Meeting de Valéry Giscard d'Estaing en 1981

25 avril 1981
02m 14s
Réf. 00144

Contexte historique

L'usage veut qu'un président de la République sortant entre souvent en campagne tardivement afin de “garder l'avantage moral d'être le président en exercice”. C'est ce que fait Valéry Giscard d'Estaing en 1981 : il n'annonce sa candidature le 2 mars 1981, deux mois seulement avant l'échéance du premier tour et un mois après son ancien Premier ministre et principal rival à droite : Jacques Chirac. Valéry Giscard d'Estaing doit aussi compter, dans sa campagne, avec la concurrence de deux autres candidats gaullistes outre Jacques Chirac : Michel Debré et Marie-France Garaud.

Quinze jours avant le premier tour, les sondages donnent le président de la République, "candidat-citoyen" de l'UDF, en tête des candidats de droite, avec 26,5% d'intention de vote; loin devant Jacques Chirac, crédité de 17% et de Michel Debré et de Marie-France Garaud (1%). Malgré la très bonne tenue de la gauche, ces mêmes sondages prévoient sa victoire au second tour. "Au fond, dans l'opinion se maintient l'idée que l'élection d'un président socialiste [est] impossible." Du reste, avant le 26 avril, Valéry Giscard d'Estaing sait combien sont importants ses appels réitérés au "vote utile" en sa faveur. De fait, le verdict du premier tour ne lui est guère favorable. Démobilisation de l'électorat de droite aidant, le président sortant ne réunit que 27,8% des suffrages contre 32,9% en 1974. D'autre part, Jacques Chirac n'obtient que 18%, alors que Michel Debré et Marie-France Garaud font 1,6% et 1,3%. Dans une hypothèse de report idéal au second tour, le président sortant ne dispose que de 48,7% des suffrages. Le second tour s'annonce donc beaucoup plus serré que ne l'annonçaient sondeurs et analystes, d'autant que seul Michel Debré appelle aussitôt à voter "VGE", tandis que Marie-France Garaud encourage ses électeurs à voter blanc et que Jacques Chirac attend jusqu'au 6 mai, quatre jours avant le second tour, pour donner comme seule consigne de barrer la route à François Mitterrand.

Le 10 mai, François Mitterrand emporte l'élection avec 52,2% des suffrages, profitant notamment de l'abstention de droite et de mauvais reports, prévisibles, sur la candidature de Giscard d'Estaing.[Jean-Jacques Becker, Crises et alternances, 1974-1995, Le Seuil, 1998, pp.223-246/ Serge Berstein, Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle, Complexe, 1994, p.1153-1157.]

Philippe Tétart

Éclairage média

Avec ce reportage consacré au dernier meeting de campagne de Valéry Giscard d'Estaing, la chaîne TF1 découvre ses orientations politiques. Cette séquence ne relève certes pas du soutien explicite. Pourtant, deux jours avant le premier tour, elle est intégralement consacrée à la retransmission du principal message de campagne de "VGE" : le vote utile. Ce point de connivence permet de rappeler la critique récurrente de la fin des années 1970 d'une giscardisation de l'information.

La séquence insiste aussi sur l'attitude de Valéry Giscard d'Estaing qui refuse de polémiquer avec ses adversaires, de droite comme de gauche. Il a en effet été une cible privilégiée, aussi bien en tant que président sortant critiqué par le RPR, qu'en raison de la récente affaire Bokassa (en 1979, le Canard Enchaîné révèle qu'il aurait reçu des diamants du dictateur) voire encore en raison de son omniprésence à la télévision qui, selon certains analystes, finira même par le desservir.[Jérôme Bourdon, Haute fidélité. Pouvoir et télévision, 1935-1994, Le Seuil, 1994, p. 212 et sq./ Claude Martin, Rapport fait au nom de la Commission d'enquête sur les conditions de l'information publique, Assemblée nationale, oct.1979, doc.1289/Agnès Chauveau, “Valéry Giscard d'Estaing”, in Jeanneney Jean-Noël (dir.), L'Écho du siècle. Dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France, Pluriel, 2001, pp. 489-492]

Philippe Tétart

Transcription

Gérard Lenorman
(chante) La ballade des gens heureux...
Norbert Balit
Pour cette dernière étape avant le premier tour, tous les Auvergnats avaient été mobilisés et en attendant l'arrivée de Giscard, c'est un enfant du pays, Gérard Lenorman, qui anime la soirée. Pour le président sortant, Chamalières est un retour aux sources, c'est ici qu'il a été élu pour la première fois maire et conseiller général. C'est ici également qu'il a annoncé en 1974, sa candidature à la présidence de la République. Lorsqu'il pénètre sous l'immense chapiteau dressé dans le centre ville, dix à douze mille personnes enthousiastes l'acclament à son arrivée. A Chamalières, Giscard a rappelé aux Auvergnats ses quatre objectifs, l'emploi, la paix, la solidarité et l'espoir. Revenant sur son attitude pendant la campagne, il s'est refusé à toute polémique pour préserver, a-t-il dit, l'unité de la majorité. Evoquant une nouvelle fois le vote utile, V.G.E.a adressé un dernier message aux Français.
Valéry Giscard d'Estaing
Le vote utile, c'est de voter pour celui qui est en tête de la majorité et qui l'a été d'un bout à l'autre du parcours, et donc je vous appelle au vote utile, et au vote utile, bien entendu, dès dimanche, le dimanche 26 avril. Parce que, vous vous rendez bien compte que toute voix perdue, le 26 avril, c'est une chance offerte, le 10 mai, à ceux qui sont encore prisonniers des liens du désordre et de l'aventure. Il ne faut pas croire qu'une voix que l'on me retire le 26 avril, c'est une chance que l'on m'enlève ; c'est une chance qu'on offre, au contraire, à l'opposition qui est prête à la saisir. Le vote utile, c'est tout à fait simple, c'est, pour les Françaises et pour les Français, de voter dimanche pour celui qui, malgré l'existence de neuf autres candidats, qui, malgré la convergence des critiques, est resté, dans tous les sondages, dans toutes les analyses, dans toutes les réunions, en tête de tous les candidats.
(Silence)

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque