Le tournant de la rigueur sous le gouvernement Mauroy

25 mars 1983
01m 44s
Réf. 00151

Notice

Résumé :

Le ministre des Finances Jacques Delors annonce en 1983 une politique économique de rigueur.

Date de diffusion :
25 mars 1983
Personnalité(s) :

Contexte historique

En mars 1983, le gouvernement Mauroy décide d'opérer un tournant radical dans sa politique économique et de se rallier à une conception plus libérale. La situation internationale de la France est très mauvaise : après des dévaluations, la fuite des capitaux se poursuit, une nouvelle dévaluation semble inéluctable, d'autant que tous les indicateurs financiers sont dans le rouge : déficit budgétaire, déficit de la balance commerciale, déficit de la balance des paiements. Il faut agir dans l'urgence, et opter entre différentes options : pendant une dizaine de jours, François Mitterrand hésite : rompre avec la Communauté économique européenne, quitter le Système monétaire européen, et isoler l'espace économique français en développant une politique protectionniste. Le gouvernement est divisé : Jean-Pierre Chevènement défend la rupture, tandis que le premier Ministre, Pierre Mauroy, le ministre de l'Economie, Jacques Delors, et le ministre du Budget, Laurent Fabius, souhaitent la rigueur, pour laquelle le président de la République finit par opter.

Le plan de rigueur se traduit par une augmentation des prélèvements obligatoires (forfait hospitalier, 1% d'augmentation de l'impôt sur le revenu des personnes physiques, impôt forcé sur les contribuables les plus imposés) pour ponctionner en deux ans près de 68 milliards de francs sur les consommateurs. Le plan prévoit également une diminution des dépenses budgétaires, et un contrôle renforcé des changes pour limiter les fuites des capitaux. Malgré la construction européenne, un appel à la préférence nationale pour l'achat de produits est lancé aux consommateurs. Ce tournant signifie le ralliement socialiste à l'économie de marché, et la fin d'une politique de rupture économique, c'est une inflexion très nette du socialisme français, et la marque de la culture de gouvernement.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Dans un face à face avec un journaliste, la conférence de presse du ministre de l'économie est filmée en plan américain, avec juste un zoom avant pour prendre en plan serré la réponse à la question, sans effet de caméra supplémentaire. La communication a été faiblement travaillée : le décor surchargé surprend, et ne s'accorde pas avec le costume du ministre.

Le ministre est mal à l'aise, son regard passe du journaliste à ses notes sur la table. L'exercice est difficile : alors que le plan de rigueur est une rupture avec le discours socialiste depuis 10 ans, le ministre doit insister sur la continuité de la politique économique menée par le gouvernement, sans reconnaître de changement de cap ni préciser les conséquences à long terme de cette mesure politique.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Jacques Delors
Nous ne pouvons pas continuer à consommer plus que nous produisons, à acheter plus que nous ne vendons à l'étranger. Depuis trois, quatre ans, la France est dans cette situation. Il faut que cela change, et vite. Il y va de notre indépendance nationale, de la préservation de notre niveau de vie et de la réussite de l'effort que nous faisons pour moderniser notre appareil de production afin de demeurer dans le peloton de tête des nations.
Journaliste
Est-ce que la purge ne risque pas d'être trop forte ? En d'autres termes, est-ce que les Français ne risquent pas de désépargner pour consommer et que vous en arriviez à des situations opposées à celles que vous souhaitiez ?
Jacques Delors
Nous avons conçu ces mesures le plus possible en diminuant les déficits publics, le moins possible en demandant directement aux revenus des ménages. Nous avons totalement épargné les revenus les plus modestes. Nous sommes donc toujours dans le droit fil de l'esprit de solidarité qui caractérise la politique du gouvernement depuis mai 1981. Cet effort n'est que provisoire. Il doit être assez massif pour permettre la diminution rapide des importations dans une économie ouverte, sans mesures de protectionnisme. On pense que les Français sont à même de comprendre l'enjeu. Et c'est pour cela que, même en ce qui concerne leurs dépenses à l'étranger, nous leur demandons un effort pour que chacun soit conscient qu'aujourd'hui, le plus important, c'est d'acheter français, d'acheter des produits français, d'acheter des services français. Le plus important, c'est de muscler notre appareil de production de façon à devenir de meilleurs exportateurs.

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