Chroniques de la télévision, Éditions Chronique, 1996, p.201].

Philippe Tétart

Transcription

Alain Denvers
35 000 personnes, record des meetings socialistes pour cette ultime nocturne de Toulouse. C'est toujours ici que se termine les campagnes du PS, dans la ville rose, dans un département dont tous les députés sont socialistes. Autant dire que le candidat n'a eu aucun mal à enthousiasmer la foule lorsqu'il a lancé : «Bonsoir, le peuple de gauche», qu'il a brancardé Giscard, l'homme du passé, qu'il a rappelé qu'il était le seul candidat de gauche à pouvoir gagner, qu'il a affirmé, lyrique, «à chaque fois que la France a rencontré une idée, elles ont fait ensemble le tour du monde».
François Mitterrand
J'affirme et j'affirmerai hautement jusqu'à mon dernier souffle que, moi, je suis un homme libre. Il n'est personne au monde, aucune force, aucune puissance qui pèse sur ma décision, ni à l'est ni à l'ouest, ni Moscou, ni Washington, ni Bonn, ni personne. Aucune force à l'intérieur, ni les forces de l'argent dont je me moque, ni le grand capital, ni les multinationales, ni les lobbies, ni les coalitions, aucune puissance au monde ne me fera jamais vous dire autre chose que ce que je pense.
Alain Denvers
Innovation dans un meeting politique, un militant traduisait les propos de l'orateur pour les malentendants. «A bientôt», ce fut le dernier mot de cette campagne du premier tour.
François Mitterrand
A bientôt, à bientôt en France, pour la France, à bientôt pour la République, à bientôt pour la victoire !
Foule
Debout, les damnés de la terre ! Debout, les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère : C'est l'éruption de la fin.

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