Débat entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand en 1981

05 mai 1981
48s
Réf. 00146

Contexte historique

Le premier tour de l'élection présidentielle laisse en lice François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing. François Mitterrand bénéficie du désistement explicite de tous les candidats de gauche présents au 1er tour, y compris celui du candidat communiste. Le candidat écologiste, sans donner de consigne de vote, laisse entendre à son électorat qu'il soutient le candidat socialiste.

La droite de son côté est divisée : Marie-France Garaud appelle à voter blanc et Jacques Chirac laisse planer l'ambiguïté, il attend le dernier moment, le 6 mai, pour appeler ses électeurs à barrer la route à François Mitterrand. La tâche est donc difficile pour le candidat libéral qui affronte son adversaire dans le duel télévisé du second tour.

François Mitterrand pour sa part a surpris les journalistes par son aisance nouvelle devant les caméras de télévision le 16 mars, dans l'émission Cartes sur table d'Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach : il est prêt au duel télévisé contre son adversaire.[Jean-Pierre Azéma, “La campagne présidentielle”, Serge Berstein, Pierre Milza, Jean-Louis Bianco, François Mitterrand, les années de changement 1981-1984, Paris, Perrin, 2001]

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

François Mitterrand a tiré les leçons du débat qui l'a opposé à Valéry Giscard d'Estaing en 1974. Il était alors apparu dominé par le charisme de son adversaire. Pour éviter de connaître à nouveau cette situation, il travaille avec un publicitaire, Jacques Séguéla, qui s'occupe de sa communication politique avec deux autres conseillers, Gérard Colé, responsable de la communication du Parti socialiste, et Jacques Pilhan, expert en marketing.

Pour donner une image moins carnassière du candidat socialiste, ils lui font limer les canines ; ils le rajeunissent avec des costumes à la mode grâce au travail du couturier Marcel Lassance et ils l'entraînent à s'exprimer devant la caméra, sous la direction du réalisateur Serge Moati. Bien préparé, le candidat Mitterrand devient un maître de la télévision. Les deux candidats veillent à la neutralité du dispositif technique du duel télévisé : pour décider des mouvements de caméra et éviter les plans de coupe, Valéry Giscard d'Estaing s'assure de la présence en régie de Gérard Herzog et François Mitterrand impose son réalisateur, Serge Moati. Deux conseillers, Michel Charasse et Pierre Bérégovoy, lui ont rédigé des fiches pour parer à toutes les questions, et il a réfléchi à des formules choc. L'une d'entre elle touche sa cible : "Vous êtes un homme du passif" lance-t-il à son adversaire, formule préparée pour répondre éventuellement à une attaque probable de son adversaire, "vous êtes l'homme du passé".

L'allusion directe fait mouche, elle désigne la mauvaise situation économique dans laquelle la France est plongée : les déficits se creusent, les plans sociaux se succèdent, des régions entières sont touchées par la crise et les restructurations particulièrement importantes dans les vallées sidérurgiques de l'Est de la France. François Mitterrand n'abandonne jamais son calme, son humour, utilise les mises en cause faites par Valéry Giscard d'Estaing ("le ministère de la parole") pour rebondir et décocher une saillie nouvelle. Il se campe en chef d'Etat, rassurant l'électorat et donnant ainsi corps au slogan phare de sa campagne électorale, "la force tranquille". Les journalistes sont unanimes, le candidat socialiste sort vainqueur du débat télévisé de 1981. Désormais, la communication politique, le slogan, la petite phrase qui touche l'adversaire deviennent des éléments clés de la vie politique.

Jean-Claude Lescure

Transcription

François Mitterrand
Vous ne voulez pas parler du passé, je le comprends bien naturellement, et vous avez tendance un peu à reprendre le refrain d'il y a sept ans, l'homme du passé. C'est quand même ennuyeux que, dans l'intervalle, vous soyez devenu, vous, l'homme du passif. Cela gêne un peu votre démonstration d'aujourd'hui. Vous m'avez reproché d'avoir exercé une sorte de ministère de la parole, mais moi, j'étais dans l'opposition, j'ai rempli mon rôle démocratiquement dans l'opposition. Qu'est-ce que vous vouliez que je fasse d'autre, et l'opposition, ce n'est pas rien dans une république. J'ajoute que j'ai utilisé ce temps pour faire avec d'autres un grand parti, qui est devenu un parti menaçant pour la majorité presque ancienne que vous représentez aujourd'hui. Donc, j'ai pas perdu mon temps et si je pouvais faire pour la France demain, à la mesure de la France bien entendu, ce que j'ai pu faire pour le socialisme en France, ma foi, ce ne serait pas perdu.

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