François Mitterrand prend acte des résultats des élections législatives de mars 1986

17 mars 1986
03m 21s
Réf. 00154

Contexte historique

François Mitterrand doit demander à un adversaire politique de former un nouveau gouvernement : c'est une nouveauté dans l'histoire de la Ve république, deux personnages d'orientation politique différente vont diriger la France, l'un comme président de la République, l'autre comme premier Ministre. Cette dyarchie est bien connue des spécialistes du droit constitutionnel depuis 1958, mais ce n'était qu'un cas d'école, un cas théorique. Depuis la victoire électorale de la droite RPR-UDF le 16 mars, c'est une réalité politique.

Le président de la République prend donc solennellement la parole pour expliciter sa position et son rôle dans la nouvelle conjoncture politique. Il entend rassurer les Français : les pouvoirs publics ne sont pas vacants, Laurent Fabius est toujours en fonction avec ses ministres, jusqu'à la nomination d'un nouveau premier ministre. Les consultations vont bon train dans les partis politiques et entre les représentants des différents partis. A droite, le matin même, les députés UDF, pourtant hostiles à toute cohabitation, à l'image de leur représentant Raymond Barre, ont tourné casaque : ils ne peuvent pas refuser d'entrer dans un gouvernement de cohabitation, car la droite n'a pas une majorité suffisante. Leur refus empêcherait la droite de gouverner. Jacques Chirac, en chef de l'opposition, attend la convocation de François Mitterrand pour devenir premier ministre.

Mais le président de la République ne reste pas inactif, il consulte également de son côté, suscite des candidats potentiels en contactant Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux et Valery Giscard d'Estaing en Auvergne. Mais les deux hommes ne disposent pas de la majorité parlementaire nécessaire pour obtenir une majorité à l'Assemblée nationale.

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

L'allocution officielle est un genre particulier de la communication politique : le président de la République s'adresse directement aux citoyens, comme dans un régime présidentiel. Il marginalise ainsi l'Assemblée nationale et les représentants élus de la nation. Symboliquement, le tournage de cette séquence a lieu dans les locaux du palais présidentiel, équipé d'un studio de télévision.

L'allocution est préparée par les deux hommes de confiance du président de la République chargés de la communication, Gérard Colé et Jacques Pilhan : à 20h précises, François Mitterrand prend la parole dans un décor très étudié : un pupitre dépouillé, orné d'un liseré tricolore, un drapeau tricolore, et un fond bleu clair. Le ton est très solennel, François Mitterrand adopte la posture de l'arbitre, qui va défendre et respecter toutes les institutions et s'appuyer sur elles pour exercer ce qui lui reste de pouvoir.

Son discours est clair : il s'incline devant le verdict des urnes, sans manœuvrer ni tergiverser. Cette allocution est appréciée de la classe politique et des Français qui plébiscitent par sondages quelques jours plus tard la cohabitation comme un facteur d'équilibre politique.

Jean-Claude Lescure

Transcription

(Silence)
François Mitterrand
[la majorité]… est faible numériquement mais elle existe. C'est donc dans ses rangs que j'appellerai demain la personnalité que j'aurai choisie pour former le gouvernement selon l'article 8 de la Constitution. M. Laurent Fabius m'a informé ce matin qu'il était près dès maintenat à cesser ses fonctions. J'ai pris acte de sa démarche et lui ai demandé de rester à son poste, avec les autres membres du gouvernement, jusqu'à la nomination de son successeur. Ainsi restera assurée l'indispensable continuité des pouvoirs publics. Vous m'en avez donné mandat en 1981 et vous m'en avez fait par là-même un devoir. Je m'y conformerai. Les circonstances exigent que tout soit en place d'ici peu. Je remercie la majorité sortante pour le travail qu'elle a accompli avec courage et détermination. Elle laisse la France en bon état et peut être fière de son oeuvre. Je forme des voeux pour que la majorité nouvelle réussisse dans l'action qu'elle est maintenant en mesure d'entreprendre selon les vues qui sont les siennes. Je mesure l'importance du changement qu'implique dans notre démocratie l'arrivée aux responsabilités d'une majorité politique dont les choix diffèrent sur des points essentiels de ceux du Président de la République. Il n'y a de réponse à cette question que dans le respect scrupuleux de nos institutions et dans la volonté commune de placer au-dessus de tout l'intérêt national. Quant à moi, dans la charge que vous m'avez confiée et que j'exerce, je m'attacherai à défendre partout, à l'intérieur comme à l'extérieur, nos libertés et notre indépendance, notre engagement dans l'Europe, notre rang dans le monde. Mes chers compatriotes, ayons confiance. Au-delà des divergences bien naturelles qui s'expriment à chaque consultation électorale, ce qui nous rassemble est plus puissant encore, c'est l'amour de notre patrie. Vive la République ! Vive la France !
(Silence)

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