Débat entre François Mitterrand et Jacques Chirac en 1988

28 avril 1988
58s
Réf. 00159

Notice

Résumé :

Avant le deuxième tour de l'élection présidentielle de 1988, débat entre les candidats Jacques Chirac et François Mitterrand au studio 101 de la Maison de la radio, présenté par Michèle Cotta et Elie Vannier.

Type de média :
Date de diffusion :
28 avril 1988
Source :

Contexte historique

L'élection présidentielle de 1988 intervient au terme de deux années de cohabitation heurtée, marquée par un affrontement larvé entre le Premier ministre et le président de la République. Ce dernier, sans jamais interférer sur les prérogatives du gouvernement, a en effet utilisé toutes les ressources de ses fonctions pour faire entendre sa voix en politique étrangère comme en politique intérieure au point que le président finit par jouer le rôle de porte-parole des Français et que l'on se trouve dans la situation inédite d'un chef de l'Etat portant l'opposition au sein de l'exécutif.

Après avoir longuement hésité à se représenter, au regard notamment de ses problèmes de santé alors inconnus des français, François Mitterrand se déclare finalement candidat le 22 mars 1988. La remontée de sa côte de popularité, le fait qu'éloigné de la gestion quotidienne il ait pu prendre du recul et apparaître comme incarnant, au-delà des clivages partisans, l'unité nationale, de même que ses nombreux voyages en province en 1987 font que les sondages le donnent gagnant dès le début de la campagne. Sa campagne électorale apparaît comme le simple prolongement de son action de 1986, autour du thème de la "France unie". Sa sérénité, son assurance contraste avec l'agitation qui marque la droite au sein de laquelle Jacques Chirac et Raymond Barre se livrent une bataille acharnée pour figurer au second tour.

Eve Bonnivard

Éclairage média

L'entre-deux-tours est traditionnellement marqué par les désistements des candidats malheureux et par la confrontation télévisuelle des deux candidats restés en lice. Le premier débat avait eu lieu en 1974, opposant François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing, le second en 1981, opposant les mêmes. Raymond Barre s'étant désisté en faveur de Jacques Chirac le soir même du premier tour et les communistes en faveur de François Mitterrand (malgré leurs réticences envers ses "orientations droitières"), la seule inconnue était l'attitude qu'adopterait le Front national. Le 1er mai, Jean-Marie Le Pen annonça qu'il refusait de choisir entre le "pire" (François Mitterrand) et le "mal" (Jacques Chirac). Le refus du FN d'appeler à voter Chirac ne pouvait que provoquer sa défaite, d'autant que ce dernier ne pouvait faire un geste en direction du Front national sans risquer de perdre son électorat centriste.

Dans ces conditions, le débat du 28 avril, arbitré par Michèle Cotta et Elie Vannier, directeurs de l'Information respectivement de TF1 et Antenne 2, ne pouvait pas vraiment modifier la situation. "Evénement médiatique plus que politique, en définitive, où deux grands fauves de la politique opposèrent plus leur style, leur comportement, que leurs programmes". [Crises et alternances, 1974-2000, Jean-Jacques Becker, Nouvelle histoire de la France contemporaine Vol 19, Le Seuil 2002]. Mais il est des "petites phrases" en politique qui demeurent gravées dans la mémoire collective. "Vous n'avez pas le monopole du cœur", lançait lors du débat télévisuel de 1974 Valéry Giscard d'Estaing à François Mitterrand, qui en était resté sans voix. En 1981, Mitterrand avait repris l'avantage en lançant à Valéry Giscard d'Estaing, qui accusait son adversaire d'être "l'homme du passé" : “Vous êtes l'homme du passif”.

Dans cet extrait, ce brillant avocat de profession se montre féroce. Au candidat gaulliste qui proteste de n'être pas traité comme un égal, Mitterrand répond, plein d'une ironie méprisante : "Mais vous avez tout à raison, Monsieur le Premier ministre", rappelant à Chirac à son infériorité hiérarchique. Les plans serrés sur les visages des deux candidats dramatisent la confrontation, qui prend des allures de duel sans merci, où tous les coups sont permis.

Eve Bonnivard

Transcription

François Mitterrand
Je vous ai observé pendant deux ans, vous me donnez là un bien mauvais exemple, mais je ne veux pas m'engager davantage. Moi, je vous appelle… je ne fais aucune observation particulière sur votre façon de vous exprimer, vous en avez le droit. Ce dialogue qui commence aujourd’hui entre nous, vous, françaises et français qui cherchaient en conscience où se trouve le devoir, qui vous interrogeaient sur ce qui convient de faire pour la France le 5 décembre prochain. Moi, je continue à vous appeler monsieur le Premier Ministre puisque c'est comme cela que je vous ai appelé pendant deux ans et que vous l'êtes. Eh bien, en tant que Premier Ministre, j'ai constaté que vous aviez, et c'est bien juste de le dire, de très réelles qualités. Vous n'avez pas celles de l' impartialité ni du sens de la justice dans la conduite de l'état.
Jacques Chirac
Permettez-moi juste de vous dire que ce soir, je ne suis pas le Premier Ministre, et vous n'êtes pas le Président de la République. Vous me permettrez donc de vous appeler monsieur Mitterrand.
François Mitterrand
Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier Ministre.

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