Le premier conseil des ministres de cohabitation en mars 1986

22 mars 1986
02m 30s
Réf. 00155

Notice

Contexte historique

La constitution du premier gouvernement de cohabitation a été laborieuse, malgré des contacts établis de longue date entre les collaborateurs du chef de l'Etat et de Jacques Chirac. Le premier ministre doit d'abord former un cabinet dans lequel les différentes composantes de sa majorité soient satisfaites ; il doit également tenir compte des refus de François Mitterrand pour certaines nominations à des portefeuilles qui relèvent de domaines de compétences partagées (Affaires étrangères et Défense).

De plus, les négociations entre les deux tenants du pouvoir exécutif sont tendues : Jacques Chirac demande au président de s'engager, d'une part, à signer des ordonnances qui permettent de gouverner sans faire voter immédiatement de lois, et d'autre part de convoquer le Parlement en session extraordinaire pour travailler immédiatement. François Mitterrand refuse de signer un texte engageant son action à venir et limitant éventuellement ses prérogatives constitutionnelles. Le président affirme à ses proches que parmi les ministres qui participeront au Conseil chaque mercredi, "une vingtaine (l)e haïssent".

Jean-Claude Lescure

Éclairage média

Samedi 22 mars 1986 à 11 heures débute le premier Conseil des ministres de la cohabitation : le sujet diffusé lors du journal télévisé met en scène cet événement. Après un rapide exposé des thèmes par le présentateur Claude Sérillon, le sujet s'ouvre par des images de la table du Conseil des ministres.

François Mitterrand, entouré par Edouard Balladur et André Giraud, est blême, la tension autour de la table est palpable. François Mitterrand n'a rien fait pour la diminuer, contrairement aux usages, il n'a pas salué individuellement chacun des ministres présents, refusant de faire le tour de la table pour serrer les mains. Les journalistes présents sont frappés par l'ambiance tendue entre les participants. Un retour en arrière chronologique succède à ces premières images fortes, pour raconter le déroulement de la matinée, qui débute par une première courte réunion à Matignon, avant de gagner le palais présidentiel. L'arrivée en voiture des membres du gouvernement permet au journaliste de les présenter au spectateur, en mettant des noms sur des visages dont beaucoup n'ont pas encore d'expérience ministérielle. Puis le montage utilise de nouveau les images de la réunion du Conseil dans le salon Murat, en utilisant des plans rapprochés qui mettent en valeur les visages des protagonistes, faisant ainsi ressortir la tension extrême qui règne. La sortie des ministres montre la presse très nombreuse dans la cour du Palais pour guetter les ministres et secrétaires d'Etat.

Contrairement à l'habitude, aucune déclaration n'est faite, chacun garde le silence, comme Jacques Chirac l'a demandé quelques instants plus tôt avant de quitter la salle de réunion. Dans son commentaire, Rachid Arhab signale l'absence de "photo de famille" : la pratique est en effet habituelle de réunir ministres et président sur le perron de l'Elysée lors de la constitution d'un nouveau gouvernement. Mais François Mitterrand l'a fait savoir, il n'y a pas de famille réunie, donc il n'y aura pas de photo de famille. Par son attitude, le président montre à l'opinion que ce gouvernement n'est pas le sien, que la "coexistence institutionnelle" n'est pas une union nationale et que les oppositions politiques entre les hommes et les partis restent fortes.

Jean-Claude Lescure

Transcription

Claude Sérillon
Sur cette matinée historique pour la cohabitation, le commentaire de Rachid Arhab.
Rachid Arhab
La toute première image de la cohabitation, François Mitterrand face à Jacques Chirac, le nouveau chef du gouvernement, entouré de ses 36 ministres : une ambiance grave. Ce premier conseil, Jacques Chirac l'avait en quelque sorte répété le matin même à Matignon. Le chef du gouvernement avait réuni tous ses ministres, avec en tête Edouard Balladur, pour préciser à toute l'équipe sa conception du travail gouvernemental, six ministres seulement ayant déjà occupé des fonctions à un tel niveau ; une première prise de contact donc, et non pas un conseil des ministres secret. Ce n'est qu'après cette réunion que Jacques Chirac s'est rendu à l'Elysée où il s'est entretenu pendant une demi-heure avec le Président de la République. Pendant ce temps-là, embouteillage à l'entrée des ministres. Le premier arrivé a été Jean-Bernard Raimond, ministre des Affaires étrangères, suivi d'André Giraud, ministre de la Défense. Venaient ensuite Charles Pasqua et Robert Pandraud. Ambiance plutôt bon enfant avec la presse. Une ambiance contrastant avec l'atmosphère qui régnait dans le salon Murat. A l'ordre du jour, un seul point, un seul : l'organisation des travaux du Conseil des ministres. Finalement, ce premier conseil de l'époque de la cohabitation n'aura duré que 25 minutes. A sa sortie, Jacques Chirac a esquissé un sourire mais il n'a fait aucune déclaration. Tous les ministres, sans exception d'ailleurs, sont restés muets.
Reporter
Je voudrais savoir, vous avez parlé du terrorisme, s'il vous plaît ?
Rachid Arhab
Pas de photo de famille et en guise de compte-rendu, une très courte déclaration de Maurice Ulrich, le directeur de cabinet de Jacques Chirac.
Maurice Ulrich
Le Premier Ministre, pour sa part, a rappelé quels objectifs s'était fixé le gouvernement, quels étaient notamment ses objectifs prioritaires en matière d'emploi et de sécurité. M. Jacques Chirac a indiqué qu'il ferait une déclaration à l'Assemblée nationale dès l'ouverture de la session, suivie d'un vote de confiance.
Rachid Arhab
Une déclaration faite de l'Hôtel Matignon, et non pas, comme jusqu'à présent, de l'Hôtel Marigny en face de l'Elysée. Pour cohabiter, il faudra souvent traverser la Seine.

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