Investiture de François Mitterrand

21 mai 1981
05m 45s
Réf. 00148

Contexte historique

A 9h30, le jeudi 21 mai, une CX grise pénètre dans la cour de l'Elysée : pour la première fois depuis Vincent Auriol, un président socialiste va occuper les lieux. Valéry Giscard d'Estaing l'informe des derniers développement de la situation internationale en URSS et en Libye, se préoccupe de la carrière à venir de ses collaborateurs, et remet à François Mitterrand les clés du feu nucléaire. La centaine de journalistes présents et les quelques 300 personnalités invitées participent aux cérémonies d'investiture prévues par le protocole : proclamation des résultats de l'élection présidentielle par le président du Conseil constitutionnel, remise du Collier de grand maître de l'ordre de la Légion d'honneur, discours d'investiture. La cérémonie s'éloigne ensuite du protocole traditionnel selon la marque que lui imprime François Mitterrand : le président sort du palais de l'Elysée, il remonte les Champs Elysées et rend hommage au soldat inconnu sous l'Arc de triomphe : sous la pluie, dans le cabriolet Citroën SM, le monarque républicain remplace le premier secrétaire du parti socialiste vainqueur de l'élection présidentielle. Cette image se renforce en fin de journée par la cérémonie au Panthéon.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

La journée d'investiture est retransmise en direct par la télévision. Elle est reprise ensuite par les journaux télévisés et marque les esprits : l'investiture n'est pas seulement un acte politique mais aussi un acte de communication destinée aux spectateurs et à l'histoire. Le montage retenu par les journaux télévisés illustre la perception immédiate de la journée : la rencontre entre les présidents de la République dure 45 mn, temps d'antenne qu'il faut occuper en s'intéressant aux invités présents dans les salons du palais présidentiel. Le silence est fait sur le départ du président sortant sous les huées du public massé aux portes de l'Elysée.

L'extrait du premier discours présidentiel de François Mitterrand insiste sur l'idée de "Président de tous les Français", délaissant les références historiques et l'inscription dans la lignée de Jaurès, du Front populaire et de la Libération. En revanche, l'accolade à Pierre Mendès France est mise en valeur. La visite à l'Hôtel de Ville de Paris, dont le Maire Jacques Chirac, fait désormais figure d'opposant principal, est traité sous l'angle protocolaire (signature de parchemin et remise de médaille), sans que les discours prononcés soient précisés : Jacques Chirac se réfère à Sainte Geneviève, Jeanne d'Arc et au Général de Gaulle, tandis que François Mitterrand évoque 1792 et la 1re République, la révolution de 1848 puis la Commune de Paris de 1871 et de Gaulle. L'actualité récente est esquivée, mais les références historiques choisies mettent en valeur deux visions de l'histoire de France.

Le commentaire mentionne en revanche la présence de la foule qui accompagne le nouveau président. "L'état de grâce est perceptible" lorsque François Mitterrand traverse la Seine, et gagne la rue Soufflot devant le Panthéon. Jouée par l'Orchestre de Paris, la 9e symphonie de Beethoven résonne. François Mitterrand gagne le Panthéon à pieds pour une cérémonie qu'il a voulue et dont il a confié l'organisation à Jack Lang. Le réalisateur Serge Moati est chargé de le filmer. Il dispose d'un matériel considérable, de nombreux éclairages et caméras à l'extérieur et dans le bâtiment : alors que le commentaire insiste sur la solitude du président dans le Panthéon, il n'est pas seul en réalité, les techniciens, habillés de noir, sont nombreux pour imprimer la pellicule. Le journal télévisé simplifie également les choses : les mausolées de Jean Moulin, de Jean Jaurès sont fleuris, mais également celui de Victor Schœlcher, qui a permis l'abolition de l'esclavage. Or ce dernier est passé sous silence par le journal télévisé, dont les auteurs estiment sans doute que cet hommage n'est pas compréhensible et surtout que l'homme est inconnu du public. Malgré cela, la cérémonie au Panthéon marque les esprits : pour Jean-Marie Colombani, François Mitterrand forge sa légende républicaine, tandis que pour Franz-Olivier Giesbert, c'est une faute de goût de François Mitterrand qui "se prend pour l'histoire qui passe".[Colombani, Jean-Marie, Portrait du Président, Paris, Gallimard, 1985 / Giesbert, Franz-Olivier, Le Président, Paris, Le Seuil, 1990]

