Présentation du 2e gouvernement Mauroy

24 juin 1981
01m 23s
Réf. 00149

Contexte historique

La gauche a remporté les élections législatives et dispose d'une majorité à l'Assemblée nationale ; François Mitterrand peut constituer un gouvernement socialiste monocolore, mais il décide de former un gouvernement d'union de la gauche, en nommant des ministres communistes. Il leur propose 4 portefeuilles, soit 10% des postes du gouvernement qui compte 44 ministres et un chiffre comparable à la proportion des députés communistes à l'Assemblée nationale.

Mais les tractations sont longues entre socialistes et communistes, et la presse a l'impression de désordres et de cafouillages jusqu'au dernier moment, alors que le président élu depuis deux mois disposait de temps pour aboutir. Le gouvernement doit maintenant communiquer pour faire accepter à l'opinion nationale et internationale la présence de ministres communistes au gouvernement.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

L'arrivée des ministres d'un nouveau gouvernement constitue toujours un événement politique, mais l'arrivée de ministres communistes en 1981 est un séisme politique dans une France qui appartient au bloc atlantique, c'est une première depuis la Libération, depuis les débuts de la guerre froide et le renvoi des ministres communistes par Paul Ramadier le 5 mai 1947.

Les quatre ministres communistes ont préparé leur arrivée à l'Elysée : chacun porte un costume et une cravate, ce que ne manque pas de souligner le commentaire pour montrer le conformisme d'hommes que d'aucuns attendaient en chemisette et bleu de chauffe. De plus les ministres communistes descendent ensemble de voiture et non pas en ordre dispersé comme les autres détenteurs d'un maroquin. Surtout, contrairement à la tradition, tous les quatre s'arrêtent sur le perron de l'Elysée le temps d'une photographie qui fait le tour du monde : des ministres communistes sont au pouvoir en France !

Cette nouvelle inquiète les alliés de la France, Américains et Européens, qui demandent des assurances à Paris, mais la presse française ne rend pas compte de l'inquiétude internationale. François Mitterrand défend sa décision, et pendant le Conseil des ministres, il met en garde les ministres sur les attaques à venir contre les ministres communistes, et précise que la politique de la France ne se fait pas à l'étranger : l'Union de la gauche est mise en scène par François Mitterrand entouré du ministre de l'Intérieur, Gaston Defferre, connu pour son hostilité de longue date au communisme, et le ministre d'Etat Charles Fiterman, n 2 du Parti communiste français.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Geneviève Guicheney
Mesdames, messieurs, bonsoir. C'était la bousculade des grands jours ce matin, dans la cour de l'Elysée, à l'entrée du Conseil des ministres. Journalistes et photographes étaient particuièrement nombreux pour assister à l'arrivée des quatre ministres communistes du deuxième gouvernement Mauroy.
Francine Buchi
9 h 30 à l'Elysée, photographes et cameramans s'apprêtent à fixer un événement historique, l'arrivée des quatre ministres communistes pour leur premier conseil. Ils viennent ensemble, à bord de deux voitures : Charles Fiterman, ministre d'Etat, ministre des Transports, Jacques Ralite, ministre de la Santé, Marcel Rigout, ministre de la Formation professionnelle, Anicet Le Pors, chargé de la Fonction publique et des réformes administratives ; en costume strict tous les quatre mais très souriants. Et c'est de bonne grâce qu'ils acceptent de poser pour la photo.
(Silence)
Francine Buchi
Voici l'arrivée ensuite du nouveau Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Robert Badinter, sourire discret. Très détendu, vient ensuite le successeur de Pierre Joxe au ministère de l'Industrie, Pierre Dreyfus, l'ancien patron de la Régie Renault. A 73 ans, il est le doyen du Conseil des ministres dont voici une image choc : à la droite de François Mitterrand, Gaston Defferre et, à sa gauche, Charles Fiterman. Vous êtes les bienvenus a dit le Président de la République aux six nouveaux ministres. Le deuxième gouvernement Mauroy compte quarante-quatre membres.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque