Soirée électorale pour le second tour de l'élection présidentielle de 1988

08 mai 1988
03m 15s
Réf. 00160

Notice

Résumé :

Parallèlement aux déclarations politiques et aux multiples réactions en France et à l'étranger, la soirée électorale fait une part importante aux sondages d'opinion réalisés par Bull-BVA. Ces sondages ainsi que le résultat du vote sont analysés et commentés par les journalistes et les politologues.

Type de média :
Date de diffusion :
08 mai 1988

Contexte historique

Le 8 mai 1988, François Mitterrand est réélu président de la République à une large majorité (54,01% des voix contre 45,98%). Cette élection sans grande surprise cache en fait un véritable bouleversement de la sociologie électorale. Si le candidat socialiste a rassemblé presque toute la gauche du premier tour (87% du vote communiste, 80% du vote de l'extrême gauche non communiste), il a bénéficié également des deux tiers du vote écologiste (68%), d'une part non négligeable de l'électorat centriste (14%) et, surtout, frontiste (19%).

Cette élection met en lumière le caractère composite du vote du Front national puisque, parmi les jeunes ouvriers et chômeurs qui avaient voté FN au premier tour, plus de la moitié ont reporté leurs suffrages au second tour sur François Mitterrand. De plus, elle invalide la croyance selon laquelle les voix du FN allaient s'ajouter mécaniquement à celles des autres formations de droite. Bien plus, selon le politologue Jérôme Jaffré, François Mitterrand recule dans les catégories sociales et les régions les plus traditionnellement à gauche et gagne dans les régions de droite. Cette mutation de la sociologie électorale est pour les politologues la traduction d'un vote "légitimiste" en faveur du candidat sortant ou encore d'un vote "régalien" qui explique qu'une France en majorité conservatrice réélise triomphalement un président socialiste.

Toujours est-il qu'au soir du dimanche 8 mai 1988, François Mitterrand est au "faîte de sa gloire", comme l'écrivent Pierre Favier et Michel Martin-Roland [La décennie Mitterrand, tome 3, Le Seuil, 1996]. Après un demi-siècle de combats politiques (que brosse à grand trait Paul Amar à l'antenne), "cet homme pétri d'histoire" se dit qu'il entre dans l'Histoire. Si Dieu lui prête vie, il sera le premier monarque républicain à avoir régné pendant quatorze ans. Le premier homme de gauche à s'inscrire dans la lignée des souverains, les compagnons de sa mémoire qui, avant lui, ont nourri la même ambition : réconcilier les Français et porter la France au plus haut.

Eve Bonnivard

Éclairage média

La soirée électorale s'apparente à un spectacle. En guise de décor, le perron de l'Elysée. On y joue l'élection présidentielle, un drame en deux actes, dont les acteurs sont les journalistes, les citoyens et les protagonistes. A 20 heures précises, le visage électronique du vainqueur s'affiche. Le compte à rebours entretient efficacement le suspens. On cherche en vain à deviner le résultat dans le sourire de Bernard Rapp ou dans les commentaires de Paul Amar sur la participation. Les journalistes veillent à ne laisser échapper aucun indice susceptible de mettre le téléspectateur sur la piste.

Cette mise en scène a pour effet d'impliquer émotionnellement le téléspectateur. Celui-ci est suspendu au dénouement, dans une attente anxieuse mêlée d'excitation. Les sondages ont beau avoir donné François Mitterrand favori, le sentiment qui domine dans ces minutes qui précèdent l'affichage des résultats est que tout est encore possible, que se joue là, à vingt heures précises, la destinée de la France dans les sept prochaines années. En insert, les images du QG de campagne du PS, rue Franco-russe, où l'on sabre déjà le champagne, matérialisent la victoire du candidat socialiste.

Eve Bonnivard

Transcription

Bernard Rapp
Voilà nous aurons maintenant… vous découvrirez le visage du nouveau Président dans quelques secondes, dans une trentaine de secondes, Paul. On peut rien dire pour l'instant, ça va pas tarder. Je crois qu'on tient l'antenne pour vous dire que dans maintenant 5 secondes, vous pourrez découvrir le Président. Voilà, 35, voilà, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, voici le nouveau Président de la République.
Paul Amar
En quelques secondes, je vous confirme ce qu'on vous disait tout à l'heure : la participation a été plus forte qu'au premier tour. Cela veut dire qu'il y a eu mobilisation au second tour de l'élection présidentielle. A qui cette mobilisation a-t-elle profité ? Nous le savons.
Bernard Rapp
Tout de suite.
(Silence)
Bernard Rapp
Voilà donc l'image de ce nouveau Président de la République : François Mitterrand vient d'être réélu, selon l'estimation Bull BVA, avec 53,9 % des voix, ce qui veut dire, on va le voir tout de suite, que Jacques Chirac a obtenu de son côté 46,1 % de ces mêmes voix. 53,9 % pour François Mitterrand et 46,1 % pour Jacques Chirac. Un tout premier commentaire, Paul Amar.
Paul Amar
François Mitterrand, Président de la République pour la seconde fois de sa carrière. Il bat un record. C'est la première fois, sous la Ve, qu'un homme est élu au suffrage universel direct deux fois de suite. François Mitterrand va donc entamer, à partir d'aujourd'hui, un second mandat, comme de Gaulle en 1965. Comme de Gaulle, François Mitterrand aura marqué la vie politique de la France, dans la seconde moitié du XXème siècle, présent, omniprésent, de la Libération aux années 1980, peut-être aux années 1990. Ministre à 31 ans, en 1947, onze fois ministre sous la IVe République, Président de la République en 1981, Président de la République à nouveau, en 1988 : un destin exceptionnel, personnel d'abord. «Je veux être roi ou pape», disait-il enfant, il est aujourd'hui Président ; destin politique ensuite : François Mitterrand a été le premier homme de gauche à ravir le pouvoir à la famille libérale et gaulliste qui le détenait depuis 1958, et à garder ce pouvoir contre l'héritier du Général de Gaulle, j'allais dire à le reprendre (n'oublions pas la cohabitation entre 1986 et 1988). Que fera-t-il de ce pouvoir ? Sera-t-il grisé par cette réélection, inimaginable il y a deux ans ? Se comportera-t-il comme un Président monarque ou bien comme un Président philosophe (c'est un mot qu'il emploie souvent) ? Se laissera-t-il entraîner par ses propres troupes qui voudront peut-être faire oublier 1986-88 ?
Bernard Rapp
C'est... voilà, non, cela vient de la rue, l'avenue Franco-Russe, QG de campagne de François Mitterrand…
Paul Amar
Oui... qui fête précisément la victoire de François Mitterrand, mais la réponse à la question que je posais tout à l'heure, eh bien, sera contenue dans les premiers mots de François Mitterrand qui devrait parler vers 20 h 30 ou 21 h, dans la réponse de l'élu, du réélu, de celui que François Mauriac considérait comme un personnage de roman.
François Mitterrand
C’est ensuite, parce que lui, parti, c’est que son régime est perdu, que c’est enfin, je le crains parce qu’il a cessé de croire dans les chances de la France.

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