Jean-Claude Lescure

Transcription

Jean-Charles Deniau
Le cortège de trois voirures escorté par douze motards de la Garde républicaine emprunte la rue du Faubourg Saint-Honoré. La voiture de M. Mitterrand pénètre dans la cour de l'Elysée. Elle s'arrête au pied du perron, alors que les gardes républicains présentent le sabre. François Mitterrand serre la main de Jacques Wahl, puis celle de Valéry Giscard d'Estaing qui l'attend en haut des marches. Pendant qu'ils s'entretiennent en tête-à-tête, les invités arrivent dans la cour de l'Elysée pour assister à la cérémonie de passation des pouvoirs. Les présidents des groupes parlementaires, les membres des corps constitués, les personnalités de l'armée, les dignitaires religieux, les responsables du parti socialiste se rassemblent dans la salle des fêtes du palais. Après 45 minutes d'entretien, François Mitterrand raccompagne sur le perron de l'Elysée Valéry Giscard d'Estaing qui quitte à pied le palais présidentiel. Puis François Mitterrand, Président de la République, se rend alors dans la salle des fêtes.
Roger Frey
Monsieur le Président de la République.
Jean-Charles Deniau
Roger Frey, président du Conseil constitutionnel, proclame les résultats officiels de l'élection présidentielle, investissant ainsi officiellement François Mitterrand.
Roger Frey
En vertu des articles 7 et 58 de la Constitution, le Conseil constitutionnel a donc eu l'honneur de proclamer votre élection à la présidence de la République.
Jean-Charles Deniau
Puis le général André Biard remet au Président de la République le grand collier de grand maître de l'ordre de la Légion d'honneur. Celui-ci prononce ensuite son premier discours présidentiel.
François Mitterrand
Président de tous les Français, je veux les rassembler pour les grandes causes qui nous attendent et créer en toutes circonstances les conditions d'une véritable communauté nationale.
Jean-Charles Deniau
Après ce discours ponctué par 21 coups de canon tiré depuis les berges de la Seine, le Président de la République salue les personnalités présentes, en commençant par les membres du Conseil constitutionnel. Il échange ensuite des poignées de mains avec les dirigeants du parti socialiste. Le Président de la République s'arrête ensuite devant Pierre Mendès-France. Le moment est particulièrement émouvant. François Mitterrand et l'ancien président du Conseil échangent quelques mots : «Vous avez été l'initiateur de ce changement, dit-il, c'est aussi votre oeuvre». Puis le Président de la République reçoit les honneurs de la Garde républicaine qui exécute ensuite la Marseillaise. En fin de matinée, le Président de la République remonte les Champs-Elysées en voiture découverte pour déposer une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu.
(Silence)
Jean-Charles Deniau
François Mitterrand serre les mains des personnalités présentes, Willy Brandt, Mario Suarez, Mme Allende. Puis il signe le livre d'or de l'Arc de Triomphe.
(Silence)
Journaliste
François Mitterrand est ensuite rentré à l'Elysée. Il avait réservé son premier déjeuner à ses amis, politiques et personnels, français et étrangers. Près de deux cents personnes étaient invitées. Le chef de l'Etat est ressorti à 17 h 15 pour se rendre à l'Hôtel de Ville de Paris.
Dominique Poncet
C'est une foule enthousiaste qui attend François Mitterrand et son épouse à la Mairie de Paris vers 17 h 20, où il est accueilli par Jacques Chirac.
(Silence)
Dominique Poncet
Brève poignée de mains entre le Président de la République et le Maire de Paris, avant leur entrée dans la salle des fêtes de l'Hôtel de Ville. Avant de signer le parchemin de la Ville de Paris, François Mitterrand sert la main de quelques-uns des invités de Jacques Chirac. Voici son épouse et Bernadette Chirac. La signature.
(Silence)
Dominique Poncet
Jacques Chirac remet maintenant la médaille d'or de la Ville de Paris.
(Silence)
Dominique Poncet
Après les deux discours et un entretien avec le maire de Paris, François Mitterrand ressort de l'Hôtel de Ville et remonte le boulevard Saint-Michel. C'est à pied qu'il va gravir la rue Soufflot qui le conduit au Panthéon. C'est le premier bain de foule du Président de la République. Regardez. Seul, deux roses à la main, il pénètre maintenant à l'intérieur du Panthéon. Il va se recueillir sur les tombeaux de Jean Moulin et Jean Jaurès.
(Silence)

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